Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 17, part. 1, A.djvu/409

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ney pour Port-Darwin avec six hommes et vingt-deux chevaux, ils se rendirent par mer au golfe de Cambridge, puis par terre au Fitzroy. Trouvant le pays arrosé de nombreux cours d’eau et couvert de beau gazon, Daraek projeta d’y amener du Queensland de grands troupeaux de moutons. Des connaissances plus approfondies encore sur la

fertilité du pays ont été fournies par le ministre de l’Australie du Sud, qui visita l’Australie septentrionale, en compagnie de plusieurs membres du Parlement, au commencement de 1882. Il semble acquis maintenant que le territoire septentrional est d’une fertilité assez grande ; malheureusement les moyens de communication manquent avec l’Australie du Sud. Les plantes tropicales y prospéreraient fort bien, ainsi que le prouvent les expériences faites au Jardin botanique de Palmerston avec le café, l’arbre à caoutchouc, la canne a sucre, l’indigotier, etc. C. W. Milles, qui prit part aussi à l’inauguration du territoire transcontinental, entreprit, en mai 1883, une nouvelle expédition ; il partit de la station télégraphique de Peak, souvent mentionnée dans les récits de voyages en Australie, et résolut de traverser le continent en droite ligne, au sud de la voie suivie par Forrest en 1874 et au nord de celle suivie par Giles en 1875. W. C. Yuitle, accompagné d’un blanc, de six Afghans et de trente chameaux explora le sud-est de l’Australie occidentale. Il confirma les rapports des voyageurs antérieurs, qui représentaient le

?ays comme couvert de beaux pâturages ;

on trouva même de l’eau dans les crevasses et les cavernes des roches calcaires. Au mois de mars de la même année, le géomètre A. W Chambers et F. Coates, avec une petite troupe et quelques chameaux, partirent de la baie Déniai, se dirigeant vers le N. ; ils explorèrent les Warburton Rangeset les Everard Ranges ; toutes ces régions se prêtent très bien a l’élevage. Les voyageurs y trouvèrent de nombreux kanguroo3 et marsupiaux et quelques indigènes d’aspect paisible. Enfin Winnecke, chargé d’une mission par le gouvernement australien, entreprit 1exploration des districts forestiers de l’Australie méridionale et du Queensland, à partir du télégraphe transcontinental. Il traversa la station deCowasie, au nord du lac Eyre et visita la région comprise entre les fleuves Herbert, Marshall, Todd et Mullingham, où l’on suppose que le voyageur Leichardt a péri.

— Bibliogr. Ranken, The dominion ofAustraîia {Londres, 1873) ; Beauvoir, Australie (Paris, 1874) ; The Australian handbook and almanac (parait chaque année à Londres) ; Oberlaender, Australien Geschichte der Entdeckung und Kolonisaiion (Leipzig, 1880) ; Voyage d’étude en Australie et à la NouvelleCalédonie (du 7 novembre 1881 au 21 février 1885} ; J. F. N. Fitzgerald. A ustralie (Londres, 1881) ; E. de Harven, l’Australie (Anvers, 1881) ; W. Filding, Australian transcontinental railway (Londres, 1882) ; De Savignan, Production de la laine en Australie (Paris, 1883) ; La Meslée, l’Australie nouvelle (Paris, 1883) ; Des Maisons (P. A. P.), les Gisements aurifères en Australie (novembre, 1884) ; Ch. Lemin, En Australie (Paris, 1835).

Amiral !» (l’), par F. Journet (1885, in-8°). Le sous-titre du volume nous apprend de quoi il est question dans l’ouvrage : Description du pays, colons et natifs, gouvernement, institutions, productions, travaux publics, mines. L’auteur, ingénieur des ponts et chaussées, a longtemps habité le pays dont il parle, et il le connaît à fond ; comme il dit ce qu’il sait en style clair, net et concis, comme il appuie ses dires par des chiffres, des statistiques, des rapports officiels, son œuvre fournit un document des plus précieux pour quiconque désire être fixé d une manière exacte sur la situation présente et l’avenir de l’immense colonie anglaise. Nous , voulons toutefois retenir autre chose de ce livre, après en avoir cité le côté pratique et utile. C’est une chose convenue en France ’ d’admirer sans réserve le • génie colonisateur des Anglais », et, en revanche, l’aphorisme d’après lequel « les Français ne savent pas coloniser > est devenu un cliché a force d’être répété. Sans entrer dans le vif de la question, nous allons montrer à l’oeuvre, d’après M. Journet, le • génie colonisateur • de nos voisins. < Je n’ai pas encore, dit notre auteur arrivé à son dernier chapitre, laissé entrevoir l’existence d’un peuple autochtone, d’une race préexistante. En effet, on peut faire un long séjour en Australie sans en rencontrer la trace, et il est presque permis de dire que, partout où l’Anglais a mis le pied, le natif, l’aborigène a disparu... Le voisinage de tribus aborigènes était considéré comme un danger qui maintenait, en beaucoup de points, une inquiétude fâcheuse. Alor3 on a dispersé les natifs, pour employer l’expression locale, ce qui veut dire qu’on les a fusillés comme des lapins ou autres animaux nuisibles, et même qu’on a employé à leur égard la méthode appliquée aux chiens errants, l’alcool ne les empoisonnant pas assez vite. Puis on a organisé contre eux des troupes de police noires, qui avaient pour mission d* tes disperser ; et celles-ci s’en acquittaient fort bien, si nous en croyons un écrivain australien, qui raconte que ces excellents policiers • décapitaient ceux qu’ils ar AUTE

