Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 14, part. 3, Sois-Suj.djvu/243

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de quelques tranches d’orange. On peut, au besoin, nourrir le malade en introduisant une sonde dans l’œsophage pur le nez et injectant du bouillon, du lait. On peut aussi rendre la faim et la soif supportables avec des lavements, les uns a l’eau, les autres avec du bouillon et des œufs, et en les faisant garder le plus longtemps possible. On n’examine la bouche que le quatrième jour, et alors on peut enlever un des fils, celui du milieu ; le fil supérieur est enlevé le cinquième jour ; celui d’en bas doit rester jusqu’au sixième ou septième jour. La stapliylorrhapkie échoue souvent malgré l’habileté et les soins avec lesquels elle peut avoir été faite ; mais on peut y revenir à diverses reprises, et, après plusieurs tentatives, elle finit quelquefois par réussir.

La.rfup/it/forrAfl/iAteest habituellement sans danger. Cependant le chirurgien doit savoir que des accidents peuventsurvenir et ont été observés. Ainsi, il se développe quelquefois dans la gorge une violente inflammation qui peut se propager dans les voies aériennes, et on a observé des érysipèles de la face d’une gravité inquiétante. Mais, en général, ces accidents sont fort rares.

Dans les cas compliqués, lorsque l’écartement est très-considérable, comme cela a souvent lieu dans la division de la voûte palatine, et qu’il faudrait tirailler fortement pour affronter les bords avivés, ce qui pourrait déterminer la déchirure des points do suture, DiefTenbach a conseillé de faire de chaque côté de la division, et à Om,0Û9 en dehors, une incision longitudinale qui permît un rapprochement plus facile. Roux conseille eîe pratiquer avec le bistouri boutonné, parallèlement au bord postérieur de l’os palatin et immédiatement en arrière de ce bord, une section transver.-ale de chaque côté, de 011,007 à 0™,008 de longueur, qui comprenne toute l’épaisseur du voile du palais et qui permette de rapprocher les bords sans exercer une traction trop forte.

STAPHYLOBRHAPHIQDE adj. (sta-fi-lora-fi-ke — rad. slaphylorrliapitié).Chir. Qui appartient à la staphylorrhaphie : Procédé sta-

PHYLORRHAPHIQUE.

STAPHYLOTOME s. m. (sta-fl-lo-to-inedu gr.staphulé, luette ; tome, section). Chir. Instrument dont on se sert pour exciser la luette et inciser le voile du palais,

STAPHYLOTOMIE s. f. (sta-ti-lo-to-m !rad. slaphylotome). Chir. Excision de la luette.

STAPHYLOTOM1QUE adj. (sta-fl-lo-tomi-ke — rad. staphylatomie). Chir. Qui appartient à la staphylotomie.

STAP1E S. f. (sta-pl). V. STAPÈDIS.

STAPLEAUX (Michel-Ghislain), peintre belge, né à Bruxelles en 1798. Son père, imprimeur ordinaire du roi Guillaume de Nassau, libraire à la tête d’une maison de commerce importante, voulait le voir prendre la suite de ses affaires. Mais il fallut compter avec la vocation de l’enfant ; David, alors proscrit, offrit ses leçons, et le père de Michel Stapleaux se laissa gagner. Le fils se mit dès lors tout entier à l’étude, et son labeur opiniâtre lui valut, en 1822, le grand prix de peinture à Anvers, en 1823, le grand prix, de portrait à Gund, Stapleaux devint dès lors l’ami et le collaborateur de son maître, et avec lui il créa Mars et Vénus, tableau qu’il exposa au Salon de 1827. David était mdrt ; mais, avant de rendre le dernier soupir, l’illustre peintre des Satines, nu milieu d’une foule empressée et tout émue, avait appelé son disciple et, devant tous, l’avait proclamé l’héritier de sa gloire et l’avait chargé expressément de dessiner et d’éditer k’s gravures célèbres : le Couronnement, le Serment du Jeu de paume, etc.

