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il passa cinq années dans la Russie méridionale, qu’il sillonna en tous sens, suivant le cours des fleuves et des rivières, visitant toutes les côtes septentrionales de la mer Noire, de la mer d’Azow et de la mer Caspienne, étudiant le régime des eaux et mesurant le relief du sol, on bien parcourant, pour le compte du gouvernement russe, la province d’Iékatérinoslaw, la Bessarabie et le pays des Cosaques. Sur les bords du Dnieper, auprès des cataractes, il découvrit une mine de fer. La dépression de la mer Caspienne fut l’objet d’un grand nombre d’observations. Ces recherches et ces études marchaient parallèlement avec d’autres enquêtes, soit ethnologiques, soit économiques, En 1846, le gouvernement français l’ayant chargé d’explorer les pays avoisinant la mer Noire et la mer Caspienne au triple point de vue de la géologie, de la géographie et de l’histoire, Hommaire de Hell commença par étudier les rivages méridionaux, de la mer Noire. Outre le nivellement du Bosphore et la direction des courants, il se proposa la solution d’un problème déjà abordé dans l’antiquité : un canal de communication entre le golfe de Nicomédie et la mer Noire est-il praticable ? Hommaire de Hell se prononce en faveur de cette hypothèse. Dans l’Arménie et sur le territoire persan, il eut à s’occuper d’un canal de dérivation à construire ; il navigua sur l’Euphrate, et il passa par les véritables portes Caspiennes ; il découvrit, près de Laskirt, d’immenses ruines. Ce voyage, arrêté par la mort de l’infatigable explorateur (août 1848), n’a pu produire tous les fruits qu’on pouvait en espérer. Les deux relations de ces voyages ont été écrites en partie par Mme Hommaire de Hell, qui avait accompagné son mari dans sa première mission. La première, intitulée Voyage dans les steppes de la mer Caspienne, le Caucase, la Crimée et la Russie méridionale (1844-1847, vol. in-8°, avec atlas), est plus pittoresque que scientifique dans les deux premiers volumes, consacrés à la description des lieux et aux usages des peuples ; il y est question toutefois de la constitution du pays, de l’administration, de l’industrie, du commerce, etc. Le troisième volume, exclusivement scientifique, traite de la topographie, du climat, des produits végétaux, de la géographie physique et historique, de l’hydrographie et de la géologie des contrées que baignent les mers Noire et Caspienne. La deuxième relation, intitulée Voyage en Turquie et en Perse (1854-1860, 4 vol. in-8°, plus un album de pl.), comprend trois volumes pour la partie historique et un volume pour la partie scientifique ; les dessins de l’atlas, sites, costumes, monuments, sont dus à M. J. Laurens, peintre qui avait accompagné Hommaire de Hell dans son dernier voyage. Les pages descriptives écrites par Mme Hommaire de Hell, pages d’un style élégant et agréable, ont formé un volume à part, réimprimé en 1860 et 1869.

Voyage de Mac Clure aux mers arctiques (Londres, 1856, in-8°).

Ce voyage a pris date dans l’histoire des navigations célèbres ; c’est le capitaine Mac dure qui a découvert le passage nord-ouest, et le premier il a pénétré de l’océan Pacifique dans l’océan Atlantique en contournant l’extrémité septentrionale du continent américain. Mac Clure avait fait un premier voyage en 1836 sous les latitudes polaires, avec Gr. Back, et il avait accompagné, en 1848, James Ross, allant à la recherche de l’expédition de Franklin, jusqu’au détroit de Barrow. En 1850, l’amirauté anglaise organisa une nouvelle expédition destinée à rallier l’équipage de Franklin, en se dirigeant par le détroit de Behring vers l’île Melville. Deux navires, l’Entreprise, capitaine Collinson, et l’Investigator, capitaine Mac Clure, partirent de Plymouth le 20 janvier 1850, munis de provisions pour trois années. Séparé de son collègue par un coup de vent dans le’détroit de Magellan, Mac Clure le devança. Doublant la pointe Barrow, le cap Bathurst, le cap Parry, il s’engagea avec résolution le long du continent américain, à l’est, dans un chenal où des barques seules avaient passé avant lui. Les Esquimaux eurent des rapports fréquents avec son navire. A 50 milles au delà du cap Parry, il découvrit l’île Behring, puis une autre terre séparée de la première par un détroit. Il lui donna le nom de terre du Prince-Albert, et au détroit celui de détroit du Prince-de-Galles ; mais les marins et les géographes lui ont substitué le nom de Mac-Clure ou de l’Investigator. Le navire avait purcouru un espace de 900 à 1, 000 milles, complètement inconnu. Cerné par les glaces dès le 30 septembre 1850, Mac Clure resta dans cette position pendant trois années. L’été suivant, il fit des excursions et des chasses sur les terres nouvellement découvertes. Dans une reconnaissance dirigée par terre jusqu’au détroit de Bank, il constata l’existence du passage nord-ouest ; le détroit de Mac-Clure communiquait avec les eaux de l’archipel. Quant à la découverte des débris de l’expédition de J. Franklin, elle était réservée au capitaine Mac Clintock, en 1859. L’Investigator fit de vaines tentatives pour déboucher au nord du détroit. Sa navigation autour de l’île de Behring fut périlleuse ; on dut s’ouvrir un chemin a travers les glaces, au moyen de la mine. Arrivé dans le détroit

