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l’Italie et le Levant (1884, in-12) ; A terre et à bord (1884, in-12) ; enfin, Marine et Colonies (18S6, in-so), brochure dans laquelle il se déclare partisan d’un ministère des Colonies, ainsi que d’une armée et d’une marine coloniales dépendant toutes deux de ce ministère. L’amiral Aube a publie, dans 1’ « Atlas colonial », une notice Sur la Défense nationale (1886). Il a collaboré à la « Revue des Deux.-Mondes > et à la • Revue maritime et coloniale ».

AUBE (Benjamin), professeur et historien français, né à Paria en 1826, mort le 25 juin 1887. Élève de l’École normale, il fut nommé professeur de philosophie au lycée d’Orléans, et passa ensuite au même titre au lycée Fontanes, après qu’il eut brillamment pusse, en 1861, ses thèses de doctorat es îettres : Saittl Justin, philosophe et martyr, De Constantino imperatore, ponlifice maximo (2 vol. in-8°). Il donnait, en même temps, d’excellents articles k la « Biographie générale ■ de Didot, entre autres une étude qui fut très remarquée sur Julien l’Apostat. Depuis, il avait pris rang, à la suite de MM. Ernest Renan et Havet, parmi nos meilleurs critiques d’histoire religieuse. Son ouvrage le plus considérable est une Histoire des Persécutions de VÉglise (1875-1878, 2 vol. in-8°), auquel nous avons consacré une analyse spéciale (v. persécutions) ; on en a loué avec raison l’esprit d’impartialité, ce qui n’a pas empêché la cour de Rome de le mettre k l’index. On doit en outre k M. Aube : Mémoire sur un épisode de l’Histoire des Persécutions de l’Église avant Constantin (1875, in-8°) ; le Christianisme de l’empereur Philippe (1880, in-8°) ; Étude sur un nouveau texte des Actes des martyrs scillitains (1881, in-8«) ; les Chrétiens dam l’Empire romain de la fin des Anlonins au milieu dusiècle (1881, in-8») ; Polyeucie dans l’histoire (1882, in-8°) ; l’Église et l’État dans la seconde moitié du me siècle (1885, in-S°) ; et divers articles insérés dans la « Revue des Deux-Mondes » : ta Philosophie en Sicile (1875) ; la Théologie et le Symbolisme dans tes catacombes de Borne (1883) ; les Derniers travaux des Botlandistes (1885). M. Aube avait été mis a la retraite et nommé professeur honoraire de philosophie au lycée Condoreet lorsqu’il mourut.

AUBE (Jean-Paul), sculpteur français, né à Longwy (Meurthe-et-Moselle) le 3 juillet 1837. Élève de Dantan aîné et de Duret, il entra à l’École des Beaux-arts en 1854, et débuta au Salon de 1861 par un buste d’Enfant ; depuis lors, il a exposé un buste de femme (1864) ; le buste de Prosper Mérimée et la statue de Figaro journaliste (1873) ; Sirène, groupe en bronza qui se trouve à Montpellier, sur la promenade du Pérou, et qui valut à M. Aube une deuxième médaille au Salon de 1874 ; Pygmalion (1876), qui figure au conseil d’État ; Galatée (1877), statue de marbre, qui fait partie du musée de Montpellier. À l’Exposition universelle de 1878, M. Aube obtint une médaille de 3e classe pour deux statues et le buste en marbre du comte Siméon. Les œuvres qu’il a produites depuis sont : statue en bronze du Dante (1879), achetée par la ville de Paris et placée au square du Collège de France ; l’Agriculture (1880), marbre acheté par l’État et donné k ia Société des Agriculteurs de France : une copie en pierre se trouve au Trocadéro ; Michel Lallier (1882), statue en pierre placée à la façade du nouvel Hôtel de ville de Paris ; Bailly (1884), statue en bronze pour la Chambre des députés ; Sàakspeare (1884), statue en plâtre ; le général Joubert (1885), statue de bronze érigée à. Bourg (Ain). En 1884, M. Aube fut chargé, k la suite d’un concours, d’ériger, en collaboration avec M. Boileau, architecte, le monument de Garobetta sur la place du Carrousel. Le projet, dans ses parties essentielles, consiste en un piédestal en forma d’obélisque, reposant sur un socle. Aux deux

côtés du socle, deux figures allégoriques : la Vérité et la Force. Sur le devant se trouve un groupe dont Gambetta est le centre ; un génio s’élance devant lui ; des soldats qui l’entourent se relèvent au son de sa voix. Au sommet de l’obélisque, un lion ailé porte une République, tenant k la main la table de la Déclaration des Droits de l’homme. M. Aube est professeur k l’École nationale des arts décoratifs.

