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les plants des épices fines (girofle, cannelle, camphre, etc.), qui enrichirent l’agriculture coloniale de nouvelles productions. Dans la physique générale, il établit en 1788, bien longtemps avant l’allemand William Doré (né en 1803). la théorie de la marche circufaire des tempêtes de la mer des Indes (cyclones). Hubert était un esprit net et droit, un homme modeste, simple et bienveillant. La colonie lui a élevé, dans le jardin botanique de Saint-Denis, une colonne surmontée de son buste de marbre, exécuté par M. d’Epinay.

" HUBERT-DELISLE (Louis-Henri), administrateur et homme politique français, né à la Réunion le îei janvier 1810. — Il est mort k Bordeaux le g décembre 1881. Il avait échoué aux élections partielles pour le renouvellement du Sénat le 5 janvier 1879.

  • HUBERT-VALLBROCX (Emile), médecin

français, né à Pans en 1812. — Il est mort dans la même ville le 24 mars 1884.

•flCBERT-VALLEROUX (Paul), économiste français, fils du précèdent, né k Paris en 1845. Il est docteur en droit et avocat à la cour d’appel de Paris. On a de lui deux ouvrages remarquables, l’un et l’autre couronnés par l’Académie des sciences morales et politiques:les Associations coopératives en France et à l’étranger (1884, in-S » ); les Corporations d’arts et métiers et tes syndicats professionnels (1885, in-8°), et trois essais de moindre importance sur les grands problèmes économ ques de notre temps:Des sociétés particulières en droit romain, Sociétés coopératives en France (1870, in-8°); Étude sur la situation légale des ouvriers en Angleterre (187e, in-8°).

  • HUBNER (Rodolphe-Jules-Benno), peintre

allemand, né à CEl-s (Silésie) le £7 janvier 1806.

— Il est mort k Loschwitz, près Dresde, le 7 novembre 1882. Il était directeur de la galerie royale de peinture à Dresde depuis 1871.

5 » " HOBNER (Joseph-Alexandre, baron de), diplomate autrichien, né à Vienne en 1811,

— En octobre 1879, le baron de Hûbner a été Dominé membre à vie du Reichraih, mais depuis son rappel comme ambassadeur d’Autriche à Rome, il n’a joué aucun rôle politique. Notons cependant un discours très agressif qu’il prononça au Reichratli en 1880 à propos de la question d’Orient ; il y préconisait I alliance des trois empereurs et représentait la République comme n’attendant qu’un prétexte ■ pour faire la guerre à toutes les monarchies, k toutes les religions ». C’est comme voyageur que ie baron de Hilbner s’est principalement distingué depuis 1871. Son premier voyage, modestement intitulé Promenade nutour du monde, et dont nous avons parlé, avait été fort remarqué ; il lui a donné une suite, ou plutôt un pendant, dans un second ouvrage très intéressant : À travers l’empire britannique (1883-1884, 2 vol, in-8°), dont noua avons rendu compte (v. a travers). M. de Hûbner n’est pas seulement un observateur sagace, il reste, même en voyajre, un homme d’État, soucieux de mêler des aperçus politiques à ses impressions personnelles et à des descriptions pittoresques.

  • HOBNER (Charles-Guillaume), peintre allemand,

né à Kœnigsberg le 14 juin igi4.

Il est mort à Dusseldorf le 5 décembre 1879.

  • HOBNER. (Othon), économiste allemand,

né à Leipzig la 22 juillet 1818. — 11 est mort à Beilin le 4 février 1877.

nODE (Auguste), homme politique français, né h Paris le 6 juillet 1850, mort en Algérie en décembre 1888. M. Hude était négociant de vin en gros et maire de la commune d’Issy, lorsqu’un » élections de 1885, il fut porté sur les listes radicales du département de la Seine à titre de représentant de 3a banlieue de Paris. Mis une première fois en ballottage, il fut élu le 18 octobre par 279.573 voix sur 414.360 votants. Dès l’ouverture de la session, il présenta un projet de loi destiné k modifier la législation existante pour la répression des falsilicationsdes boissons. Ce fut à peu prèa son seul acte législatif, car sa santé l’obligea à s’éloigner de lu Chambre et h aller chercher un climat plus doux, en Algérie, où il est mort. Le peu de notoriété politique du défunt aurait laissé cette mort dans l’ombre, si le général Boulanger, se présentant aux électeurs de la Seine en remplacement de M. Hude, n’avait rappelé l’attention sur sou obscur prédécesseur.