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de Bank, Mac Clure hiverna à la baie de Merci. En 1852, il se rendit en traîneau sur l’île Melville, dans l’espoir d’y trouver un dépôt de provisions. Cette attente fut déçue ; l’avenir s’annonçait sous de fâcheux auspices. Au printemps suivant (1853), le lieutenant Prim et le capitaine Kellet, venus à Winter-Harbour, sur l’île Melville, rencontrèrent les gens de l’Investigator. Mac Clure leur confia ses malades et ses infirmes et revint à sa station pour y attendre la rupture des glaces. Le 3 juin 1853, il dut abandonner l’Investigator ; il hiverna à bord des vaisseaux du capitaine Kellet, stationnés à l’île Melville. Ces navires durent être abandonnés à leur tour. Les équipages se rendirent sur la glace à bord du Nord-Star, qui les ramena en Angleterre (octobre 1854). En pénétrant du détroit de l’Investigator dans celui de Barrow, c’est-à-dire dans l’océan Atlantique, Mac Clure avait découvert le passage nord-ouest. Une récompense nationale de 5, 000 livres sterling lui fut accordée. Dans cette expédition, les navigateurs anglais constatèrent un fait géologique d’un grand intérêt : l’archipel arctique offre aux regards de hautes collines de bois fossiles entassés, les uns décomposés, les autres stratifiés, les autres minéralisés. Ces montagnes ligneuses déroulent en quelque sorte un chapitre de l’histoire des formations géologiques. Les ossements abondent dans les terrains arctiques.

Voyages et recherches en Chaldée et en Susiane, par W.-K. Lofius (Londres, 1857).

Les frontières qui séparent la Turquie de la Perse étaient restées dans un état incertain ; les discussions soulevées à ce sujet menaçaient de dégénérer en hostilités ; la Russie et l’Angleterre interposèrent leur médiation ; une commission mixte de quatre plénipotentiaires fut chargée d’établir la ligne de démarcation, et ses travaux se prolongèrent de 1849 à 1852. M. Loftus fut attaché comme géologue à la mission du représentant anglais, le colonel Williams, le défenseur de Kars. Après avoir traversé la mer Noire et le mont Taurus, il rejoignit la commission anglaise à Mossoul, le 5 avril 1849, et arriva à Bagdad, lieu de rendez-vous convenu, le 5 mai. En attendant la présence du commissaire turc, il fit une excursion vers les ruines de Babylone. Traversant le désert, large de 50 milles, qui s’étend depuis Bagdad jusqu’aux ruines de Babylone, il reconnut les vestiges de nombreux canaux. Ensuite il détermina remplacement de Babylone, indiqué par d’immenses massifs de briques. De là, il alla explorer avec soin la partie occidentale de la Chaldée, région riche en souvenirs importants. Il visita la ruine imposante de Birs-Nemrod, vaste et haute agglomération de briques dont le faîte est vitrifié, ce qui s’explique aisément ou parce qu’elle servait de phare, ou parce qu’elle servait d’autel dans les grandes cérémonies ; dans les deux cas, on y devait brûler du naphte, une huile minérale. Eu explorant le grand lac de Bahr-Nedjef, M. Loftus reconnut dans les marais qui l’entourent les canaux naturels de l’Euphrate occidental ; puis il visita Koufah, Nedjef, Kerbela. Ces deux dernières villes sont les nécropoles de la Perse actuelle. On y transporte des cadavres de toutes parts ; c’est un spectacle repoussant. Nedjef possède une magnifique mosquée, dont l’accès est interdit par le fanatisme des habitants. De retour à Bagdad, M. Loftus s’enfonça dans l’intérieur de la Babylonie, terre alors inconnue. Il y trouva encore de nombreuses traces d’anciens canaux. Ce sol est aujourd’hui tour à tour inondé ou desséché ; les débordements du Tigre et de l’Euphrate le stérilisent après l’avoir fécondé. L’homme a perdu, par sa faute, une de ses plus belles conquêtes sur la nature. Le voyageur anglais a exploré plus tard une seconde fois ces mêmes contrées. Il révèle le nom et la situation de plusieurs villes importantes de l’ancienne Babylonie. En général, il ne subsiste que d’immenses massifs de briques. Il ne reste qu’un temple assez bien conservé. M. Loftus croit que Nifar représente Babel. Il a trouvé d’autres ruines à Hamman, à Mugeyer, à Warka, où il a exécuté des fouilles en 1854. Ce lieu était la nécropole de Ninive, de Babylone, etc. Après avoir recueilli des inscriptions cunéiformes, des tablettes, des médailles, des fragments de sculpture, M. Loftus quitta les bords de l’Euphrate, traversa le désert jusqu’à Basrah (Bassora) et se dirigea vers les principales villes de la Susiane. Cette exploration complète celles de MM. Botta, Flandin, Layard, Place, Oppert, qui ont fait des découvertes si importantes en Mésopotamie.