Pour exécuter les volontés dernières de son protecteur, M. Stapleaux dut venir à Puris ; il se rendit ensuite en Italie, près de la famille Bonaparte, où on le reçut comme on aurait reçu David lui-même. Sur-le-champ, il se mit à (leindre les portraits de la Comtesse de Survilliers, de la Princesse Charlotte, femme du prince Napoléon-Louis ; de la Princesse Carnerata, des Enfants du prince Jérôme, etc. Ces portraits lui valurent d’aller retrouver les autres membres de la famille à la cour de ^Vurioinborg (1834). Il y passa deux années, durant lesquelles il peignit le portrait de iarPrincesse Marie et de la Princesse Sophie, filles, du roi. Il exécuta aussi trois ou quatre grandes compositions pour la ville de Stuttgard. Ces travaux lui valurent des sommes considérables et le titre de chevalier du Mérite. Revenu à Bruxelles en 1836, il y fut installé dans les fonctions de membre et de professeur de l’Académie des beaux-arts, qu’il a longtemps remplies fort honorablement. Parmi ses plus grandes peintures de cette dernière époque, il faut mentionner : la Mort de Cléopâtre, Saint Vincent de Paul prenant les fers d’un tjalérien, le Retour de l’enfant prodigue, Napoléon à Sainte-Hélène, etc. Des innombrables portraits qu’il a laissés un peu partout, deux ont figure a l’Exposition universelle de 1855. On y voit trop les elfurts impuissants de l’artiste pour arriver au giund style de David.

Telle est, d’ailleurs, la physionomie générale de la peinture de Michel Stapleaux : l’imitation de David poussés jusqu’au servilisine, une couleur d’un gris froid, sans vi STAP

gueur, sans air, sans lumière ; des ombres lourdes, dans lesquelles dominent le noir et le bitume. Malgré ces défauts, on est forcé de reconnaître que les œuvres de M. Stapleaux ne sont pas celles d’un peintre ordinaire.

STAPLEAUX (Guillaume-Léopold), littérateur et auteur dramatique, de la famille du précédent, né à Bruxelles le 16 octobre 1831. Descendant d’une génération de libraires et d’imprimeurs hollandais et belges, ayant perdu sa mère dès sa plus tendre enfance, il fut élevé par son aïeule paternelle et, placé d’abord à l’École centrale, il termina ses études a l’université de sa vilie natale. Doué de beaucoup d’imagination et de facilité, il composa, au sortir des bancs du collège, le Château de Jioquemure, drame qui fut joué en 1848 au théâtre de Verviers. Il donna ensuite en 1850, au Vaudeville de Bruxelles, Ni l’une ni l’autre, petite pièce en un acte, et l’année suivante, aux Galeries-Saint-Hubert, l’Alliance, comédie en deux actes, en prose, tirée d’une nouvelle de Jules Sandeau. Tout en se livrant à la littérature, M. Léopold Stapleaux occupait à l’imprimerie de son père une place importante, qui lui permit de faciliter par des échéances à long terme les opérations commerciales de l’éditeur Hetzel. Bientôt il fit jouer, en collaboration avec M. Marc Leprevost, la Comète de Bruxelles, revue en plusieurs tableaux, dont le succès fut très-vif, et le Sorcier de Liège, drame en cinq actes, qui obtint un accueil moins favorable (1854). Vers la même époque, il dirigeait une feuille de mode intitulée la Sylphide, dans laquelle il inséra Jeanne la gardeuse, son premier roman. Quand son père vendit son établissement, il vint à Paris pour tâcher de se créer une position indépendante. Paul d’Ivoy le fit entrer au Messager de Paris, où, sous le nom de Louis Lambert, il signa la chronique de ce journal. Après avoir fait jouer au Palais-Royal le Piège au mari, comédie en un acte (1661), il s’adonna au roman et prit rang parmi les écrivains les plus féconds de notre temps. Il a publié : les Cents francs du dompteur, dans le journal la Presse (1863) ; la Chasse au blanc (1863, in-18) ; Fabio, dans le Monde illustré (1861) ; les Amours dorées, dans V International (1865) ; le Château de la rage, un des grands succès de l’auteur (1866, in-18) ; la Nuit du mardi gras, dans le Petit Figaro (1868) ; le Fiacre777(1868, in-S°), etc. Il a donné au théâtre. les Loups et les Agneaux, comédie en cinq actes, avec Henri Crisafulli (Vaudeville, 1868) ; Paris ventre à terre, comédie en trois actes, avec Théodore Barrière {Palais-Royal, 1868). ; Mademoiselle de Cerdec, comédie en ua acte (Galeries-Saint-Hubert (1872) ; la Famille iienaud, comédie en quatre actes (théâtre du Parc, 1872) ; Y Article 324, drame en cinq actes (Galeries-Saint-liubert, 1872) ; la Nuit du mardi gras, drame en cinq actes (théâtre du Parc, à Bruxelles, 1872) ; le Roman d’un père, comédie eu trois actes (théâtre Cluny, 1873) ; Ouye, ouye, ouye ! revue en trois actes et huit tableaux, avec Flor O’Squarre (Galeries-Saint-Hubert, 1874) ; l'Idole, drame en quatre actes, avec Henri Crisafulli (théâtres des Arts et de Cluny, 1874 et 1875). On lui doit encore, comme romancier : la Stratégie du général, nouvelle, dans le Correspondant (1870) ; Une panthère blonde, dans le Petit Moniteur (1870) ; les Compagnons du glaioe (1873, 2 vol. in-18) ; les Mouches du coche, dans la Liberté (1875) ; Chaîne de fer, dans le Petit joui naf(1875), etc.