  • HUÉ (Phou-TAoua-Thién), ville de l’Indo-Ohine,

capitale du royaume d’Annam, cheflieu de province, sur la rive gauche de la rivière de Hué (Truong-Thiên) et à 15 kilom. de la mer, 30.000 bah., et avec les faubourgs, 50.000. La capitale annamite, « la "Ville mystérieuse !, où un résident supérieur représente le protectorat français depuis 1884, est bâtie sur une sorte d’île formée par la rivière et un canal. La ville propre, indépendamment des faubourgs, n’est à vrai

dire, qu’une immense forteresse, de 6 kilom. de tour, qui se divise en deux parties:10 la ville intérieure ou quartier royal, renfermant dans son enceinte percée de huit portes et construite de 18Î0 à 1840, le palais du roi, le sérail, le théâtre de la cour, la trésorerie et autres case* aux toits multicolores, entourées de jardins ; S* la ville extérieure ou

HUGA

officielle, aux rues larges et bordées de belles habitations de mandarins, défendue par un fossé large de 40 mètres et par une muraille de brique* bustionnée, percée de larges portes que surmontent des pavillons chinois. Cette citadelle fut construite au xvme siècle par le colonel français Olivier. C’est dans cette zone périphérique que se trouvent, dispersés ça et là, les six ministères, la préfecture, le collège, la bibliothèque, l’observatoire, le tribunal, les arsenaux, les magasins royaux et de vastes casernes. Les faubourgs, réservés aux artisans et aux commerçants, forment une troisième agglomération, moins régulière et moins propre. Chaque métier y occupe une place distincte; l’industrie locale se réduit à peu de chose : le service du roi accapare tous les ouvriers habiles dans le travail de l’or, de l’argent, de l’ivoire, de la soie, etc. Le négoce est monopolisé par 200 march’-inds chinois, très arrogants, qui importent des étoffes chinoises et anglaises de soie et de coton, des porcelaines, des poteries, des meubles, du thé, des drogues, des ustensiles et des jouets. Les soieries de Lyon sont maintenant plus estimées de la cour annamite que les tissus de la Chine. En 1570, Hué devint la résidence des seigneurs de la famille Ngnyen-Hoan, gouverneurs des provinces du Sud, et au xvme siècle la capitale de l’empire ou royaume d’Annam, déclaré indépendant. Elle fut bombardée et prise par l’amiral Courbet le 20 août 1883. Dans la nuit du 4 au 5 juillet 1885, les mandarins tendirent au général de Courcy, arrivé à Hué l’avant-veille avec une faible escorte, un guet-apens qui fut sévèrement réprimé. V. Annam.

HDÉ (province de) ou QUA.XG-DVC, province du royaume d’Annam (Indo-Chine française), entre lamerdeChine et les montagnes de l’Ouest. Elle a 95 kilom. de longueur sur une largeur de 25 kilom. On évalue sa superlicie à 1.400 kilom. carrés et sa population a 160.000 âmes. Elle forme une préfecture, Thua-Thien, et six sous-préfectures : Huong-Tra, Phu-Vinh, Phu-Dien, Huong-Thuy,

Phu-Loc et Phong-Dien. Le littoral de cette province est découpé par des lagunes parallèles à la côte. La plaine qui s’étend entre le rivage et les montagnes est sablonneuse, mais bien arrosée : elle se prête à la culture du riz, du mais, de la canne k sucre, du tabac, du café, du mûrier, du poivre et de la cannelle. Toutefois la moitié du sol reste encore en friche. Les montagnes, revêtues da beaux bois, renferment des gisements précieux de cuivre, de « inc, de fer et d’argent. Après Hué, la capitale, Tourane et Dong-Hoï sont les principaux centres de population. A défaut de villes, les villages sont très nombreux.

HCÉ (rivière de) ou TROONG-THIEN, petite rivière du royaume d’Annam, qui baigne la capitale du royaume. Elle prend nais » sance au S. dans les montagnes, à 100 kilom. de la côte, se dirige à la mer dans un lit resserré, et peut être considérée comme un torrent sujet à de grandes crues qui gonflent ses eaux de s à 6 mètres, et au-dessous d’Hué comme un fleuve côtier, navigable pour les bâtiments de moyenne grandeur. Elle forme la limite méridionale du golfe du Tonkin. Son embouchure, dans une baie spacieuse rie la mer de Chine, par 160 34’50" de lat N. n’offre qu’une passe, de faible profondeur, obstruée par une barre qui ne peut être franchie qu’à marée haute ; mais au delà de la barre les navires trouvent un excellent mouillage dans une sorte de bassin appelé le Grand-Port. Un fort défend l’entrée de lu rivière.

