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les armes, dont le dixième est armé de fusils. Le soldat annamite en campagne porte un petit chapeau de lattes très minces, en bambou, de la forme d’un cône très aplati, sur. monté d’un bouton en cuivre, un bouclier de ’ fotin ou de bois laqué orné de dessins, un sabre, une pique ou lance garnie de fer, un sac de chevilles en bambous aiguisées par le bout et destinées a être plantées le soir autour de son campement, pour empêcher l’ennemi d’approcher. Il va nu-pieds et n’a pas d’ordre de marche. Des essais ont été tentés par la France pour organiser l’armée annamite. La flotte, vers 1875, se composait de sept corvettes à voiles, avec un équipage de 120 à 200 hommes chacune et 28 pièces environ, de 2 ou 300 jonques armées de î a 6 pièces avec 40 hommes d’équipage, de

! ou 3 vapeurs et de quelques bâtiments

cédés par la France. Les marins connaissent à peu près le gréement et le maniement de l’aviron : à cela se borne toute leur instruction et les chefs qui les commandent ne sont pas beaucoup plus instruits.

Les revenus de l’État se composent des contributions personnelles, des impôts fonciers et de quelques impôts indirects. L’impôt personnel comprend : la capitation, le service militaire, les corvées et la contribution sur les corporations ouvrières. La capitation des inscrits est de 22 ligatures. Les Chinois établis en Annam et les Minh-Luong sont soumis à une taxe spéciale. Ces Chinois sont groupés en bang ou congrégations, dont l’action est indépendante du territoire qu’ils occupent, et dont le chef ou oang-truong est responsable des divers membres qui les composent. Aux époques fixées pour le règlement de l’impôt personnel, tous les bang-truong sont mandés au cheflieu de la province, pour y déclarer exactement le nombre, le nom et l’âge de tous les Chinois de leur bang, jusqu’à soixante ans, en état de payer l’impôt. Les Minh-Luong, métis résultant du croisement des Chinois et des Annamites, placés a l’origine sur le même çied que leurs pères, sont aujourd’hui assimilés presque entièrement aux nationaux, quoique formant une caste à part. Chaque village fournit au gouvernement un certain nombre de soldats réguliers et de miliciens, et 48 journées de corvées sont dues à l’État par chaque contribuable. Enfin, les ouvriers d’une même

profession, réunis en cuôc ou corporation, payent un impôt de capitation plus fort que celui des inscrits, mais ils sont exempts des corvées et du service militaire. L’impôt foncier porte sur les rizières, sur les salines, sur les terres plantées en mûriers, etc. Les impôts indirects sont les droits sur la pêche et l’impôt sur la navigation, etc.

Religion. Outre le catholicisme, qui compte des adeptes surtout dans les classes pauvres de la population, les cultes professés dans l’Indo-Chine orientale, sont : le culte du ciel (qui n’a qu’un adorateur, le roi ou Fils du ciel), le culte de Confucius, le bouddhisme, le culte des génies et celui des ancêtres. Ces deux derniers sont de beaucoup les plus répandus. Tout village a son esprit protecteur, tout esprit son temple, et l’on ne peut parcourir le pays sans rencontrer à chaque instant des pagodes plus ou moins luxueuses dédiées à la divinité, aux génies, au roi ou à d’illustres personnages. Généralement, les édifices sacrés sont entourés d’un mur percé en avant d’une porte principale, et, si le monument a des dimensions suffisantes, de deux ou quatre portes secondaires. Ces portes, surmontées d ornements ou de lanternes bizarres, donnent accès dans une cour spacieuse, au fond de laquelle des hangars précèdent parfois la pagode proprement dite, dont le toit, en tuiles rouges et terminé aux angles en forme de sabot, est surmonté d’oiseaux et de dragons aux formes étranges. L’autel laqué, sculpté, incrusté, s’élève en arrière d’une grande table autour de laquelle, les jour3 de cérémonie, les bonzes, entourés de leurs aides, officient, et que les fidèles couvrent de fleurs, de fruits et de bougies allumées. Cependant, tandis que le bonze récite ses prières à haute voix ou Que ses aides psalmodient au son de la flûte ou du violon, les assistants furent, chantent, rient, causent, sans respect du lieu où ils se trouvent, et en dépit des images allégoriques peintes sur les murs et représentant les tortures variées qui attendent le criminel dans l’autre vie. Les bonzes mènent une vie heureuse, si, comme le vent Çakya-Mouni, le souverain bien consiste uans cet anéantissement absolu de la personnalité humaine, qui s’appelle le nirvana. Ils ne sortent de leur retraite que pour célébrer des fêtes publiques ou des cérémonies religieuses. Bien vus des mandarins et du peuple, ils ne se mêlent ni à celui-ci ni à ceux-là. Dispensés du service militaire, ils vivent dans une oisiveté perpétuelle, ne s’occupant, en dehors du culte, que de préparer les jeunes bonzillons, destinés à leur succéder. Le roi leur donne du riz, les fidèles d’abondantes aumônes. Sous peine d’être incorporés dans un régiment, ils doivent garder leur vœu de chasteté. Les Annamites ne sont pas dévots, mais ils sont extrêmement superstitieux. V a-t-il une épidémie ? on les voit immédiatement sacrifier h < : e Bouddha, dont ils ne sont pourtant que