M. Léopold Stapleaux a collaboré, en outre, à la France, au l’emps, k l’Univers illustré ; il a été pendant dix ans le critique dramatique de VEcho du commerce.

STAPLETON (Thomas), théologien anglais, né à Henfield (Sussex) en 1535, mort à Louvain en 1598. Il fit ses études k Cautorbéry et au collège de Winchester, et il venait d’être doté d’un canonicat à Chichester, lorsque l’avènement d’Elisabeth, qui menaçait les catholiques d’une sévère persécution, le décida à se réfugier en Belgique avec sa famille. Après une excursion à Rome, il professa l’Ecriture sainte à Douai, puis entra chez les jésuites et enfin accepta une chaire à Louvain. Clément VIII se proposait de conférer la cardinalat à Stapleton lorsque celui-ci mourut. Ou cite, parmi ses ouvrages : De universa justificationis doctrina ; Promptuarium ca*/io//’cum(f aris, 1589, in-8°) ; Promptuarium morale (Anvers, 1591, ; n-8°) ; Antidata upostolica (Anvers, 1595, 2 vol. in-4°) ; Vere admiranda (Anvers, 1599, in-4°).

STAPLETON ou STAPYLTON (Robert), écrivain anglais, né àcharleston (Yoikshire), mort en 1669. Il a publié des tragédies et une traduction’du Panégyrique de Trajan, avec des notes ; une édition de Juvénal, également avec des notes ; une traduction des Amours de Léandre et de Héro ; Y Histoire des guerres des Pays-Bas, traduite de Strada, et d’autres traductions.

STAPLETON, antiquaire anglais, né en 1806, mort en 1850. Les détails intimes sur son existence font défaut ; on sait seulement qu’il était, en 1846, vice-président de la Société des antiquaires de Londres. Ses principaux ouvrages sont : Magui Rotuli Scaccarii Normnnuim sud reyibtts Aitglim (1841 et 1S44, 2 Vol.) ; Liber de antiquis legibus (1846).

STAPPE s. ni. (sta-pe). Min. Pilier qu’on laisse dans une mine, pour soutenir le toit.