H U EMU LUS (rio de los), rivière du Chili. V. Cjervos.

11UGARD DE LA TOOR (Claude-Sébastien), peintre français, né à Ciuses (Haute-Savoie) en 1818, mort à Paris en 1886. Élève de Didav et de Calaine, il obtenait, dès 1844, au Salon de Paris, une médaille de 30 classe avec Un effet du matin dans les Alpes, qui fut remarqué, et, en 1846, deux autres excellents pnysages:la Campagne au lever du soleil; le Frais Vallon, lui valurent une médaille de 29 classe. Depuis, il n’a presque pas cessé d^xposer. Parmi ses œuvres principales nous citerons:Vue prise aux environs de Sallanches ; Glacière de Bionasset au lever du soleil (Salon de 1847) ; Vallée de Sixt ; Matinée sur le lac d’Annecy (1848) ; Vallée de Maglan (18E-0) ; la Moisson dans la vallée de Faucigny (1852) ; Inondation à Chamnnix (1855) ; le Pic du midi d’Ossan, Solitude dans les bois (1857) ; Orage dans la vallée de Seroos (1S59) ; le la’c du Bourget, vu de Cliâtillon (1861) ; Effet de lune dans les Alpes (1863) ; le Glacier des bois (1864) ; Inondation de la vallée de Sixt, la Vallée de Faucigny au lever du soleil (1867) ; le Lac dAnderne, Lisière de forêt (1868) ; le Point du jour sur l’aiguille du Gers, Effet de lune sur la Toucque (1869) ; Entrée de la forêt, Après ta pluie (1870) ; Une allée dans la forêt de Compiègne (1872) ; la Fontaine aux porchers, la Toucque, près de Trouville (1874) ; Chênes au bord de l’étang de Guirlande, le ftuisseau, le Mois de mai (1875) ; Lever de soleil dans la chaîne du mont Buet, Pommier en fleur (1876) ; la Chute de l’Arve (1877) ; les Bords du Morin, le Moulin de Martigny (1878) ; Matinée d’Automne, Une charbonnière (1879) ; 'Un soir d’orage, l’Abreuvoir (1880) ; le Soir dans les Alpes, l’Ecluse du Morin

HUGO

(1881) ; Etape sur la route d’Andorre, Un lac dans l’Ariège (1883) ; Bords de la Seine (1884) ; Coucher du soleil, le Soir sur les bords du lac Léman (1885) ; le Matin’/ans tes Alpes, la Gorge de la Dranse (1886). M. Hugard a, de plus, exposé aux mêmes S dons un grand nombre de fusains, de pastels, d’aquarelles et coopéré à la décoration intérieure de l’Ecole des mines à Paris; une d>. ses plus gracieuses compositions, la Grotte de glace de lAveyron, décore le grand escalier de l’Ecole.

, HUGELMANN (Jean-Gabriel), journaliste français, né à Paris, et non à Vergny-Suint-Salmon, le 7 juillet 1828. — Il est mort à Madrid au mois d’octobre 1888. Voici quelques renseignements complémentaires sur ce personnage. À dix-sept ans, Hugelmann, afin de compléter une instruction tout élémentaire, entra comme sous-maître dans une institution de Palaiseau. Il alla successivement, en la même qualité, à Boulogne, à Passy et à Monti-ouge, et put ainsi acquérir une science plus brillante que solide. Nous avons dit qu’en 1848 il réussit à se faire nommer ofiicier dans la garde mobile, mais il se Ht casser de son grade et arrêter par suite de son attitude dans les clubs. Le 16 août, la commission d’enquête le condamna à la transportation. Il subissait sa peine à Bel ! e-lsle-en-Mer quand, au mois de décembre 1849, éclata, parmi les prisonniers, une insurrection qui valut à Hugelmann son renvoi devant la cour d assises du Morbihan. Acquitté, il fut conduit en Algérie pour y finir sa peine:il s’évada, gagna l’Espagne, et c’est alors qu’il fonda le Journal de Madrid. Nous n’avons pas à revenir sur la biographie de Hugelmann depuis ce moment jusqu’à 1871. À cette époque, il offrit ses services h M. Thiers qui se servit de lui comme ugent politique jusqu en 1873. Le 9 janvier 1874, comme il sortait de chez ce dernier, il fut arrête et écroué à Mazas sous l’inculpation de banqueroute et de tentative de chantage. Condamné en correctionnelle et en appel à cinq ans de prison il se soumit au régime cellulaire et fut, par suite, libéré dès le mois de juin 1878. Hugelmann fonda quelque temps après une maison de banque et un journal, lit une nouvelle fortune qu’il perdit et se fixa à Madrid, où il dirigeait encore, lorsqu’il mourut, la « Correspondance espagnole ».