Voyages et recherches d’un missionnaire dans l’Afrique méridionale, par David Livingstone (Londres, 1857 et 1865).

Missionnaire protestant, le docteur Liviugstone s’était proposé un triple but : propager l’Evangile, conquérir de nouvelles données à la science et enfin nouer avec des peuples inconnus des relations avantageuses pour sa patrie. Son premier voyage, effectué de à 1856, avait pour but déterminé l’exploration de la vaste région de l’Afrique australe marquée inconnue sur les cartes, et qui s’étend entre l’équateur et le Capricorne. S’étant installé pendant six mois dans le pays des Bakouains et initié au langage, aux

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lois, aux mœurs de ces tribus, il partit vers le nord, en compagnie de MM. Murray et Oswell, le 1er juin 1849. Il avait pour objectif le lac Ngami, supposé au delà du grand désert de Kolohari. Les Bakouains sont un peuple pasteur, doux, intelligent et reconnaissant des services qu’on leur rend. Le voyageur ne procédait pas comme un sectaire prédicant. Il marchait en conciliateur, en apôtre de l’humanité et de la civilisation ; il alliait le commerce et l’apostolat. Après avoir traversé le pays des Boërs indépendants, peuplade habituée au pillage, et le désert de Kolohari, région qui n’est nullement stérile, il arriva, en suivant les bords de la Zouga, au lac Ngami. Ce lac est à cent vingt lieues de Kolobeng ; il a de 65 à 100 milles géographiques de circonférence. La nouvelle de cette découverte devait produire une grande sensation dans le monde savant. Le lac Ngami, situé par le 8e degré de latitude sud, a depuis été exploré par le Suédois Anderson, qui, dans un récit plein de verve, en a fait connaître les immenses ressources. Retournant vers le sud, Livingstone y prit un repos de quelques mois. Il se remit en route vers le nord avec des guides ; il arriva chez les Makololos. Le chef de cette tribu, jadis vaincu par une autre, s’était établi sur les bords du Zambèze ; vainqueur de quelques peuplades voisines, il était devenu maître d’un immense territoire et suzerain d’un grand nombre de tribus. Le voyageur anglais découvrit en juin 1851 une partie du grand fleuve central, le Zambèze, tout à fait ignorée des géographes. Ce fleuve navigable et qui se jette dans le canal de Mozambique traverse le centre africain dans sa partie méridionale, du nord-ouest à l’est, et paraît être appelé, comme le Niger au nord, à servir de canal pour introduire la civilisation moderne dans ce continent mystérieux. Le pays des Makololos, où Livingstone trouva un excellent accueil, est une terre fertile, bien arrosée, coupée de rivières navigables, de montagnes peu élevées, de vallées luxuriantes, de forêts séculaires, riche en mines abondantes et en nombreux troupeaux. L’industrie des indigènes est relativement assez avancée. Comprenant qu’il importait de trouver une voie sûre pour les commerçants et les missionnaires et d’établir un centre d’opérations pour détruire la vie sauvage et la traite des nègres, il se décida à tenter une exploration à travers tout l’intérieur du continent entre l’est, l’ouest et le midi. De retour au Cap en avril 1852, Livingstone embarqua sur un navire anglais sa femme et ses enfants. Il partit pour la quatrième fois le 8 juin, dans l’intention d’atteindre Saint-Paul-de-Loanda, sur la côte occidentale de l’Océan. Franchissant la rivière Orange, il arriva à Kuruman, longea le désert de Kolohari et arriva chez les Bakouains le 31 décembre 1852. Livingstone parle rarement et brièvement de ses souffrances et des périls qu’il courut. Renversé par un lion, il échappa à la mort, et il se vengea.de son ennemi en traitant de lâche ce grand carnassier. Il trouva en usage chez une peuplade les phratries de Sparte. Il arriva à Linyariti chez les Makololos. Ce peuple est composé de deux races, les vainqueurs et les vaincus ; il connaît l’agriculture et l’industrie, et il a le goût du commerce. Parvenu à Katonga, il reconnut un pays plat, rendu des plus fertiles par les travaux des termites. Le Zambèze est là un fleuve d’une rare