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STAPSS (Frédéric), jeune patriote allemand, né à Naumbourg, en Thuringe, le 14 mars 1792, fusillé pour tentative de meurtre sur Napoléon, à Vienne, le 17 octobre 1809, a l’âge de dix-huit ans. Fils d’un ministre luthérien d’Erfurt, le jeune Stapss avait terminé de bonne heure ses études classiques sous la direction de son père et se destinait an commerce ; il était employé a Leipzig dans une fabrique de nankin, lorsque, en 1809, voyant l’Allemagne tout entière couverte par les armées de Napoléon, et vivement impressionné par les manifestations de haine et d’exécration qu’il voyait se multiplier autour de lui contre le despote ambitieux qui venait asservir et ruiner la patrie allemande, il conçut le projet de le tuer et se dirigea seul, dans ce dessein, vers la capitale de l’Autriche, où se trouvait alors l’empereur des Français, après la victoire de Wagram. Stapss était à peine âgé de dix-huit ans ; son œil était remarquablement beau. Au moment d’une parade à Schœnbrunn, il chercha à s’approcher de Napoléon, ne put le joindre, excita les soupçons de ses officiers, fut arrêté, fouillé et trouvé possesseur d’un grand couteau de cuisine. Il avoua résolument son dessein. Napoléon, instruit de l’arme qu’on avait trouvée sur Stapss et de l’aveu, fait sans hésitation, qu’il avait voulu s’en servir pour le tuer, le fit venir dans son cabinet. En le voyant si jeune et si doux, il s’écria : « C’est impossible, c’est un enfant. » 11 l’interrogea et reçut de Stapss les mêmes réponses résolues qu’il avait faites aux ofliciers qui l’avaient d’abord questionné.

Voici comment le général Rapp, témoin oculaire et acteur dans ce drame, raconte dans ses Mémoires les scènes de cette tragédie, qui se termina pur la mort de Stapss.

■ Un jeune homme, dit-il (Mémoires, ch. xix), égaré pur un amour aveugle de la patrie, forma le dessein de la délivrer de celui qu’il regardait comme la cause de ses maux. Il se présenta à Schœnbrunn, le 12 octobre, pendant que les troupes défilaient. J’étais de service. Napoléon était pia’cé entre le prince de Neuchâlel et moi. Ce jeune homme s’avança vers l’empereur. Berthier, s’imuginant qu’il venait présenter une pétition, se mit au-devant et lui dit de nie la remettre. Il répondit qu’il voulait parler à Napoléon. On lui dit encore que, s’il avait quelque communication à faire, il fallait qu’il s’adressât à l’aide de camp de service. Il se retira quelques pas en arrière, en répétant qu’il ne voulait parler qu’à Napolèou. Il s’avança de nouveau et s’approcha de très-près : je l’éloignai et lui dis en allemand qu’il eût à se retirer ; q^ue, s’il avait quelque chose à demander, on 1 écouterait après ta parade. Il avait la main droite enfoncée dans la poche de côté, sous sa redingote ; il tenait un papier dont l’extrémité était en évidence. Il me regarda avec des yeux qui me frappèrent ; son air décidé me donna des soupçons. J’appelai un officier de gendarmerie qui se trouvait là ; je le fis arrêter et conduire au château. On vint bientôt m’annoncer qu’on avait trouvé un énorme couteau de cuisine sur Stapss. Je prévins Duroc ; nous nous rendîmes tous deux au lien , où il avait été conduit. Il était assis sur un lit où il avait étalé le portrait d’une jeune 1 femme, son portefeuille et une bourse qui contenait quelques vieux louis d’or. Je lui demandai son nom. ■ Je ne puis le dire qu’à ’ Napoléon.— Quel usage vouliez-vous faire de 00 couteau ? — Je ne puis le dire qu’à Napoléon. — Vouliez-vous vous en servir pour attenter à sa vie ? — Oui, monsieur. — Pourquoi ?— Je ne puis le dire qu’a lui Seul. •