  • HUGHES (Thomas), littérateur et homme

politique anglais, né près de Newburg, dans le Berkshire, le 20 octobre 1823. — Après avoir siégé de nouveau à la Chambre des communes, de IS68 à IS74, il abandonna la carrière politique et fonda en 1880 sur les plateaux boisés de l’État de Tennessee la colonie de Rugby, destinée aux jeunes gens des classes moyennes; mais cette entreprise échoua bientôt par suite de difficultés financières. M. Hughes, qui joint à des opinions libérales de profondes convictions religieuses, a publié encore las ouvrages suivants : Our old Church ; what shall we do xoith il ? (1878) • the Manliness of Christ (1879) : A memoir 0} Daniel Mac Millau (1882).


HUGHES (David-Edwin), physicien, né à Londres en 1831. Venu très jeune en Virginie, il montra de bonne heure de grandes dispositions pour la musique et devint dès 1850, professeur de Cet art k Barndstôwn dans le Kentucky. En même temps, il s’occupaitavec ardeur de sciences, et ne tarda pas k s’adonner uniquement à des recherches expérimentales assidues, qui l’amenèrent en 1855, alors qu’il habitait New-York, à l’invention d’un télégraphe imprimant, adopté d abord par 1 État français, puis par les principaux États de l’Europe, et, depuis 1872 par la Submarine Telegraph Company. C’est aussi cet appareil, concurremment avec celui de Morse, qui est employé pour les télégrammes internationaux. Fixé ensuite à

Londres, M. Hughes s’occupa de renforcer la résistance dans le circuit du téléphone k l’aide de variations rapides du courant ; c’est dans le cours de ces recherches qu’il découvrit le microphone.


    • HUGO (Victor-Marie), le plus illustre des poètes contemporains, né à Besançon le 26 février 1892. — Le grand poète est mort à Paris le 22 mai 1885. Sa prodigieuse activité littéraire ne s’était aucunement ralentie dans ses dernières années et, depuis sa mort, il se survit pour ainsi dire à lui-même, non seulement par ses œuvres depuis longtemps connues et dont la plupart sont immortelles, mais par la publication d’œuvres inédites qui, sans pouvoir ajouter beaucoup à son éclatante renommée, semblent néanmoins prolonger au delà de la tombe l’influence du poète et du penseur sur la littérature contemporaine. Après le second volume de l’Histoire d’un crime, dont nous avons parlé dans le tome XVI du Grand Dictionnaire, il avait fait paraître l’Art d’être grand-père, poésies (1877, in-8°) ; Discours pour Voltaire, lettre à l’évêque d’Orléans (1878, in-8°) ; le Domaine public payant, discours d’ouverture du congrès littéraire international (1878, in-8°) ; le Pape, poème (1878, in-8°) ; la Pitié suprême, poésies ( 1879, in-8°) ; l’Âne, poème (1880, in-8°) ; Religion et Religions, poésies (1880, in-8°) ; les Quatre Vents de l’esprit, poésies (1881, 2 vol. in-8°) ; Torquemada, drame en cinq actes et en vers, non représenté (1882, in-8°) ; la Légende des siècles, tome V (1883, in-8°) ; l’Archipel de la Manche, croquis en prose (1883, in-8°). Ce fut le dernier volume dont il put voir l’apparition ; mais il laissait un grand nombre d’ouvrages inédits dont ses exécuteurs testamentaires, MM. Paul Meurice et Vacquerie, ont dirigé la publication. Ils ont successivement fait paraître :le Théâtre en liberté (1886, in-8°), recueil de fantaisies dramatiques non destinées à la scène et qui, si l’on s’en rapporte à une lettre de M. Vacquerie imprimée dès 1856, étaient composées bien antérieurement à cette date ; la Fin de Satan (1886, in-8°), épopée inachevée qui peut soutenir la comparaison avec ce que Victor Hugo a écrit de plus grandiose ; Choses vues (1887, in-8°), sorte de journal où le poète relatait depuis longtemps ses impressions quotidiennes et qui offre un assez grand intérêt anecdotique; Toute la lyre (1888, 2 vol. in-8°). On a en outre publié de lui:la Chanson de l’année (1887, in-32), recueil de poésies pour jours de naissance, extraites de ses œuvres, et l’Œuvre de Victor Hugo (1887, in-12), recueil de morceaux choisis. Enfin deux grandes éditions de ses œuvres complètes ont été entreprises, l’une par MM. Quantin et Hetzel (édition ne varietur, 1880-1885, 47 vol. in-8°), l’autre par MM. Lemonnier et Testacé (édition nationale, in-4° avec illustrations, commencée en 1884 et qui doit former 40 volumes).

