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===Voyage de découvertes aux terres australes, par Péron (1811-1816, 2 vol. in-4° et atlas ; 2e édit., 1824-1825, 4 vol. in-8° et atlas).===

Quand l’expédition du capitaine Baudin fut résolue, Péron obtint d’être attaché à cette entreprise en qualité de médecin naturaliste et s’embarqua au Havre, sur le Géographe, le 19 octobre 1800. Un autre navire, le Naturaliste, faisait partie de l’expédition. Après être parvenue aux côtes occidentales de la Nouvelle-Hollande, l’expédition visita les terres de Leuwin, d’Endracht et de Witt. On atterrit à l’île de Timor le 18 avril 1801. Péron avait le talent de se faire comprendre par signes ; cette habileté mimique lui permettait de recueillir ou des renseignements ou des objets précieux. Attaqué par une épidémie de dyssenterie, l’équipage arriva au cap sud la de terre de Van Diémen le janvier 1802. Péron étudia les indigènes de cette île. Après avoir franchi le détroit de Banks le 29 mars, le navire commença l’exploration de la terre Napoléon (terre de Flinders), sur la côte sud-ouest de l’Australie. On reconnut ensuite une grande île (île Decrès, île aux Kanguroos). On tenta sans succès de se diriger sur la pointe sud de la Tasmanie. Après avoir abordé à Port-Jackson, l’expédition, franchissant le détroit de Bass, mouilla à l’île King. Péron, Lesueur, Leschenault, descendus sur le rivage, restèrent pendant douze jours abandonnés par le navire, chassé par la tempête. Une colonie de pêcheurs anglais les sauva. On visita ensuite le petit archipel des îles Hunter, les golfes de la terre Napoléon, la terre de Nuytz, la terre de Leuwin et la terre de Witt ; cette reconnaissance fut marquée par la découverte des îles Joséphine. Après s’être arrêtée à Timor tout le mois de mai 1804, puis, les cinq mois suivants, a l’île de France, l’expédition regagna le port de Lorient le mars 1804. Le navire rapportait un certain nombre d’animaux vivants qui n’avaient jamais été vus en Europe et une collection zoologique, préparée pur Péron et Lesueur, et comprenant plus de cent mille spécimens d’animaux d’espèces grandes et petites. Cette collection contenait plusieurs genres importants et plus de vingt-cinq mille espèces nouvelles. Cuvier, le rapporteur de la commission chargée d’examiner les résultats du voyage, déclara que Péron et Lesueur avaient signalé, à eux seuls, plus d’animaux que n’en avaient fait connaître tous les naturalistes voyageurs qui les avaient précédés. Le ministre Decrès désigna Péron pour publier la relation du voyage et la description des sujets de zoologie. L’ouvrage devait avoir quatre volumes ; les deux premiers, consacrés à l’historique de l’expédition, sont entièrement de Pérou. La relation de ce dernier a été reconnue exacte. Plus zoologiste que botaniste, Péron n’a pas toujours employé le style propre à la science, un style simple et concis.

Voyage dans l’intérieur du Brésil, par Mawe (Londres, 1812, in-4°).

Mawe, qui était minéralogiste, se rendit à Montevideo avec l’expédition anglaise du général Beresford et fit ses préparatifs pour un voyage au Brésil. Un navire portugais, frété par lui en septembre 1807, le conduisit à l’île SainteCatherine, d’où il passa sur le littoral, qu’il suivit jusqu’à Santos ; il s’embarqua pour Zapitara et pour Rio-Janeiro. Muni de lettres de recommandation, il reçut du vice-roi du Brésil un accueil bienveillant. La vice-roi le pria d’inspecter des établissements publics et de diriger la ferme royale. Bientôt le prince régent de Portugal (Jean VI) se réfugia à Rio-Janeiro. Mawe obtint, par une faveur inouïe, l’autorisation de visiter les mines de diamants et d’entrer au préalable dans les bureaux des archives du gouvernement, où il devait examiner les cartes manuscrites et tous les documents officiels qui pouvaient le renseigner sur l’itinéraire à suivre. Il parcourut, de 1809 à 1810, la province de Mimis-Geraes, les districts de Tijuco et de Mandanga, où s’exploitent les mines de diamants. Son ouvrage fournit des renseignements utiles sur le territoire qu’il a exploré, sur les cantons les plus renommés pour leurs richesses minéralogiques, et ces détails intéressants sont présentés d’une manière agréable. Mawe est un observateur judicieux. L’or et les diamants du Brésil, la fécondité du sol, le luxe que ces trésors naturels procurent à quelques habitants ne dissimulent pas à ses yeux la misère trop réelle d’une population indolente, livrée à l’incurie et dominée par des préjugés nuisibles au progrès de la colonisation. La relation de Mawe, réimprimée plusieurs fois, a été traduite en portugais, en allemand, en russe, en suédois et en français (1816, in-8°).

