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raie et médullaire, du système circulatoire, du System* nerveux, du squelette, etc. C’est une loi en biogénie que tous les animaux descendent d’un ancêtre commun dont le corps fut composé d’abord de deux feuillets germinatifs primaires, le feuillet de la vie végétative, ou entoderme, et celui de la vie animale ou exoderme, ou en d’autres termes le feuillet cutané’-sensilif et le feuillet intestinO’glandulaire, desquels dérivent et se développent postérieurement deux autres feuillets (fibro-cutané et fibro-intestinal). Les appareils de nutrition et de reproduction constituant les systèmesdigestif, circulatoire, rénal, et -les organes sexuels, proviennent surtout des feuillets fibro-intestinal et intestino-glandulaire : c’est le cas, en particulier

pour le système digestif, l’épitbélium et les muscles intestinaux, le foie, les glandes salivaires, les poumons, le cœur, et presque tout le système circulatoire ; les appareils sensitifs et locomoteurs, constituant le tégument cutané (épiderme et derme), le système nerveux central (cerveau et moelle épinière), le système nerveux périphérique (nerfs cérébraux, spinaux, syinphatiques), les cinq organe3 des sens, le système musculaire et le système osseux dérivent presque uniquement des feuillets cutané-sensitif et fibrocutané. Quant à la chronologie de ces systèmes organiques, voici à peu près l’ordre dans lequel ils évoluent chez les vertébrés : 1* système cutané et système digestif ; 2° système nerveux et système musculaire ; 3° système rénal ; 4* système vaseulaire ; 5» système du squelette ; 6" système génital. « On remarquera, dit à ce sujet M. Jules Soury, que le système vaseulaire, le cœur et le sang, apparaît comme un des plus récents appareils de l’organisme, tandis qu’au contraire le système digestif est des plus anciens. Nos lointains ancêtres possédaient depuis longtemps un estomac, quand ils n’avaient encore ni sang, ni cœur, ni vaisseaux sanguins. La vieille âme de l’humanité, inaccessible en ses mystérieuses profondeurs, n’était donc point dans le sang comme l’ont cru tous les anciens, en particulier les prophètes hébreux, qui ont tenu la plume pour le Saint-Esprit ; elle n’est pas davantage dans ce muscle, le cœur, dont certains physiologistes du bel air parlent encore en termes fleuris et tout à fait galants : elle est dans le ventre ».

M. Haeckel passe ensuite au développement phylogénétique de l’espèce humaine, et recherche comment l’espèce à laquelle nous appartenons a pu dériver d’une forme extrêmement simple en se développant peu à, peu à travers une longue série de siècles. Il divise l’étendue énorme des temps géologiques en cinq périodes : archéolithique, paléolithique, mésolithique, caenolithique et

anthropolithique, et il admet que la première, correspondant au dépôt des terrains Laurentien, cumbrien et silurien, a été plus longue que les quatre autres réunies. Ce serait pendant cette période archéolithique qu’auraient vécu les ancêtres les plus reculés de l’espèce humaine, ceux qui affectaient encore la forme de monères, d’amibes, de synamibes, de planêadés, de gastréadés, etc. 11 nous est impossible de suivreM. Haeckel dans les développements grâce auxquels il fait déririver les unes des autres les formes rudimentaires pour arriver aux formes plus parfaites ; nous nous contenterons de citer le paragraphe final. «Vers la fin de la période crétacée, ou dans l’âge éocène, dit-il. naquirent des prosimiens, d’une part les lémuriens, de l’autre les rrténocerques ; ceux-ci perdirent peu à peu leur queue et une partie de leurs poils, développèrent leur boîte crânienne aux dépens de la région faciale et donnèrent naissance aux anthropoïdes ; puis, vers la fin de l’époque tertiaire, un homme-singe (alalus) se sépara peu à peu des autres anthropoïdes, et transformant graduellement son cri anormal en sons articulés, produisit, vers la fin de la période pliocène, l’espèce humaine telle que nous la connaissons aujourd’hui. >

La portée philosophique de cet ouvrage n’échappera pas au lecteur : c’est un nouvel et puissant effort pour remplacer la théorie des causes finales par une série de phénomènes physiques et mécaniques, obéissant fatalement, aveuglément à des lois naturelles.