    • AUBER (Théophile-Charles-EmmanuelÉdouard),

médecin français, né k Ponti’Evéque (Calvados), en 1804. — Il est mort le 8 juin 1873.

Aut>«rgo du monde (i/), par Hector Malot (1876, 4 vol.). L’Auberge du monde est ia titre général d’une série de quatre volumes intitulés : le Colonel Chamberlain, la Marquise de Lucillière, Ida et Carmelita, Thérèse. Chamberlain, qui est devenu colonel en Amérique, et qui, de plus, a gagné dans l’exploitation de puits de pétrole une fortune colossale, éprouve tout à coup le besoin d’être tendrement aimé, mais aimé pour lui-même. En 1867, au moment de l’Exposition, il vient h Paris, la ville cosmopolite que Mme de Metternich appelait l’auberge du monde. Le colonel, qui a toujours vécu dans ses mines et dans ses forêts, a sur le monde des ignorances et des illusions à faire frémir. Naïf et trente fois millionnaire, quelle riche proie il offre aux hardis écumeurs de la capitale ! Aussi les voit-on voler... vers

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lui de tous les coins de l’horizon, comme des mouches vers un gâteau de miel. Du côté des hommes, voici le baron Lazarus, un Allemand hypocrite ; le prince Mazzaroli, Italien traître comme un bravo ; d’autres encore 1 Mais ce sont petits garçons au prix de la marquise de Lucillière, une capiteuse Parisienne, d’Ida Lazarus, savamment sentimentale, de Carmelita Mazzaroli, belle...

comme une Italienne. On voit, en rapprochant ces noms du titre des volumes, que chacun d’eux marque une des étapes du colonel sur son calvaire d’amour. Les unes se donnent (lisez : se vendent) au colonel, et de leurs ongles roses déchiquettent son cœur ; les autres le conduisent k deux doigts d’un abîme. Il est sauvé par les événements : le temps a marché, le canon terrine, c’est l’année terrible, c’est le siège de Paris ; adieu les folles intrigues, c’est l’heure de quitter le boudoir pour le rempart. Le colonel se conduit en héros, tout simplement. Puis c’est la Commune t... Les convulsions de la grande ville ont rapproché Chiimberlain de parents à lui, ouvriers du faubourg Saint-Antoine, qui font beaucoup de politique, ce qui est triste, mais qui ont une fille charmante, Thérèse, ce qui vaut mieux. Le colonel avait autrefois un faible pour sa cousine. En voyant cette enfant aussi pure que belle, fatigué par les intrigues élégantes, désabusé de Ses illusions, il comprend que cette pauvre ouvrière tient le bonheur entre ses mains un peu gâtées par le travail ; il lui offre son cœur et ses millions. Ils se marient, ils sont heureux... et les lecteurs aussi, car le colonel Chamberlain est un brave et honnête homme qui méritait de rencontrer une telle femme.

Cette fable sert de prétexte à l’auteur pour faire une intéressante étude du monde et du demi-monde de la fin de l’Empire, aussi bien que des hommes et des choses pendant la guerre et la Commune. Tous les caractères de gens du monde sont tracés avec un art sûr de lui-même ; les deux créations maltresses de l’ouvrage sont le baron Lazarus et le prince Mazzaroli ; impossible d’incarner en deux figures plus vivantes la diplomatie allemande et la diplomatie italienne. En revanche, on pourrait reprocher k l’auteur de nous présenter un colonel, des ouvriers, quelques autres encore, qui sont plutôt des personnages d’opéra-comique que des types pris dans la vie réelle ; mais qu’importe, après tout ? M. Malot se montre attachant et impartial j ce sont là deux qualités exceptionnelles, qui lui mériteraient toute indulgence, s’il y avait quelque chose à pardonner. ■ Cet ouvrage, dit M. Ch. Gabriel, critique des t Débats •, «est écrit avec verve et simplicité... l’action y est vive, spirituelle, toujours intéressante... c’est un des plus agréables romans qui aient paru en ces dernières années.*

AUBEEGIER (Hector), savant français, mort en 1884. D’abord élève-pharmacien et interne des hôpitaux de Paris, il devint, en 1850, professeur de chimie à la Faculté des sciences de Clermont-Ferrand, et directeur d’une pharmacie importante. Aubergier créa en France l’imqu’on aoit le supi

sciences de Clermont. Après un long professorat il s’était retiré, maître d’une grande fortune et avec le titre de doyen. Il a fondé l’Association des pharmaciens de Paris et l’a largement dotée. Il a publié, entre autres écrits : Le dernier mot sur le lactucarium (1864, in-8»).