beauté, arrosant de nombreux villages dont la population est industrieuse. Mais plus loin, les mouches tset-sés, mortelles pour les bœufs, les vaches, les chevaux et les chiens, font rebrousser chemin au voyageur. Il redescendit le fleuve, prépara une expédition vers la côte occideniale, prit une escorte de vingt-sept compagnons, remonta de nouveau le Zambèze à travers une vaste et fertile contrée qui peut nourrir des millions d’hommes, et atteignit le confluent de la Liba et du Zambèze. Il arriva, le 19 janvier 1854, à Kabomuo ou Shinshé, chez les Baloudas, où il fut bien reçu et où il trouva de singuliers indices de mahométisme et de christianisme. Plus il s’avançait vers le nord, plus il avait à se plaindre de la rapacité des naturels. Les nègres ont pris aux forbans européens les vices que les nègres de l’intérieur ne connaissent pas encore. Enfin Livingstone atteignit les frontières de la colonie portugaise de l’Afrique occidentale ; il reconnut la fertilité merveilleuse de la vallée du Congo et, d’autre part, le triste état commercial et industriel de cette vaste possession. A Saint-Paul-de-Loanda, ses Zambéziens prennent les monuments publics et les maisons pour des montagnes à plusieurs caves. Cet itinéraire a permis à l’explorateur de constater que les communications n’étaient point praticables au milieu des marais et des forêts de cette route. Livingstone quitta la station portugaise avec ses Makololos le 1er janvier 1855, pour se frayer un chemin vers l’est. Il évita autant qu’il put la route pratiquée par les marchands négriers. Le 7 mai, il traversa le Moamba, reconnut le lac Dilolo, rentra le 27 juillet à Libonta et, à la fin d’août, à Linyanti. Après avoir ouvert le centre africain par le sud et par l’ouest, il voulut l’ouvrir par l’est. Il résolut de suivre et de longer la rive gauche du Zambèze jusqu’à son embouchure. Le 3 novembre, esoorté du chef des Makololos et muni de précieuses ressources, il quitta Linyanti et sui-

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vit le Zambèze jusqu’aux cascades gigantesques de Mosiontounya, cascades qui sont, sans contredit, l’une des plus grandes merveilles de la nature. Le 20 novembre, suivi de cent quatorze hommes, il se dirigea vers le nord pour gagner le Lékoué, qui coule, à travers un pays admirable, dans la direction du centre de l’Afrique. Il s’engagea dans une contrée rocailleuse, autrefois riche et peuplée, puis dans un district inhabité, et traversa le Kalomo, grande rivière qui ne tarit jamais. Il se trouva parvenu au point culminant des hautes terres, à 1, 525 mètres, sur un plateau central où il n’y a ni fontaines ni marécages, et qui est la partie la plus salubre du continent. Le 4 décembre, après avoir traversé la Mazouna, il arriva sur les limites des Batokas indépendants. Il continua heureusement son voyage et trouva bon accueil dans le beau pays qu’il explorait ; bientôt il revit le Zambèze. La contrée, des plus fertiles et des plus salubres, produit le coco, la cire, l’indigo, le coton, le quina, l’or, la canne à sucre. Il arriva enfin à la première station portugaise orientale, à Téké, où il recueillit les renseignements laissés par le capitaine Parker et le lieutenant Hoskins sur le Zambèze inférieur. Le 26 mai 1856, il entra à Quilimané, sur la côte orientale, après avoir traversé le continent africain dans toute sa longueur, au sud. Livingstone a reconnu les bords du Zambèze, de son embouchure à sa source ; ce fleuve remplit toutes les conditions nécessaires aux besoins du commerce. Depuis lors, l’intrépide voyageur a dirige de nouvelles recherches dans l’intérieur de l’Afrique. Il a entrepris, en 1858, de remonter le Zambèze sur une petite chaloupe à vapeur, et, plus tard, il a tenté d’aller au Zambèze au lac Tanganyika, par la rivière Chiré et le lac Nyanza. Les deux relations publiées par Livingstone sont des livres écrits d’un ton simple et modeste, bien que l’auteur ait été justement appelé le Colomb de l’Afrique. Ces deux récits pleins d’intérêt ont été traduits en français par Mme H. Loreau et 1866, 2 vol. gr. in-8°).