« rivaient à prendre, et, saisissant les enfants « en bas âge par les pieds, leur brisaient le t crâne contre les arbres de la forêt». Il y a beaucoup à parier, heureusement, que nous ne saurons jamais aussi bien coloniser >.

Pour ne pas laisser le lecteur sur cette impression atroce, extrayons encore du remarquable ouvrage de M. Journet quelques détails intéressants sur les journaux australiens, assez peu répandus à Paris. < Chaque colonie, ou a peu près, a son t Punch » imité du Punch > anglais, mais qui oublie souvent d’avoir de l’esprit et surtout d’être fin : cela viendra peut-être. En attendant, la plaisanterie anglaise, souvent profonde, mais que nous trouvons presque toujours lourdement présentée, se donne carrière non seulement dans les • Punchs • de Melbourne, de Sydney, de Brisbane, mais dans une publication assez nouvelle et qui obtient un vrai succès : le ■ Bulletin ». C’est une feuille hebdomadaire, à peu près uniquement remplie de petits faits, d’indiscrétions, qu’on ma pardonne le mot, d’un amas de petits potins. La colonne intitulée Personnel, vous ne voulez pas le dire ? est surtout parcourue et étudiée avec avidité par les curieuses de Melbourne.

« Pourquoi le monsieur à la figure pâle s’estil promené hier soir pendant trois quarts d’heure dans King Street ? Pourquoi ceci ou cela ? Comme h Paris bien des gens se sentiraient dépaysés si, pendant quelques jours, ils avaient failli à la lecture du • Figaro >, de même l’Australien oisif, et surtout les dames australiennes, ne manquent pas de faire acheter tous les samedis leur « Bulletin ■ aux gamins à la voie glapissante qui le colportent par la ville : « Bouletine I Bouletine 1 ■

AUSTR1A s. f. (ô-stri-a — nom lat. de l’Autriche). Astr. Planète télescopique découverte par Palisa. V. planète.

AUTEMARRB D’ERVILLÉ (Charles-François-Xavier d’), général français, né à Cheppy le 17 décembre 1805. Sorti de Saint-Cyr en 1823 comme sous-lieutenant au 5ie de ligue, il passa au 59e en 1828 et y fut promu lieutenant en 1830, capitaine en 1836, chef de bataillon en 1841, lieutenant-colonel en 1815, et colonel du 53» de ligne en 1848. Il quitta alors l’Algérie, mais son régiment fut bientôt appelé à faire partie de l’armée des Alpes et partit pour Rome où il resta trois années. Général de brigade le 3 janvier 1852, il retourna en Afrique. Nommé, le 23 février 1854, commandant de la ir<* brigade de la division Bosquet de l’armée d’Orient, il fut promu divisionnaire le 17 mars 1855, commanda la

3e division d’infanterie et prit part à toutes les opérations du siège de Sébastopol ; il eut ensuite le commandement général des avantpostes de la vallée de Baïdar. En 1859, il prit part à, la campagne d’Italie avec la ire division du 5e corps. Rentré en France, il commanda successivement la division territoriale de Strasbourg et la 2e division d’infanterie de la garde impériale. Au mois d’octobre 1869, il remplaça le général Meltinet dans le commandement des gardes nationales de la Seine, commandement qu’il conserva jusqu’au 4 septembre 1870. Admis dans le cadre de réserve peu de temps après, il prit sa retraite en 1879, comptant quarante-neuf années de service, vingt-six campagnes et cinq citations. Il avait été élevé à la dignité de grandcroix le 21 décembre 1866.