AUBEBT (Fanchon). V. SŒDRS des pauvres.

, ADBERTIN (Charles), littérateur français, né à Saint-Dizier (Haute-Marne) le 25 décembre 1825. — Après avoir été recteur de l’académie de Poitiers et de celle de Nancy, M, Anbertin a été réintégré, sur sa demande, en 1879, dans la chaire de littérature française à la Faculté des lettres de Dijon. Depuis 1878. il a publié les ouvrages suivants : l’Eloquence politique et parlementaire en France avant 1789 (1882, in-8») ; Origine et formation de la langue et de la métrique françaises (1882, in-12) ; Choix de textes de l’ancien français duau xvio siècle (1883, in-12).

ÀUBERTIN (Charles-François), archéologue français, né k Beaune (Côte-d’Or) le 16 avril 1829. Après de bonnes études terminées au lycée de Dijon, il fut d’abord attaché à la bibliothèque de Beaune, et nommé ensuite juge de paix k Châtillon-de-Michaille (Ain), puis à Sombernon (Côte-d’Or). Il employa ses loisirs à étudier l’histoire et l’archéologie locales, et coopéra à la fondation de la Société d’histoire et d’archéologie de l’arrondissement de Beaune (1851). M. Aubertin

est associé-correspondant de la Société des antiquaires de France. On lui doit un grand nombre d’études sur l’histoire de la Bourgogne, parmi lesquelles nous citerons !

Éloge historique de Pasumoi, ingénieur-géographe de la marine (Beaune, 1852) ; Étude sur le Heu présumé de la défaite des Helvètes par les troupes de César (• Revue des Sociétés savantes ■, 1863) ; Question de l’emplacement de la station romaine de Vidubia (Revue archéologique, 1866) ; Les Rues de Beaune, histoire populaire de cette ville (1866, in-18) ; Les découvertes archéologiques dans l’arrondissement de Beaune en 1867, 1868, 1869 (1868-1870, 3 vol.) ; Quelques renseignements sur la

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bibliothèque publique de la ville de Beaune (1880, in-so) ; Quelques mots d’histoire sur le drapeau de la France (Dijon, 1880) ; Le Musée archéologique de Beaune (1881) ; Recherches sur les drapeaux de l’ancienne province de Bourgogne (1881) ; Quelques renseignements sur la sépulture du général Carnot à Magdebourg (1882) ; Les Epidémies et les médecins à Beaune avant 1789, en collaboration’ avec M. Bigame (1884) ; Ephémérides historiques de Beaune et des environs (1886) ; Les Anciennes Hôtelleries de Beaune (18S7) ; L’Entrée d’Henri II à Beaune en 1547 (1888) ; Manuellexique des termes français les plus usuels empruntés à l’allemand et à l’anglais (1888).

  • ACBÉRT DU BODLLET (Prudent-Louis),

musicien et compositeur français, né k Verneuil (Eure) en 1796. — Il est mort dans son pays natal, au mois de février 1870. Il a écrit 156 compositions musicales, dont la liste complète se trouve dans un petit in-8° publié k Laigle en 1859, sous ce titre : Société philharmonique de l’Eure, de l’Orne et d’Eure-etLoir,

" AUBIN (bassin d’). — Aubin forme, avec Rodez, Carmaux et Saint-Perdoux.le groupe houiller du Tarn et de l’Aveyron, qui couvre plus de 100 kilorn. carrés. La production de ce bassin atteint 1.100.000 tonnes de houille ; les couches, au nombre de trois seulement, sont très puissantes : Tune d’entre elles a 30 métrés d’épaisseur, la couche moyenne est de 7m,40. De nombreuses sociétés exploitent ces gisements ; k Decazevjlle, nous trouvons la Société des houillères et fonderies de l’Aveyron, contre laquelle a eu lieu la longue grève de 1886. Cette Société a également des mines à Firmy. Non loin de Deeazeville, sont les houillères de Bouquier. La compagnie des mines de Campagnac a des exploitations k Cransac. Les environs d’Aubin, seuls, produisent plus de 800.000 tonnes de houille, et occupent 4.200 ouvriers ; 5 puits d’extraction y fonctionnent, 12 servent k l’aérage, 4 sont en voie de fonçage. Leur profondeur moyenne est de

143 mètres. Les produits, mélangés de schistes et renfermant trop de matières volatiles, ce sont pas d’une très bonne qualité.