Voyage au mont Caucase et eu Géorgie, par Klaproth (Halle, 1812-1814, 2 vol.).

Klaproth avait fait, en 1805 et 1806, avec l’ambassadeur Golowkin, un voyage scientifique jusqu’à la frontière chinoise ; il avait parcouru 1, 800 lieues. Le résultat de cette exploration scientifique fut un ouvrage intitulé : Asia polyylutta. Sur Ja proposition du comte Potocky, l’Académie impériale de Saint-Pétersbourg chargea l’orientaliste allemand d’une mission au Caucase. Le voyageur devait fixer les données incertaines du gouvernement russe sur l’état physique et moral de ces contrées ; il devait principalement étudier

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L’histoire et les idiomes des peuplades qui les habitent. Klaproth partit de Saint-Pétersbourg au mois de septembre 1807 et se rendit par Moscou à Vieux-Tscherkask, principale ville des Cosaques du Don ; dans le voisinage, il visita.les Kalmouks, qui professent la religion Jamaïque. Arrivé à Georgiewsk, chef-lieu du gouvernement du Caucase, il commença ses recherches pénibles et périlleuses. Il entra à Tiflis, capitale de la Géorgie, en janvier 1808. Il ne parcourut point le Caucase oriental, mais il recueillit des renseignements sur cette région auprès des indigènes. Il prit aussi des informations sur les tribus au midi de la chaîne. Ses excursions se renfermèrent dans le centre, le nord et l’est du massif caucasiqne. Il marchait avec une escorte militaire considérable, laquelle, garantissant la sécurité du voyageur, dut par contre devenir une difficulté pour l’observateur. De retour à Saint-Pétersbourg en janvier 1809, Klaproth rencontra auprès du gouvernement russe des obstacles pour la publication de ses matériaux. C’est que les résultats étaient’peu propres à flatter l’orgueil et les idées de suprématie despotique de ce gouvernement ; ils prouvaient, au contraire, combien est précaire et fragile l’autorité que la Russie s’arroge sur les tribus du Caucase. La relation de Klaproth manque de méthode, de clarté et d’agrément ; on y trouve des répétitions inutiles et même des contradictions ; mais elle contient beaucoup de renseignements sur le Caucase et sur les diverses races qui l’habitent. Klaproth fait observer avec raison qu’on a donné à tort le nom de caucasiques aux peuples indo-européens, car le Caucase n’a jamais pu devenir une pépinière d’hommes, la configuration et la pauvreté du sol ne lui permettant pas de nourrir et de contenir une population considérable. Il est vrai que les pentes du Caucase recèlent des échantillons de toutes les races de l’Asie et de l’Europe ; mais ce. sont des débris de divers peuples, apportés par les courants et les contre-courants des émigrations. L’étude des différentes langues parlées dans ces vallées a été l’objet principal des recherches du voyageur ; comme il avait déjà parcouru le nord et l’est de l’Asie, il a pu établir des rapprochements philologiques. Mais la grarnmuire comparée, la science du langage n’était pas encore assez avancée, et les inductions tirées par Klaproth de diverses similitudes qui se rencontrent souvent dans les vocabulaires les plus éloignés l’un de l’autre étaient prématurées.

Voyages en Perse, en Arménie et dans l’Asie Mineure, par J. Morier (Londres, 1813 et 1818, in-4°).