ANTHROPOHISTOGRAPHIE s. f. (an-tropo-is-to-gra-fî

— du gr. anthropos, nomme ; et de histographie). Anat. Partie de l’anatomie humaine ou anthropotomie qui concerne les tissus élémentaires dont est composé le corps humain (Heusinger).

ANTHROPOÏDES adj. — Zool. V. SlSSB. ANTHROPOLOGIE s. f. — Enoycl. I. DÉ-FINITION DE l/ANTHROPOLOGIE ; SA PLACK

parmi les sciences ; ses divisions. Science de l’homme, Histoire naturelle, Zoologie ds l’espèce humaine ou du genre humain : ces trois définitions de l’Anthropologie sont équivalentes et universellement acceptées. C’est à des naturalistes, à des médecins, à des biologistes, à des psychologistes observateurs, à. des voyageurs, que l’histoire naturelle ou la zoologie de l’homme doit les progrès qui l’ont élevée au rang de science distincte. Cette élévation ne date réellement que du jour où l’Anthropologie a été jugée digne d’être enseignée séparément, et l’on sait que ce fut nu Muséum d’histoire naturelle de Paris qu’eut lieu cet événement. Il

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se fit sans le moindre bruit, tant il était naturel. La Zoologie était divisée déjà en plusieurs branches importantes concernant diverses classes d’animaux. On enseigne aujourd’hui et l’on cultive à part la Malacologie, l’Erpétologie, l’Ornithologiç, etc. L’espèce humaine présentait une importance assez grande pour que le professeur Serres, chargé après Klourens d’enseigner l’anatomie et la physiologie humaines, crût devoir faire à cette espèce l’honneur, jusque-là réservé à des classes ou à des ordres seulement, et distinguer dans la Mammalogie, l’Anthropologie. Le successeur de Serres, M. de Quatrefages ne pouvait faire mieux que de conserver à sa chaire cette dénomination si naturelle. On peut dire que c’est à la nécessité de la division du travail et de l’importance acquise par l’Anthropologie qu’est due la reconnaissance officielle de la presque intégralité de cette science. Aussi bien est-elle déjà trop considérable pour rester enfermée en quelque sorte dans l’enceinte du Jardin des plantes. La création, par Broca, de la Société d’anthropologie de Paris, suivie de près par la création de sociétés analogues dans tous les pays les plus éclairés, ne tarda pas à lui donner une importance plus grande encore, et, après un laboratoire d anthropologie, Broca réussit à fonder l’École d’anthropologie, où sept chaires sont loin de suffire à l’enseignement complet de la science de l’homme, ainsi qu’on le verra plus loin.

Cette reconnaissance et cette diffusion rapide de l’Anthropologie, envisagée comme science particulière, ont servi et serviront grandement à son progrès. Elles ne se sont pas faites, toutefois, sans soulever des mécontentements, qui se sont traduits parfois

par des critiques relatives à la difficulté de trouver, pour la nouvelle science, une place naturelle dans la classification philosophique des connaissances humaines. Voici comment, dans un travail spécial sur ce sujet, M. Manouvrier montre la place naturelle et précise en même temps l’utilité de l’anthropologie. Il distingue trois grands groupes de sciences qui se sont formés d’euxmêmes, en quelque sorte, en vertu de la logique des choses. Le premier groupe comprend les sciences qui s’occupent des différents ordres de phénomènes que présenta l’univers et qui envisagent ces phénomènes abstraitement, poursuivant leur étude indistinctement dans toutes les catégories d’êtres qui les présentent. Ce sont précisément tes sciences fondamentales de Comte, dont ce philosophe a si lumineusement montré l’ordre hiérarchique, en quelque sorte, indiqué par leur développement historique et leur complexité croissante dans l’ordre suivant : mathématiques ; physique (phénomènes physiques) ; chimie (phénomènes chimiques) ; biologie (phénomènes biologiques) ; sociologie (phénomènes sociologiques).

Il est clair que dans ces cinq sciences fondamentales peuvent se renfermer, sans exception, toutes nos connaissances, et il n’est pas moins clair que l’anthropologie ne saurait trouver, dans ce groupe, une place spéciale, pas plus que nombre d’autres sciences fort considérées cependant.