La compagnie du chemin de fer d’Orléans a une importante fabrique de rails k Aubin.

AUB1NEAU (Léon), journaliste et littérateur, né à Paris en 1815, — Outre les ouvrages déjà cités, cet écrivain, qui n’a cessé de collaborer k 1’ « Univers religieux •, a publié : le Saint homme de Tours (1878, in-12) ; M. Augustin Thierry, son système historique et ses erreurs (1879, in-18) ; Histoire des Petites sœurs des pauvres (1879, in-12) ; De la révocation de l’édit de Nantes (1879, in-12) ; Dom Bosco, sa biographie, ses œuvres (1883, in-18J ; Parmi les lys et les épines, récits et souvenirs (1884, m-li) ; Au soir (1886, in-18).

ACBLET (Albert), peintre, né k Paris en 1855. Élève de Jacquand et de Gérôme, il débuta au Salon de 1873 par un Intérieur d’atelier et uns Boucherie au Tréport ; puis il exposa successivement : la Sieste, Intérieur de cour. Ferme au Tréport (1874) ; Le jardin de Marguerite, Ferme (1875) ; Néron essaye des poisons sur des esclaves, qui se trouve au musée de Saint-Étienne, Enfant au soleil (1876) ; Jésus réveillépendant la tempête, la Mère Marianne (1877) ; le duc de Guise à Blois (1878) ; le Lavabo des réservistes Composition bien connue et qui lui valut Une mention honorable ; Séléné (1879) ; le duc de Guise au Louvre (3* médaille, issu) ; Salle d’inhalation au Monl-Dore (1881) ; Derviches hurleurs de Scutari (1882) ; Sur les galets (1883) ; Esqui-Djamlidja, k Brousse (1884) ; l’Heure du bain au Tréport (1885) ; la Petite Marquise (1887). On doit aussi a cet artiste de talent plusieurs portraits.

An Bonheur des dames, roman par Emile Zola (1SS3, in-12). Denise Baudu, jeune fille de vingt ans, vient k Paris avec ses deux jeunes frères pour chercher de l’ouvrage et arriver k les nourrir. Elle va d’abord chez son oncle Baudu, qui tient rue de la Michodière, k l’enseigne du« Vieil Elbeufi, un magasin de draps et de flanelles. Les affaires de ce pauvre homme ne marchent pas très bien : il a pour voisin, pour rival, pour ennemi, Octave Mouret, un’garçon tombé du Midi k Paris, avec l’audace aimable d’un aventurier, qu’un précédent roman de M. Zola, Pot-Bouille nous a déjà fait connaître, et qui, grâce à son mariage avec Mm» veuve Hédouin, est devenu le propriétaire du grand magasin Au bonheur des dames. Sa femme morte, il a acheté les maisons qui entourent son magasin, et celui-ci grandit, grandit sans cesse, au point qu’il menace de dévorer tous les autres du voisinage. L’oncle Baudu ayant diminué son personnel, et ne pouvant plus garder eues lui que trois personnes, c’est au Bonheur des dames que Denise vient se proposer comme vendeuse. Par un heureux hasard, au moment où sa personne chétive et sa figure triste vont faire rejeter sa demande, passe Octave Mouret, qui devine

chez cette jeune tille un charme caché, une force de grâce et de tendresse ignorée dI elle-même. La jeune fille ayant plu au patron, son entrée dans la maison ne souffre pas de retard. La voilà admise, mais elle doit subir la sourde persécution de ses camarades, des mots blessants, des inventions cruelles, une mise k l’écart qui la frappe au cœur. Un