Voyages dans l’Afrique équatoriale. par Paul du Chaillu (1861 et 1867, 2 vol. in-8°).

M. du Chaillu, Américain d’origine française, a passé huit années sur la côte occidentale de l’Afrique équatoriale ; en 1864, il a entrepris un nouveau voyage à l’Ogobaï, fleuve situé au sud du Gabon. Il a écrit deux relations, dont la première suscita de nombreuses controverses dans la presse anglaise. On ne peut, guère raconter la série d’aventures par lesquelles le voyageur a passé, ni résumer ses impressions, ou ses observations. Le but de M. du Chaillu n’était pas de faire la reconnaissance géographique des rives du Gabon. Battre les forêts, telle était sa plus grande ambition, au moins dans son premier voyage de 1856 à 1859. S’avançant sur un terrain nouveau au point de vue géographique, dépourvu d’instruments, il pénétra dans un pays où nul Européen ne s’était aventuré avant lui. Il explora la partie de l’Afrique équatoriale que baigne l’Atlantique, à deux ou trois journées au sud du Gabon, et où se développe le delta de l’Ogobaï. Il flt à pied, et sans être accompagné d’aucun autre blanc, environ 2, 700 lieues. Il tua, empailla et rapporta plus de 2, 000 oiseaux, dont plus de 60 espèces uouvelles, et il abattit plus de quadrupèdes, dont il empailla et rapporta 200, avec plus de 80 squelettes. Parmi ces quadrupèdes, il n’y en avait pas moins de 20 espèces jusqu’alors inconnues à la science. Le théâtre de cette première excursion est le large estuaire qui commence au golfe de Bénin. Une nature sauvage et très-pittoresque, une faune nouvelle et une population inconnue, tels étaient les éléments d’étude qui s’offraient au voyageur. L’histoire naturelle et l’ethnographie devaient s’enrichir des résultats de ses recherches. M. du Chaillu a observé et interrogé ; il possède à un degré remarquable des qualités naturelles d’observateur et de peintre. Ses ouvrages donnent une idée générale très-fidèle de la nature du pays et de ses grands traits physiques. Ces aperçus d’ensemble sur l’aspect et la configuration de la contrée, ces tableaux de mœurs et ces remarques anthropologiques dénotent une sagacité instinctive et révèlent une touche descriptive qui serait peut-être déplacée dans un livre exclusivement scientifique. Les épaisses forêts parcourues par M. du Chaillu renferment peu d’hommes. Les seuls animaux, vraiment domestiques qu’on y rencontre sont les chèvres et les poules. Les singes sont nombreux, ainsi que les reptiles et les grandes araignées ; le monde des insectes pullule. Le gorille est le roi de ces régions boisées. Il est inutile de donner ici une description de ce singe colossal, d’une force herculéenne. M. du Chaillu lui a maintenu le nom de gorille, donné à ce quadrumane par l’amiral carthaginois Hannon ; car c’est au delta de l’Ogobaï que le périple de cet ancien navigateur s’est arrêté. Depuis Hannon, les bouches de ce fleuve étaient restées inexplorées, et c’est ainsi que M. du Chaillu a ouvert une voie nouvelle à la géographie et à l’histoire naturelle. Malgré les dépouilles de gorilles qu’il avait rapportées en Europe, sa première relation avait suscité des critiques passionnées, qui mettaient plus souvent en cause la personne du voyageur que son ouvrage, Quel-