Morier a fait deux voyages en Perse. En 1808, il accompagna, avec le titre de secrétaire de légation, sir Hartford Jones, ambassadeur envoyé à la cour de Téhéran pour détacher le roi de Perse de son alliance avec le gouvernement français. Cette mission fut couronnée d’un succès complet. Les envoyés du roi d’Angleterre arrivèrent en Perse par Bombay, Bouschire, Chiraz, Ispahan et Téhéran ; Morier emmena l’ambassadeur persan Mirza-Abou’l-Hasan, et retourna en Angleterre par Constantinople. L’auteur esquisse l’histoire de la Perse depuis la mort de Thamas-Kouli-Khan jusqu’au règne de Feth-AlL-Schah. Il décrit divers monuments anciens de la dynastie des Sassanides, et il émet à ce sujet des vues et des conjectures justes. Il donne des observations variées sur les mœurs, la religion, l’agriculture, le gouvernement, etc. Le deuxième voyage a duré cinq années, de 1810 à 1816. Morier accompagna, en qualité de secrétaire d’ambassade, l’ambassadeur anglais Ouseley et l’ambassadeur persan, qui rentraient en Perse. A Madère, la légation persane refusa de descendre à terre. A Rio-Janeiro. les Orientaux furent plongés dans l’étonnement en voyant que le nouveau monde ne différait pas de l’ancien. Ils rentrèrent dans leur patrie par Ceylan, Cochin, Bombay et Bouschire. Morier fit un assez long séjour à Chiraz, visita les ruines de Persépolis, revit les principales villes de la Perse. A diverses reprises, il fit le voyage de Téhéran à Tauris et passa un été à Hamadan, l’ancienne Ecbatane, où l’on voit des inscriptions cunéiformes gravées sur les rochers. Après la conclusion du traité proposé à la cour de Téhéran, il partit pour l’Angleterre (6 octobre 1815). Sa seconde relation offre un plus grand intérêt que la première, à laquelle il renvoie, pour ne pas se répéter. Ses observations sont plus variées. Il décrit les principales villes ; il étudie les antiquités. En appréciant les mœurs et le caractère des Persans, dont le principal défaut est un esprit de flatterie excessif, il se tient en garde contre toute opinion systématique. La traduction française de sa relation (1818, 2 vol. in-8°) est remplie de contre-sens et faite avec une grande négligence.

Voyages en Abyssinie, par Salt (Londres, in-4°).

Dessinateur habile, Sait avait des connaissances littéraires et scientifiques. Lord Valentia l’emmena en qualité de secrétaire quand il entreprit ses voyages d’exploration dans l’Inde. Le 3 juin 1802, il s’embarqua sur la Minerve, et le 20 juin 1803, il arriva à Calcutta. Les deux voyageurs firent une grande excursion dans l’intérieur de l’Inde. Salt écrivait, dessinait ce qui se présentait sur son passage, il levait le plan des

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baies et des côtes. S’étant embarqués pour la mer Rouge, le noble lord et son secrétaire longèrent les côtes désertes de l’Arabie et de l’Afrique ; puis, revenant à Bombay, ils firent des excursions aux pagodes et aux grottes de Salsette et d’Eléphanta. De retour à Moka en décembre. 1804, il allèrent à Massouah et à Arekko (Adulis). Salt entra en relation avec les chefs abyssins et fut envoyé, en qualité d’ambassadeur officieux, avec une suite et des présents, en Abyssinie. Il rouvrit ainsi, entre les chrétiens d’Europe et les chrétiens d’Ethiopie, les communications qui étaient interrompues depuis près de trois siècles. De retour à Massouah, il visita les principales stations de la mer Rouge et les. lieux les plus célèbres de la basse Egypte. Les deux voyageurs, passant par Alexandrie, Malte et Gibraltar, débarquèrent à Portsmouth (octobre 1806). Ce voyage avait duré cinq années.

En 1809, le gouvernement anglais chargea Salt d’une mission particulière, celle de négocier un traité d’alliance avec l’Abyssinie. Suivant en partie la route qu’il avait déjà parcourue, il s’appliqua à faire l’exploration hydrographique des côtes orientales de l’Afrique. Pénétrant dans la province de Tigré, il ne put aller au delà ; ses efforts pour établir des relations régulières furent paralysés par les guerres civiles et religieuses qui divisaient le pays. A Axum, il découvrit une inscription fameuse. Il retourna en Angleterre en janvier 1811.

Salt a écrit, outre la relation de ce dernier voyage, celle des voyages de lord Valentia ; de plus, il a dessiné les gravures et les cartes qui accompagnent les deux ouvrages. L’atlas renferme des tableaux magnifiques. La partie neuve et intéressante de ces ouvrages est celle qui concerne l’Abyssinie ; on y trouve des faits nouveaux, des vues utiles au commerce, de précieuses recherches géographiques et scientifiques, des observations sur l’histoire, la religion, les monuments, les productions, les mœurs, les usages et l’industrie des Abyssins. Les ouvrages de Salt ont été traduits en français (1814, 4 vol. in-8°).

Voyages aux terres australes, par Flinders et Bass (Londres, 18)4, 2 vol. in-4°, avec atlas).