J’allai prévenir l’empereur de cet étrange événement ; il me dit de faire umener ce jeune homme dans sou cabinet. Je transmis ses ordres et je remontai. Il était avec Bernadotte, Berthier, Savary et Duroc. Deux gendarmes amenèrent Stapss, les mains liées derrière le dos. Il était calme ; la présence de Napoléon ne lui fit pas la moindre impression ; il le salua cependant d’une manière respectueuse. L’empereur lui demanda s’il parlait français. Il répondit avec assurance : 0 Très-peu. » Napoléon me chargea de lui faire en son nom les questions suivantes :

1 D’où êtes-vous ? — De Naumbourg.-Qu’est votre père ? — Ministre protestant. — Quel âge avez-vous ? — Dix-huit ans.-Que vouliez-vous faire de votre couteau ? — Vous tuer. — Vous êtes fou, jeune

■ homme ; vous êtes illuminé ? — Je no suis pas fou, je ne sais ce que c’est qu’illuininé. — Vous êtes donc malade ? — Je ne

« suis pas malade ; je me porte bien. — Pour, > quoi vouliez-veus me tuer ? — Farce que 1 » vous faites le malheur de mon pays.— Vous

« ai-je fait quelque mal ? — Comme à tous les

« Allemands. — Par qui êtes-vous envoyé ? ’ qui vous pousse à ce crime ? — Personne ; c’est l’intime conviction qu’en vous tuant je rendrai le plus grand service à mon pays et à l’Europe qui m’a mis les armes à la inain. — Est-ce la première fois que vous me voyez ? — Je vous ai vu à Erfurt, lors de l’entrevue. — N’avez-vous pas eu l’intention de me tuer alors ?— Non, je croyais que vous ne feriez plus la guerre à l’Alle ■ magne. J’étais un de vos plus grands udmi « rateurs.—Depuis quand êtes-vous à Vienne ? — Depuis dix jours. — Pourquoi avez-vous

« attendu si longtemps pour exécuter votre

■ projet ? — Je suis venu à Schœnbrunn il y

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a huit jours avec l’intention de vous luerî mais la parade venait de finir, j’avais re I mis l’exécution de mon dessein à aujour> d’hui. — Vous êtes fou, vous dis-je, ou vous êtes malade. — Ni l’un ni l’autre. — Qu’on

« fasse venir Corvisart. — Qu’est-ce que ■ Corvisart ?—C’est un médecin, lui répondis-je. — Je n’en ai pas besoin. » Nous restâmes sans rien dire jusqu’à l’arrivée du docteur ; Stapss était impassible. Corvisart arriva. Napoléon lui dit de tâter le pouls du jeune homme ; il le fit. « N’est-ce pas, monsieur, que je ne suis point malad ■ ? — Mon « siuur se porte bien, répondit le docteur en s’adressant à l’empereur. — Je vous l’avais

« bien dit, » reprit S’apss avec une sorte de satisfaction.

■ Napoléon, embarrassé d’autant d’assurance, reprit ses questions.

« Vous avez une tète exaltée, vous ferez la perte de votre famille. Je vous accorderai la vie, si vous demandez pardon du crime que vous avez voulu commettre, et dont vous devez être fâché. — Je na veux pas de pardon, J’éprouve le plus vif regret de n avoir pu réussir, — Diable I il parait qu’un crime n’est rien pour vous ? — Vous tuer n’est pas un crime-, c’est un devoir. — Quel est ce portrait qu’on a trouvé ’ sur vous ? — Celui d’une jeune, personne que j’aime. — Elle sera bien affligée de votre aventure. — Elle sera affligée de ce que je n’ai pus réussi ; elle vous abhorre autant que moi. — Mais enfin, si je vous fais grâce, m’en saurez-vous gré ? — Je ne vous

« en tuerai pas moins. >

Napoléon fut stupéfait, dît Rapp. Il donna ordre d’emmener le prisonnier. Il s’entretint quelque temps avec nous et parla beaucoup d’illuminés, •