Mais il est un second groupe de sciences, c’est-à-dire une autre façon de grouper nos connaissances, qui est basé, non plus sur la nature des phénomènes, mais sur celle des êtres. Chacune de ces sciences étudie, dans une catégorie d’êtres, tous les phénomènes de différents ordres que cette catégorie d’êtres peut présenter. C est là une division non moins naturelle et non moins utile que la première, car si l’étude de tout un ordre de phénomènes nous permet d’arriver à la connaissance intime et générale de ces phénomènes, de même l’étude complète de tous les phénomènes présentés par un groupe d’êtres nous permet d’arriver à la connaissance concrète et complète de ce groupe d’êtres. Or, nous avons à agir, en définitive, sur des êtres plus ou moins complexes et souvent indivis que l’étude isolée de l’une ou de l’autre des sciences fondamentales ne suffirait pas à nous.faire connaître intégralement. Le second groupe de sciences a donc sa raison d’être ; il comprend ce que l’on peut appeler l’histoire naturelle, dont les divisions sont indiquées par le nom même de chacune des classes d’êtres étudiées : astronomie (astres) ; géographie et géologie (terre) ; minéralogie (minéraux) ; botanique (végétaux) ; zoologie (animaux).

Est-il besoin de rappeler ici que l’anthropologie n’est que l’une des nombreuses divisions de la zoologie ? Et sera-t-il permis désormais de représenter l’anthropologie comme une science formée de pièces et de morceaux, artificielle et rebelle à tout classement philosophique ? L’homme étant l’être le plus

complexe de tous, c’est son étude qui a le plus besoin d’être séparée, spécialisée, de façon a être aussi complète que possible. 11 faut remarquer aussi que l’homme a besoin d’agir beaucoup plus sur lui-même et sur ses semblables, de sorte qu’à deux points de vue des plus importants l’anthropologie est, de toutes les sciences du second groupe, celle qui méritait peut-être le mieux d’être constituée à part comme étude concrète et complète, de l’être le plus complexe et le plus perfectible de tous.

La délimitation de l’anthropologie par rapport aux autres sciences du second groupe

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fest tellement simple qu’il suffit de quelques mots pour l’indiquer. L’espèce humaine est assez distincte de toutes les autres, même des anthropoïdes, pour qu’il ne puisse y avoir aucune hésitation à ce sujet. L’anthropologie étant l’étude de l’homme, finit là où finit l’espèce humaine. Il y a lieu, toutefois, de considérer comme faisant partie du domaine de l’anthropologie les comparaisons entre l’homme et les animaux les plus rapprochés de lui, car non seulement chaque espèce, pour être bien connue, a besoin d’être comparée aux espèces voisines, mais encore il est nécessaire, pour bien comprendre un caractère, pour l’interpréter, de le suivre jusqu’à une certaine distance dans la série zoologique. C’est là le lien qui unit étroitement toutes les divisions de la zoologie. On ne saurait refuser à l’anthropologie le droit de rechercher ainsi l’origine de l’homme et la valeur du rang qu’il occupe dans la série des mammifères, soit au point de vue de l’anatomie des différentes parties du corps, soit aux points de vue physiologique, psychologique et sociologique.

Avant d’exposer les divisions de l’Anthropologie, examinons, pour classer cette science plus complètement encore et pour montrer qu’elle est venue prendre, sans empiétement aucun, une place qui lui était naturellement réservée, examinons, toujours d’après le travail de M. Manouvrier, ses rapports avec un troisième groupe de sciences,

À vrai dire, il ne s’agit plus de sciences proprement dites, ou du moins de sciences pures, mais d’arts en partie empiriques qui, lorsqu’ils ont atteint un certain degré de perfectionnement, peuvent recevoir le nom de

sciences d’application. Exemples :

Arts des ingénieurs et industries diverses ; agriculture ; zootechnie ; médecine ; hygiène et morale ; éducation ; droit ; politique,