Flinders et son ami Bass, chirurgien de marine, avaient tenté l’exploration du George’s river et acquis la certitude d’un passage entre la terre de Van-Diémen et la Nouvelle-Hollande. Le gouverneur de Port-Jackson remit à Flinders le commandement d’une nouvelle corvette, à l’effet de vérifier l’existence du détroit supposé. Flinders et Bass découvrirent, en 1798, le détroit soupçonné, qui reçut le nom de Bass. Ils relevévent une partie des côtes de Van-Diémen et recueillirent les matériaux nécessaires pour dresser une carte du canal exploré. Flinders reconnut ensuite les côtes au nord de Port-Jackson jusqu’au 25e degré. Le gouvernement anglais ayant approuvé un plan qui avait pour objet la reconnaissance des côtes de la Nouvelle-Hollande, Flinders, l’auteur de ce projet, reçut le commandement de la corvette l’Investigateur. Il employa les années 1801, 1802 et 1803 à explorer les côtes méridionales et orientales de la Nouvelle-Hollande et, au nord, le détroit de Torrès et le golfe de Carpentarie. Il reconnut les îles Northumberland et Cumberland et releva la chaîne des rochers appelée Barrière-Reef. A la suite de plusieurs détours dans les parages qu’il avait déjà parcourus, il retourna au nord pour compléter ses études sur le détroit de Torrès ; mais son vaisseau, ainsi qu’une conserve, échoua sur les bancs de récifs qui s’étendent entre la Nouvelle-Calédonie et l’Australie (17 août 1803). Flinders alla chercher des secours à Port-Jackson, d’où il ramena deux corvettes au banc du naufrage. Passant le détroit de Torrès, il relâcha à Timor. Le mauvais état de son vaisseau ne lui permettant pas de continuer ses reconnaissances à l’occident de l’Australie, il fit voile pour l’île de France. Son passeport n’étant pas tout à fait en règle, le gouverneur français mit l’embargo sur le bâtiment anglais et retint prisonnier pendant six ans le capitaine, soupçonné d’espionnage. Flinders rentra en Angleterre vers la fin de 1810. La relation de ce voyage et l’atlas qui l’accompagne placent Flinders au rang des hydrographes les plus distingués. L’ouvrage, précédé d’un morceau historique sur les découvertes des côtes de la Nouvelle-Hollande faites antérieurement, abonde en détails nautiques ; il n’est, à vrai dire, qu’une longue analyse des cartes.

Voyages en Afrique et en Asie, par Ali-Bey (Badia) (1814, 3 vol. in-8°, avec atlas).

Au commencement de ce siècle, un Espagnol du nom de Badia avait formé le projet de visiter l’Afrique et l’Asie ; il étudia la langue arabe, se fit circoncire, prit le nom musulman d’Ali-Bey et se donna pour un descendant des califes. Le favori Godoï, prince de la Paix, approuva son plan et pourvut sans doute aux dépenses du voyageur, qui mena grand train, vécut avec faste, de manière à éblouir les musulmans. Badia débarqua à Tanger au mois de juin 1803. Les passe-ports d’Ali-Bey-el-Abbassi furent trouvés réguliers ; son luxe, son nombreux domestique, ses largesses, ses pratiques musulmanes lui valurent une respectueuse considération. Il séjourna succes-

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sivement à Méquinez, à Fez, à Rabat, à Maroc, à Mogador. L’empereur Muleï-Soliman lui rendit visite, lui donna des preuves d’une fraternelle amitié et l’emmena même avec lui dans quelques voyages à l’intérieur. Ayant manifesté l’intention de faire le pèlerinage de La Mecque, il reçut de l’empereur des lettres de recommandation pour les beys de Tunis et de Tripoli. Mais, arrivé à Ousehda, sur le territoire algérien, Ali-Bey trouva la route interceptée par une prise d’armes de tribus. Peu de jours après, des cavaliers marocains le rejoignirent et le ramenèrent de force à Tanger, d’où il s’embarqua pour Tripoli et ensuite pour Alexandrie, après avoir touché aux côtes de Morée et de Chypre. Il eut à Alexandrie une entrevue avec Chateaubriand, qui fut joué par le faux musulman. Au Caire, Ali-Bey reçut un noble accueil, pour les mêmes raisons qu’à Maroc. En 1807, il se rendit à La Mecque par Suez et Djeddah ; il eut l’honneur de balayer la Caaba avec l’assistance du chérif. Cet acte de dévotion ne l’empêcha pas d’être dépouillé près de Médine par les Wahabites. De retour au Caire, il passa en Syrie, visitant Jaffa, Jérusalem, Saint-Jean-d’Acre, Nazareth, Cana, le lac de Tibériade, le Jourdain, les montagnes, Damas, Alep. Il se rendit à Constantinople par Anlioche, Tarsous, Konieh et Scutari, passa ensuite par Bucharest, et il arriva à Bayonne le 9 mai 1808. En 1818, Badia retourna en Syrie sous le nom d’Ali-Othman ; il était chargé par le gouvernement français d’établir de nouveaux rapports entre la France et l’Orient. Il mourut à Alep, empoisonné, dit-on.