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de tièdea adorateurs, pour obtenir de lui la fin prochaine du fléau. Veulent-ils se lancer dans quelque entreprise ? nouveau sacrifice, pour qu’on puisse prendre les augures. Il est vrai que ces cérémonies ont un résultat immédiatement appréciable : la victime offerte est souvent un cochon gras, et ceux qui l’ont offert le mangent le lendemain avec les bonzes ; de sorte que le sacrifice est, en même temps qu’une œuvre pie, une occasion de faire un bon repas. La véritable foi religieuse des Annamites, la seule qui soit au fond de leur esprit, c’est le culte des génies et celui des ancêtres, dont les mânes veillent constamment sur la famille et la protègent. Les âmes des aïeux peuplent l’espace à l’état d’esprits ; ils ont pour asiles de prédilection les sites verdoyants et ombragés que leur ménage la piété de leurs descendants. A l’abri des arbres séculaires qui abondent dans les enclos, au milieu desquels s’élèvent les pagodes, les riches familles élèvent de petits édicules à la mémoire des chers défunts : ■ Ce sont généralement des diminutifs de pagode : sous le toit, qui s’avance un peu en avant, est disposée une petite table couverte de cierges, de chandelles, de papiers dorés et argentés, et de petits objets en carton, peints comme nos jouets d enfants. On y voit aussi représenté le mandarin lui-même avec son cheval ou son bateau et ses parapluies, dont la vanité de la famille s’est plu à augmenter le nombre. » Les pauvres placent simplement, au pied de ces arbres, de minuscules autels en bois ou des petites tabtes, a moins qu’ils ne préfèrent suspendre aux lianes des amulettes de toute sorte, les unes en honneur des aïeux, les autres destinées à préserver les descendants des misères humaines. C« culte des ancêtres, commun d’ailleurs à tous les peuples de l’Extrême-Orient, comme aux peuples sauvages de l’Océanie, forme à peu près toute leur religion, et c’est pour lui qu’ils réservent, de même que les Chinois, toutes les^ ingéniosités de leur dévotion, pour lui qu’ils déploient tout le luxe des cérémonies. Les riches consacrent aux ancêtres un édifice spécial ; les gens de la classe moyenne, une pièce de leur habitation ; les pauvres, la place d’honneur dans leur logement. Même quand un homme meurt sans laisser d’héritiers pour accomplir les rites en son honneur, les personnes charitables viennent faire des offrandes aux âmes abandonnées et errantes sur les autels érigés auprès des chemins. Dans les « chambres des ancêtres » s’élève un autel en escalier, dont chaque degré est occupé par les planchettes d’une génération. Au-dessus de cet autel est accrochée au mur une image enluminée de Bouddha (Pfiat en annamite), autour de laquelle brûlent des veilleuses dans des verres pleins d’huile de coco. On doit des offrandes à ses ancêtres au premier jour de l’an, a des époques déterminées par la coutume rituelle, et aux