À la zoologie correspond, comme science d’application, la zootechnie. Or, qu’est-ce que Vanthropologie ? C’est la zoologie de 1 espèce humaine. Et qu’est-ce que ce groupe d’arts appelés : médecine, hygiène, morale, éducation, droit et politique ? C’est exactement la zootechnie de l’espèce humaine, Vanthropotechnie, c’est-à-dire l’art de guérir, de préserver, de perfectionner, d’élever et de gouverner des hommes, soit isolés, soit formant des groupes, des sociétés, des nations, parfois, hélas I des troupeaux et des meutes. Les services que peut rendre la zoologie h la zootechnie sont petits à côté de ceux qu’est appelée à rendre & l’anthropotechnie l’anthropologie. La morale, l’éducation, le droit, la politique pourraient puiser, dès à, présent, dans l’anthropologie une foule d’éléments de progrès que la plupart des moralistes, pédagogues, juristes et politiciens de profession ne devraient plus avoir le droit d’ignorer et qu’ils auraient le devoir d’utiliser. C’est à eux que pourraient s’adresser aujourd’hui les plaisanteries d’un Molière, car ce sont eux qui, à l’exemple des « anticircnlateurs», ont sous la main des données

scientifiques nouvelles dont, par ignorance ou par esprit de routine, ils ne font point profiter leur art. L’anthropologie ne se présente pas à eux comme une science faite et capable de réformer de fond en comble en un seul jour des arts infiniment difficiles ; mais ces arts sont actuellement dans un état comparable à celui où était la médecine au XVe siècle, voire même au temps de Galien : c’est à ceux qui les exercent de les sortir de cet état primitif en renonçant aux doctrines surannées, aux théories antiques, conçues dans des siècles d’ignorance relative, et en appliquant à la direction des hommes et des sociétés actuels des connaissances dontétaient privés les anciens. Ce que la médecine a fait, la morale, le droit et la politique doivent le faire à leur tour. Non seulement beaucoup de médecins ont compris, à diverses époques, le profit que l’art de guérir pouvait retirer des sciences pures, de la connaissance plus approfondie du corps humain et des modifications nuisibles ou utiles qu’il subit de la part des agents extérieurs, même lorsque ne découlent point de cette connaissance des applications immédiates ; mais encore ils se sont adonnés eux-mêmes aux recherches d’anthropologie pure, et c’est à eux que cette science doit la plupart de ses acquisitions, dont ont largement profité au point de vue abstrait les sciences fondamentales correspondantes, c’est-à-dire l’anatomie et la physiologie. Il est en effet une remarque importante à faire à propos de la classification des sciences exposée plus haut : c’est que chacun des trois groupes prorite des acquisitions faites par les autres. L’anthropologie est en quelque sorte un intermédiaire entre les sciences abstraites et les applications ou les acquisitions anthropotechniques. Le but à poursuivre est l’entente commune des hommes voués plus spécialement, soit aux différents arts qui constituent l’anthropotechnie, soit à l’anthropologie pure, soit aux sciences abstraites, de façon à ce que tous s’éclairent mutuellement. La tendance vers ce but a été fortement accentuée par la diffusion récente de l’enseignement anthropologique. Nombre de pédagogues, de moralistes, de juristes et d’hommes politiques ont compris la nécessité d’utiliser les données de l’anthropologie et d’apporter leur propre concours à la culture de cette Bcience. Les sociétés d’anthropologie comptent parmi leurs mem ANTH

bres un grand nombre de personnes qui font point profession de science pure, mais qui s’intéressent à la zoologie de l’espèce humaine, d’abord en vertu d’une noble curiosité, puis dans l’espoir légitime de voir sortir de cette science un nombre ds plus en plus grand d’applications au bien-être et au progrès de l’humanité.