Rapp ajoute que, le soir, Napoléon le fit appeler et ne laissa pas de paraître préoccupé de l’aventure. 0 Napoléon trouvait, dit-il, les Viennois plus exaliés que dans nos campagnes précédentes ; il m’en fit la remarque. Je lui répondis que le désespoir y était pour beaucoup ; que partout on était f ; itigué de nous et de nos victoires. Il n’niraait pas ces sortes do réflexions. » Il parut accuser les cours de Berlin et de Vienne, les femmes surtout de ces cours, d’avoir armé le bras de ce jeune homme. La froide intrépidité do Stapss l’avait étonné. Lui, qui croyait avoir un regard fuscinateur et capable d’intimider les plus hauts caractères, il était presquo honteux de n’avoir pu intimider un enfant.

II fut évidemment très-préoccupé de cet étrange événement, et il écrivit le même jour la lettre suivante :

« AU COMTE FOUCHÉ,

'Ministre de ta police à Paris.

■ Schœnbrunn, 12 octobre 1800.

« Un jeune homme de dix-sept ans, fils d’un ministre luthérien d’Erfurt, a cherché, à la parade d’aujourd’hui, à s’approcher da moi. Il a été arrêté par les officiers ; et, comme on a remarqué du trouble dans ce petit jeune homme, cela a excité des soupçons ; on l’a fouillé et on lui a trouvé un poignard. Je l’ai fait venir, et ce petit misérable, qui m’a paru assez instruit, m’a dit qu’il voulait m’assassiner pour délivrer l’Autriche de la présence des Français. Je n’ai démêlé en lui ni fanatisme religieux ni fanatisme politique. Il ne m’a pas paru bien savoir ce que c’était que Brutus. La fièvre d’exaltation où il était a empêché d’en savoir davantage. On l’interrogera lorsqu’il sera refroidi et à jeun. Il serait possible que ce no fût rien. Il sera traduit devant une commission militaire.

J’ai voulu vous informer de cet événement, afin qu’on ne le fasse pas plus considérable qu’il ne paraît l’être, j’espère qu’il ne pénétrera pas ; s’il en était question, il faudrait faire passer cet individu pour fou. Gardez cela pour vous secrètement, si l’on n’en parle pas. Cela n’a fait à la parade aucun esclandre : moi-même je ne m’en suis pas aperçu.

P. S. Je vous répète de nouveau et vous comprenez bien qu’il faut qu’il ne soit aucunement question de ce fait. • (D’après la minute. Archives de l’Empire, t. XIX, p. 669.)

Conduit à Vienne et livré à une commission militaire, dont faisait partit) Rovigo, Stapss montra toujours la même fermeté diins ses réponses. On lui demanda, dit Rovigo (t. IV, p. 221), quelle lecture il aimait. Il répondit : « L’histoire, et dans toutes celles que j’ai lues, il n’y a que la vie de la vierge d’Orléans (la Pucelle) qui m’ait fait envie, parce qu’elle avait délivré la France du joug de ses ennemis, et je voulais l’imiter. » Condamné à mort, il fut exécuté le dimanche 17 octobre 1809 à sept heures du matin. Il marcha à la mort avec la même fermeté et la même sérénité qu’il avait montrées en présence de Napoléon, dans sa prison et devant la commission de soldats chargée de le condamner. Son dernier cri fut : ■ Vive la liberté 1 Vive l’Allemagne 1 Mort à Son tyran I » et il tomba sous les balles. Napoléon quitta Schœnbrunn deux jours après, et c’est en vain qu’un de ses apologistes a avancé que cet enfant n’eût pas été fusillé si l’empereur eût été encore présent à Schoonbrunn.

Ainsi mourut Frédéric Stapss, sous des balles françaises, condamné à mort par une commission militaire française pour intention de meurtre sur la personne d’un homme qui,

« ! : r « son testament, a fait un legs de 10,000 fr.