anniversaires de la mort des ascendants de la ligne paternelle, puis ceux du bisaïeul, et de la bisaïeule : on ne doit d’offrandes qu’à la mère seule dans la ligne maternelle. « S’il s’agit, par exemple, dit M. Luro, de l’anniversaire de l’aïeul, le chef de la famille invite tous les descendants de cet ancêtre. Un repas est préparé la veille pour les ancêtres ; les autels sont parés dans le temple domestique. Le soir, aux approches de la nuit, on allume les cierges sur l’autel de l’ancêtre honoré ce jour-la et sur l’autel des autres ancêtres, dont les tablettes sont exposées dans l’ordre naturel prescrit par les rites ; on dispose les mets préparés : cette offrande est marquée par la célébration du rite préliminaire de la réception des ancêtres. Le jour anniversaire arrivé, on offre un repas dont l’importance est proportionnée à la condition de chacun, et c’est principalement sur l’autel de l’ancêtre honoré

?|U’il est placé ; on garnit néanmoins d’ofrandes

suffisantes 1 autel des autres ancêtres. La cérémonie rituelle doit être accomplie de bonne heure, vers sept heures du matin. Le lendemain ou le soir de ce même jour, il faut, pour reconduire les ancêtres, faire une offrande de congé semblable à l’offrande de réception. » Le pontife de la religion des aïeux, le chef de famille, accomplit en même temps des sacrifices d’animaux. On remarquera qu’il est pourvu aux dépenses nécessitées par ces cérémonies au moyen du revenu des champs mortuaires, sortes de majorats inaliénables transmis de père en fils pour le culte des morts. Rien n’est plus curieux qu’un enterrement annamite. Le mort, vêtu de ses plus beaux habits, a été exposé pendant vingt-quatre heures sur un lit de parade avant d’être enfermé dan3 le cercueil massif en bois de senteur que l’on construit généralement à l’avance et qu’on place, en attendant, derrière l’autel domestique. Le jour des funérailles, la bière est posée sur un riche sarcophage, véritable monument soutenu par trente ou quarante porteurs. Le bruit des gongs, des tam-tams et des tambours de basque couvre à peine les hurlements et les cris des pleureuses, habillées de blanc de la tête aux pieds, et suivies d’hommes en deuil qui portent sur des brancards des planchettes coloriées, des inscriptions rappelant les vertus du défunt, des fruits, de la viande, du pain, des cierges. Viennent ensuite les descendants du mort, en habits de toile grossière, et accompagnés

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de leurs amis. Ceux-ci agitent des banderoles, tiennent d’immenses parasols, ou promènent au bout d’une hampe le taï*ki, sorte de disque en bois qui est l’emblème du grand vide au delà duquel il n’y a rien. Les bonzes chantent des cantiques, les musiciens les accompagnent. Autour des porteurs vont et

viennent des individus chargés de faire partir des pétards pour chasser les mauvais esprits qui rôdent autour de la bière et qui voudraient bien accompagner l’âme jusque dans l’autre monde. Après l’inhumation, les parents se réunissent autour de l’autel des ancêtres et procèdent» une cérémonie pieuse dont l’objet est de rattacher indissolublement l’âme du mort à la famille. Cette cérémonie se termine par un sacrifice et par un grand repas.