La mort de Victor Hugo fut un deuil public ; sa longue carrière avait fait de lui, plus que de nul autre de ses contemporains, le poète du XIXe siècle, et il représentait à lui seul deux ou trois générations disparues. Ses anciens émules, Lamartine, Alfred de Vigny, Alfred de Musset, Sainte-Beuve, étaient depuis longtemps descendus dans la tombe, et il y avait même été précédé par quelques-uns de ses disciples comme Théophile Gautier et Baudelaire. À un autre titre encore il représentait souverainement le XIXe siècle, c’est qu’il avait été le vibrant écho de toutes ses variations depuis le temps où, catholique et royaliste, il chantait les Vierges de Verdun et les Funérailles de Louis XVIII, jusqu’à celui où, devenu républicain, il flétrissait dans les Châtiments l’homme de Décembre et ses complices, non sans avoir passé, comme beaucoup de ses contemporains éblouis des gloires militaires du premier Empire, par une phase napoléonienne à laquelle nous devons quelques-uns de ses chefs-d’œuvres lyriques. Pendant soixante ans, il fut la voix qui formula les espérances, les ambitions, les regrets, les haines et jusqu’aux utopies de la nation. Qu’y a-t-il d’étonnant à ce qu’il ait varié avec elle ? La France ne reconnaissait que mieux son poète dans ces contradictions apparentes. « Il fut, a très bien dit M. Charles de Mazade, l’âme vibrante à tous les souffles, l’écho retentissant de tous les bruits, des enthousiasmes et des colères de son temps, et tout ce qu’il a recueilli, il l’a reproduit, il l’a rendu à ses contemporains avec la profusion extraordinaire d’un des plus puissants artistes de la langue, avec la vigueur d’un génie fait tout entier d’imagination, de force et de volonté. »

Depuis longtemps Victor Hugo n’était plus discuté comme écrivain ; on ne voyait plus en lui le chef d’école, mais bien comme l’a dit expressivement M. Émile Augier, jadis l’un des chefs d’une école rivale, « le père ». Il n’est pas, en effet, un seul écrivain contemporain auquel Victor Hugo n’ait servi à quelque point de vue de modèle et qui ne lui doive quelque chose de son talent. Ses adversaires politiques eux-mêmes, sans arriver à partager ses idées, s’inclinaient respectueusement devant ce grand vieillard qui, du reste, ne joua en politique qu’un rôle effacé, et ne prit la parole, comme sénateur, que dans de rares occasions. En février 1879 il prononça un discours en faveur de l’amnistie, qui ne devait être votée qu’un peu plus tard. L’orateur se fit encore entendre dans diverses autres circonstances, notamment lors de la célébration du centenaire de Voltaire (30 mai 1878) ; au congrès littéraire international, dont il avait accepté la présidence (17 juin 1878); au banquet commémoratif de l’abolition de l’esclavage (mai 1879) et à la conférence du Château-d’Eau en faveur du congrès ouvrier de Marseille (août 1879). Choisi comme délégué sénatorial en 1881 par le conseil municipal de Paris, il avait été réélu sénateur le 8 janvier 1882 et avait passé le premier sur cinq avec 113 voix sur 202 votants. Bien d’autres hommages lui furent rendus et tels qu’il put se croire entré vivant dans la postérité. Le 26 février 1881, à l’occasion de son entrée dans sa quatre-vingtième année, une immense manifestation nationale fut organisée en son honneur:500.000 personnes défilèrent ce jour-là devant le modeste hôtel de l’avenue d’Eylau, où il demeurait, et qui reçut peu de temps après le nom d’avenue Victor-Hugo. Déjà, en septembre 1880, la Comédie-Française avait solennellement fêté le cinquantenaire d’Hernani et l’anniversaire de la naissance du poète; à Besançon, une plaque commémorative avait été placée sur la vieille maison où il était né le 7 ventôse an X. Ces fêtes se renouvelèrent annuellement jusqu’à sa mort, et lorsque se manifestèrent les premiers symptômes de la maladie qui devait l’emporter, Paris entier fut en proie à une anxiété douloureuse, comme si l’on n’avait pu s’imaginer que Victor Hugo fût mortel comme tout le monde. Il s’étei-