La relation de Badia excita d’abord une certaine méfiance, qui ne tarda pas à se dissiper. Ses récits sont pleins d’intérêt. Esprit original et homme de ressources, Badia ne possédait qu’imparfaitement la langue arabe ; mais il avait des connaissances scientifiques très-étendues, du discernement, de la perspicaêité. Très-succinct sur les mœurs des Arabes, il s’abstient de détails et se borne à des remarques générales. Badia est le premier voyageur chrétien qui ait décrit La Mecque avec la Caaba, la mosquée d’Omar à Jérusalem, etc. La deuxième partie de son ouvrage, laquelle devait contenir ses travaux scientifiques, n’a point paru. Cette relation précieuse a été traduite en anglais et en allemand.

Voyages dans le Belouchistan et le Sinde, par H. Pottinger (Londres, 1816).

Cette relation est divisée en deux parties : la première reproduit le journal de ce qui est arrivé au liautenant Pottinger et au capitaine Christie depuis leur départ de Bombay, le janvier 1810, jusqu’à leur retour, le 6 février 1811 ; la deuxième présente, sous un petit nombre de chapitres, tous les renseignements géographiques et historiques recueillis par l’auteur sur les pays compris sous le nom de Béloutchistan, soit pendant le cours du voyage, soit depuis le retour. Le lecteur est transporté dans des contrées fort peu connues et dont l’histoire présente d’immenses lacunes.

Vers la fin de l’année 1809, le gouverneur général de l’Inde envoya le général Malcolai en ambassade à la cour de Téhéran. Ses instructions prescrivaient de prendre tous les moyens possibles de s’assurer de la nature et des ressources de toutes les contrées par lesquelles une armée européenne pourrait tenter une invasion dans l’Indoustan. Tel était le projet que le gouvernement anglais attribuait, bien à tort, à Napoléon. Le lieutenant Pottinger et le capitaine Christie offrirent leur concours au général Malcolm, qui l’accepta. En route, ils se séparèrent pour se rejoindre à Téhéran. Ils étaient censés voyager comme agents d’un riche marchand de chevaux indou. Bien munis de traites et d’argent comptant et accompagnés de trois Indous, ils s’embarquèrent à Bombay. Le 16 janvier 1810, Fottinger aborda à l’embouchure de la rivière Pourallaï, où il crut reconnaître le port d’Alexandre, de Néarque. De là, il fit route pour Bêla, capitale de la province de Las, puis pour Kélat, capitale de la province de Saravan et résidence du souverain. Dans cette ville, qui est fortifiée, régnait une grande activité ; on y voyait un magnifique bazar. Le voyageur manqua d’y être reconnu, au grand péril de sa vie. Un homme qui avait voyagé lui demanda quel âge avait la très-honorable Compagnie ; il prenait la Compagnie des Indes pour une vieille douairière à marier, à moins que sa question ne cachât une ironie. Le 6 mars, Pottinger quitta Relut, traversa successivement Kirman, Schiruz et Ispahan, et arriva à Bagdad, d’où il s’embarqua pour Bombay, après avoir couru de nombreux dangers. Le capitaine Christie avait traversé depuis Nouskhaï une portion du Sistan, du royaume de Caboul et du Khoraçan, en se rendant à Hérat, puis à Yezd et à Ispahan. Il mourut avant la publication de l’ouvrage ; mais ses observations furent réunies à celles de son collègue. Les deux voyageurs, surtout Pottinger, avaient réuni une immense collection de faits et de remarques sur des contrées et des peuplades que les Européens n’avaient pas visitées avant eux ; leurs notes ont augmenté beaucoup les connaissances géographiques et ethnographiques sur le Béloutchistau et le Sinde, qui n’étaient guère