Mœurs. On peut, à certains points de vue, comparer la puissance du père de famille annamite à celle du pater familias chez les premiers Romains. Il est le chef politique et religieux des siens ; il juga les contestations entre parents et n’a recours que très rarement, et seulement si cela lui convient, à l’autorité civile, laquelle ne fait d’ailleurs que l’assister. Il prononce sans appel sur la plupart des infractions aux rites de la famille. Autrefois, il avait même droit de vie et de mort sur ses enfants, qui ne possédaient rien en propre. À sa mort seulement, les membres de la famille devenaient libres, quant à leurs personnes et quant à leurs biens ; mais, en matière de rites et pour tout ce qui concernait les rapports de l’association familiale avec l’État, sa puissance tout entière se transmettait à son fils aîné, qui devait célébrer, au nom de tous les descendants, le culte des ancêtres. Aujourd’hui, l’autorité du chef de famille est limitée par la loi, mais l’enfant donne toujours a son père les marques du plus pieux respect ; en certaines circonstances il doit se prosterner devant lui. Il est tenu de lui fournir des aliments s’il devient infirme, et de payer ses dettes. Il ne peut se marier sans son consentement, et cela, pour un motif essentiellement religieux. La jeune fille, en effet, perd, en se mariant, le culte de ses ancêtres, pour adopter le culte des ancêtres de son époux ; or, cette participation d’une étrangère à la religion domestique ne saurait avoir lieu Sans le consentement du prêtre de cette religion, c’est-à-dire du chef de famille. Le mariage légitime a, conséquemment, un caractère tout privé : l’autorité constate simplement le fait et n’a pas à intervenir. Lorsqu’un Annamite veut prendre femme, il délègue ses pleins pouvoirs à un intermédiaire (mai duong, parrain), qui agit en son nom auprès des parents de la jeune fille, rédige le contrat et préside à toutes les cérémonies de fiançailles, lesquelles, dans les familles riches, ne durent pas moins de six mois. iLa première, dit M. A. Bourchet, est naturellement consacrée aux ancêtres. Le mat duong, les amis et les parents du jeune homme portent du bétel et des bougies de cire, que les deux familles placent en se prosternant sur l’autel des ancêtres de la jeune fille. Cette cérémonie se termine, comme toutes les autres, par une collation de gâteaux et de thé. En second lien, les parents du jeune homme informent solennellement les parents de la jeune fille que le nom p.t l’âge de leur fils conviennent au nom et à l’âge do la future épouse. Dans la troisième cérémonie, le mai duong, les parents et les amis qui seront les témoins du jeune homme, viennent faire une visite officielle aux parents de la jeune fille. La quatrième cérémonie est consacrée aux présents que les parents du jeune homme viennent offrir à la fiancée. Le jour du mariage est fixé solennellement par les familles, et la jeune homme est alors autorisé à offrir à sa fiancée des cadeaux de noces : boucles d’oreilles, colliers, bracelets, accompagnés du porc symbolique dans une cage richement ornée. Dans cette dernière cérémonie, le jeune homme salue quatre fois les ancêtres et trois fois les père et mère de la jeune fille. Les notables du village, les parents et les amis des deux familles sont conviés ensuite à un grand repas, après lequel la fiancée est conduite à la maison de son mari. Les deux époux offrent leurs hommages aux dieux qui président au mariage, puis la femme se prosterne devant son mari, qui répond à son salut par une légère inclination de tête. On leur sert alors un gâteau de riz, qu’ils mangent a la lueur des bougies. À partir du troisième jour, commencent les visites que les deux époux font aux membres de leurs familles respectives, qui leur doivent, en échange, des présents.» Auparavant le contrat, dressé chez les parents du jeune homme, a été déposé devant les tablettes des ancêtres, et les parents du fiancé se sont rendus chez la future, le mai duong marchant le premier, abrité sous un vaste parapluie et portant le contrat dans un coffret. Des domestiques le suivent avec des corbeilles, des vases, des plateaux contenant du riz, de l’arec, du bétel ; les invités et la famille ferment le cortège. Pendant le repas de noces, lecture est faite de l’acte de mariage, et l’union, désormais consacrée, ne peut plus être rompue que par le divorce. La. polygamie est légale en Annam ; mais les riches seuls ont plusieurs femmes, et encore en très petit nombre, les grandes fortunes étant rares. Ceux qui ressentent contre lo

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mariage une répulsion invincible peuvent, d’ailleurs, acheter des femmes, qu’ils renvoient avec une indemnité dès qu’elles ont cessé de leur plaire : une beauté hors ligne, ■ une de ces têtes formant le losange parfait», vaut 300 francs au maximum, et le prix courant, d’après le docteur Bernard, ne dépasse point un louis. Nulle part, du reste, les mœurs ne sont plus relâchées que dans les États du roitelet qui trône à Hué. La pudeur y est tout à fait inconnue. « Il n’y a qu’à voir les femmes du peuple après un orage, raconte M. Dutreuil de Rhins. Comme la chose la plus naturelle du monde, elles se dépouillent de leurs habits trempés, c’est-à-dire de leur blouse et de leur pantalon, les suspendent à un arbre, et, dans le costuma d’Eve, vont tranquillement attendre à l’ombre que le soleil sèche leurs vêtements et leur permette de se rhabiller. •