La délimitation de l’anthropologie par rapport aux sciences ou arts d application est facile. Le domaine de l’anthropologie finit là où commence celui de l’art, c’est-à-dire de l’action sur l’homme et de la technique appropriée. Il suffira de donner pour exemple la délimitation par rapport à la médecine, exemple d’autant mieux choisi qu’une confusion très regrettable s’est établie à ce sujet pour trois raisons différentes. La première, c’est l’insouciance du public et malheureusement de beaucoup de savants, même justement illustres, en matière de philosophie et de classification des sciences. La seconda raison, qui découle de la première, c’est que l’organisation actuelle de l’enseignement et le titre des établissements d’instruction est

Ïiris comme base de classification, alors qua a répartition des études et de l’enseignement a précédé de beaucoup l’apparition de certains ordres de recherches. Il en résulte que des branches nouvelles de la science restent parfois déclassées assez longtemps parle seul fait qu’elles n’avaient point été prévues dans une organisation antérieure, et il arrive même que ce déclassement parait légitima aux gens qui considèrent toute organisation comme parfaite par le fait même qu’elle existe et qu’elle est ancienne. La troisième raison, pensons-nous, c’est que Broca, lorsqu’il exposa le programme de l’anthropologie, crut devoir le faire de façon à ne porter ombrage à personne et parla seulement de l’anthropologie comparative, c’est-à-dire de la comparaison de l’homme avec les animaux voisins et des races humaines entre elles. Il considéra comme se rattachant à l’anatomie et à la médecine toutes les études dont s’occupaient déjà couramment les anatomïstes et les médecins. Cette façon de concevoir l’anthropologie évitait peut-être certains froissements, des inquiétudes et des inimitiés dangereuses pour la prospérité de la jeune société d’anthropologie : elle en faisait ressortir peut-être plus facilement l’utilité en laissant supposer qu’il s’agissait d’une science nouvelle, de recherches qui n’étaient faites nulle part avec suite. Elle avait, d’autre part, l’inconvénient d’être en désaccord avec la définition de l’anthropologie, de faire méconnaître, par suite, l’unité de la science de l’homme et de soulever des doutes au sujet de la légitimité de l’établissement d’une science portant le nom à’anthropologie alors que ses promoteurs déclaraient eux-mêmes n’avoir en vue que l’étude des races humaines, c’est-à-dire l’ethnoloçie. Cet inconvénient s’est bien fait sentir ; mais si Broca, comme on le suppose ici, put se trouver gêné dans ses définitions par la crainte de présenter l’anthropologie sous une forme trop ambitieuse, la logique et les besoins de la science ont fait ce qu un homme ne pouvait faire. Les bulletins de la Société d’anthropologie de Paris ont été remplis dé3 le début de travaux de toutes sortes, dépassant te domaine de l’ethnologie autant que l’étude des races e^t dépassée par celle de l’humanité. Or, cela s’est fait sans soulever d’autres protestations que celles de quelques membres de la société en question, presque alarmés d’avoir à écouter des communications anatomiques, psychologiques, pathologiques, sociologiques,

dans lesquelles il n’était point question de races ou de sous-races, comme s’il n’y avait autre chose à faire en anthropologie que de décrire des caractères ethniques et de faire des conjectures sur les migrations des peuples avant l’histoire, alors qu’on ne sait presque rien de positif sur les causes de la transformation des caractères du corps humain. Nous en avons dit assez pour faire Comprendre que le but de l’anthropologie est autrement vaste et élevé que le classement d’un musée d’ethnographie et l’établissement de cartes géographiques indiquant la répartition des races humaines dans le passé et le présent.

Comment se fait-il que l’anthropologie ait pris si tranquillement une extension déjà considérable et conforme à «a définition ? C’est qu’en réalité elle n’a fait qu’enrichir la science, sans empiéter en rien sur le domaine des sociétés scientifiques et des établissements d’instruction ou de recherche préexistants. Elle a occupé sa place naturelle et elle l’occupera plus complètement encore, parce qu’en réalité cette place était à prendre, et parce que l’opinion publique commence à être éclairés sur le rôle que la science complète de l’homme est appelée à jouer dans 1 avenir. En quoi son extension pourrait-elle inquiéter les institutions déjà existantes ? Au point de vue de l’investigation scientifique, il s’agit d’étudier l’homme, les groupes humains, les variétés humaines de toutes sortes à tous les points de vue. Or, tel n’est point le but des facultés des sciences ni des facultés de médecine. Celles-là s’occupent des sciences au point de vue abstrait, c’est-à-dire des sciences fondamentales qui étudient les différents ordres de phénomènes. Celles-ci sont vouées avant tout a l’enseignement professionnel d’un art ou d’uno