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jour, elle reçoit la visite d’un de ses frères, qui, ayant besoin d’argent, vient lui en demander ; pour l’attendrir, il embrasse ses mains qu’il mouille de larmes : un inspecteur, que naguère la jeune fille a repoussé, surprend cette scène, l’interprète k sa façon, et comme le règlement est formel, Denise est jetée sur le pavé. Elle connaît alors la misère noire ; pas de viande, pas de pain, ni pour elle ni pour ses frères ; c’est une de ces» débâcles sombres qui jettent les jeunes filles au ruisseau ou à la Seine <. Heureusement le propriétaire de sa chambre, le vieux Bourras, marchand de parapluies, k qui le Bonheur des dames a porté un coup terrible en créant un rayon de parapluies et d’ombrelles, consent k la prendre comme ouvrière, bien que, pour diminuer ses frais, il fasse lui-même les nettoyages, les reprises, ia couture, etc. Denise a du pain tous les jours ; mais son plus vif désir est de trouver du travail ailleurs que chez ce pauvre Bourras, qui l’emploie par charité pure et invente pour elle de petites besognes. EU» finit par entrer comme vendeuse chez les Robineau, qui luttent aussi contre le Bonheur des dames pour la spécialité des soies ; mais le grand magasin est le plus fort et écrase définitivement tout le voisinage ; Baudu voit mourir de désespoir sa fille d’abord, puis sa femme ; Robineau, qu’un huissier va jeter hors de chez lui, se précipite sous les roues d’un omnibus ; Bourras enfin, dont la boutique est enclavée dans la façade de l’immense bazar de Mouret, et qui ne veut k aucun prix céder son pauvre magasin, Bourras est expulsé, ses marchandises sont vendues, ses chambres déménagées, tandis que lui s’obstine dans le coin où il couche, jusqu’au jour où les démolisseurs attaquent la toiture sur sa tête. Quant à Denise, elle est revenue triomphante au Bonheur des dames. Un jour, Mouret l’a rencontrée aux Tuileries, où elle se promenait avec son jeune frère. À sa vue, il est repris par ce sentiment confus, éprouvé déjà quand il l’aperçut pour la première fois : il la prie de rentrer dans ses magasins, puis lui offre une existence de plaisirs et de luxe, si elle veut consentira être sa maitresse. Elle, sans ruse, sans coquetterie, sans calcul, tout honnêtement, refuse. Cela ne l’empêche pas de devenir seconde, puis première ; son influence sur Mouret ne cesse de grandir, car elle est le bon génie de la maison. Elle se rappelle ses souffrances du début et cherche k rendre moins précaire le sort des commis ; sur ses conseils, on remplace les renvois en masse par une série de congés accordés pendant les mortes - saisons ; on crée une caisse de secours mutuels, qui met les employés k l’abri des chômages, forcés ; on installe des Salles de jeu, on organise des cours de langues étrangères, de grammaire, de géographie, etc. : le Bonheur des dames se suffit k lui-même pour les plaisirs comme pour les besoins. Enfin, le jour du triomphe définitif du grand magasin, le jour où l’on constate que la recette quotidienne, apportée chaque soir devant Mouret, a dépassé le million entrevu par lui dans ses rêves ambitieux, ce jour-lk, Mouret offre sa main k la pauvre petite vendeuse de l’année précédente, • tandis qu’k ses oreilles retentit la clameur de ses trois mille employés remuant à plaines mains sa royale fortune •.

Telle est l’histoire, d’une simplicité voulue sans doute, qui suffit aux cinq cent vingt et une pages du livre de M. Zola. Le sujet, on le voit, pourrait tenir en deux lignes : Octave Mouret s’éprend d’une de ses vendeuses, celle-ci résiste, et le richissime négociant finit par l’épouser. Il est évident que la partis romanesque n’est ici que l’accessoire. Ce que M. Zola a voulu faire.c est l’histoire des grands magasins ; il a décrit la transformation du commerce parisien, qui rapproche et entasse dans un établissement unique les négoces éparpillés jusque-là en cent boutiques différentes. Ce roman est un vrai poème, dont

les quatorze chapitres sont quatorze chants. Songe-t-on jamais, en passant devant un de ces immenses bazars contemporains, au sort qui attend le petit commerce de jadis ? C’est là l’idée initiale de M. Zola : il a pris un magasin typique, au début de sa prospérité, il nous l’a montré grossissant toujours, s’enfraissant de la ruine de tout un quartier et évorant enfin le vieux négoce, malgré les efforts désespérés de celui-ci pour lutter contre le monstre triomphant ; car c’est bien un être réel et animé que cette collectivité énorme, qui attire tout k elle comme une immense pieuvre d’or, de velours et de soie. Avec quel soin M. Zola note tous les agrandissements du Bonheur des dames, dont il fait l’inventaire de la cave au grenier, et qu’il nous montre sous toutes ses faces à chaque heure de la journée !

Cette minutieuse description est entrecoupée d’épisodes curieux qui montrent la rage des petits boutiquiers et leur désolation quand ils se reconnaissent impuissants k lutter. Puis, quand on lit les pages où Denise devient le bon génie de cette maison, on se rappelle le conte de Noffi où la romancier anglais nous montre un patron, après un rêve où il s’est vu petit employé, étreint par la frayeur d’être jeté brutalement k la porte, revenant k des sentiments meilleurs et cherchant k améliorer le sort de ceux qui dépendent de lui. Le héros du roman, de l’épopée, c’est évidemment le Bonheur des dames lui-même ; mais k côté de lui