Ethnographie. De tous les peuples qui ont envahi l’Indo-Chine, les Annamites ont subi le moins de croisements et ont conservé le plus complètement les caractères distinctifs de la race jaune. Il sont de taille moyenne (îra. S ?) ; restent imberbes jusqu’à l’âge de trente ans ; leur burbe est alors droite et clairsemée ; leurs cheveux sont noirs, longs, abondants, souples et lisses. La face est plate, osseuse, anguleuse et losangique ; te front large à sa partie inférieure ; le teint varie beaucoup suivant l’éducation, le rang ou les travaux habituels, depuis la couleur de la cire d’église jusqu’à celle de la feuille morte ou de l’acajou. Le nez, trop large vers le haut, produit l’effet des pièces anatomiquei rapportées après coup : c’est, du reste, le trait distinctif du visage asiatique. Les yeux sont à fleur de tête, les paupières épaisses et bridées aux commissures, les sourcils mal dessinés. Le bassin est large et la partie supérieure des fémurs écartée, ce qui donne à leur démarche une sorte de claudication. Souvent, les jambes sont arquées et l’écartement du gros orteil est assez considérable pour faire presque un pied prenant, conformation qui résulte de « l’habitude qu’ont les Aunamkes de se servir, en guise d’étriers, d’une simple ganse de corde passant entre le premier et le second orteil, de manœuvrer avec le pied la barre du gouvernail, enfin de ramasser les menus objets avec le même pied pour ne pas se donner la peine de se baisser ■. Les Annamites vieillissent très rapidement ; dès l’âge de cinquante ans, ils sont « ridés et recroquevillés, les joues tombant dans la bouche, vide de ses dents rongées par le bétel •. Quand ils marchent, pieds nus, ils lancent en avant la poitrine et le ventre, sans plier la jambe, rel’îvnnt à peine les pieds, ce qui produit, remarque Dutreuil de Rhins, un baluncement. général du corps et un mouvement des hunohes qui donnent à la démarche du beau sexe quelque chose de lascif, et a. celle de l’homme un air embarrassé ou prétentieux. Hommes et femmes portent les cheveux ramassés derrière la tête en un chignon, souvent grossi de fausses nattes. Les premiers se coiffent d’un turban, les secondes de larges chapeaux assez semblables à des pains de fromage de gruyère. Le vêtement est à peu près le même pour les individus des deux sexes ; il se compose d’une blouse boutonnée sur le côté, d’un pantalon coupé à la mode chinoise, et de sandales da cuir rouge. C’est là, dit M. Léopold Pallu, le costume des Annamites en place, des riches, des commerçants ; mais la plupart des hommes du peuple, paysans ou bateliers, ont pour tout vêtement une pièce d’étoffe qu’ils relèvent au moyen d’une ceinture, et qu’on nomme caX-cham. Le costume des femmes ne diffère pas sensiblement de celui des hommes : une robe de soie et un pantalon. Celles qui se piquent d’élégance portent des pantalons de quatre couleurs éclatantes, disposées en bandes verticales. La soie, qui modèle exactement leurs formes, les montre telles que la nature les a faites. Les jolies femmes annamites Ont une figure ronde, des yeux bien fendus, une pâleur mate et une sorte de délicatesse enfantine ; elles ont la passion des bijoux et en ornent différentes parties de leur corps : les oreilles, le cou, les bras et les pieds. Pour compléter leur costume, les mandarins portent en signe de leur dignité de grands parapluies.

La nourriture des Annamites consiste en riz, viande de porc, poulets, canards, œufs, poissons, légumes, le tout arrosé de miâo mâm, sorte de saumure d’une puanteur infecte. Les fruits sont nombreux et d’espèces très variées. Les repas n’ont jamais qu un seul service : les mets qui les composent sont servis tous à la fois, dans des êcuelles en porcelaine, placées sur un plateau en bois ou en bronze, autour duquel sont rangés les convives, accroupis à la turque sur la table même. Chacun, prenant d’abord sur le plateau une écuelle de riz, puise ensuite en commun dans les autres plats à l’aide de bâtonnets jouant le rôle de fourchettes. De serviettes, point : on s’essuie la bouche et les mains à son mouchoir ou à son vêtement.

Les habitations sont de simples hangars, formés par la réunion d’un certain nombre de poutres en bois portant une toiture de feuilles de palmier d’eau ; elles sont fermées par un lattis de palétuvier, percées -sur les deux façades opposées d’une porte à charnières qu’on soulève et qu’on soutient hori-