  • AUTENR1ETH (Herrmann-Frédéric), médecin

allemand, né à Tubingue le 5 mai 1799.

— Il est mort en cette ville le 9 janvier 1874.

Auteuii (maison d’). V. apprentis (Orphelinat des).

  • Auteur (droits d’).— Nous avons longuement

traité cette intéressante question au tome le du Grand Dictionnaire ; nous ne voulons ici que signaler un point spécial qui mérite d’attirer l’attention des littérateurs et des artistes. Le 16 février 1884, un arrêt de la cour de Cassation, chambre criminelle, a tranché, en faveur de Mme Amélie Ernst, le procès qui avait été intenté à cette dame par la Société des auteurs et compositeurs de musique, au sujet de lectures publiques et de conférences faites par la défenderesse. Il résulte des dispositifs du jugement que la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique a reçu de ses membres le mandat exclusif de faire réprimer l’exécution illicite de leurs œuvres musicales avec ou sans parlé, mais qu’elle n’a reçu d’eux aucun mandat relatif à la représentation sans musique ou à la simple lecture d’œuvres purement littéraires.

  • Anteur* ci Compositeurs dramatique*

(société des). — Nous avons fait connaître dans ses détails, au tome 1er du Grand Dictionnaire, l’organisation de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques et les règles qui président au recrutement des sociétaires. Ces règles ont subi, au mois de

mars 1887, une modification regrettable. Jusqu’alors, pour être admis au sociétariat, il suffisait d avoir fait jouer un certain nombre d’actes sur une scène quelconque. En vertu de la décision prise, le 12 mars 1887, par la commission des auteurs réunie en comité, cette quotité d’actes ne sera plus un titre a l’admission, si ces actes n’ont pas vu le feu de la rampe sur une scène déterminée. Désormais, pour être admis comme sociétaire, il faudra justifier avoir fait jouer un certain

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nombre d’actes, nombre variant selon l’importance des théâtres sur lesquels ces actes auront été représentés. En même temps, la commission des auteurs a arrêté comme il suit la liste des théâtres qui compteront ou ne compteront pas pour l’admission au sociétariat des auteurs et des compositeurs dramatiques. Théâtres qui compteront pour l’admission : Ambigu, Bouffes-Parisiens, Châtelet, Comédie-Française, Folies-Dramatiques, Galté, Gymnase, Nouveautés, Odéon, Opéra, Opéra-Comique, Palais-Royal, Porte-Saint-Martin, Renaissance, Théâtre-de-Paris,

Variétés, Vaudeville. Théâtres qui ne compteront pas pour l’admission : Beaumarchais, Bouffes-du-Nord, Château-d’Eau,

Cluny, Déjazet, Menus-Plaisirs, théâtres de la banlieue, de la province et de l’étranger, concerts, etc. Les statuts de la Société des gens de lettres sont conçus, à cet égard, a peu près dans le même sens quo ceux de la Société des auteurs dramatiques avant que le comité les ait si malencontreusement modifiés. Il faut, pour en faire partie comme membre titulaire, justifier de plusieurs ouvrages imprimés et publiés, t Eh bien, demande M. Blavet, que dtriez-vous si le comité des gens de lettres, mettant tels ou tels éditeurs à l’index, décrétait que les ouvrages parus chez M. X..., M. Y... ou chez M. Z... ne compteront pas, ne seront pas des titres ? Vous diriez que c’est absurde et d’un arbitraire révoltant. Il n’y a pas d’autres mots pour qualifier la décision prise par le comité des auteurs dramatiques. ■ Le comité des auteurs et des compositeurs dramatiques, en mettant hors la loi les théâtres Beaumarchais, du Château-d’Eau, Cluny, Déjazet et des Menus-Plaisirs, non seulement a risqué de tarir Sa source de production en fermant aux jeunes auteurs des débouchés parfois providentiels, mais encore il a commis une injustice vis-a-vis des scènes modestes qui peuvent rendre et qui ont déjà re-ndu à l’art de très réels services. Et ce sont ces théâtres, dont les ressources sont presque toujours insuffisantes, dont la situation précaire n’a pas besoin d’être aggravée, que le comité des auteurs dramatiques a frappés si injustement I L’arbitraire du comité parait plus révoltant encore si l’on compare les théâtres qui comptent et ceux qui, d après lui, ne comptent pas. Le comité a essayé de justifier sa décision par

« la facilité trop grande qu’ont les jeunes au■ teurs a se produire sur les scènes secondai « res, au prix de certains sacrifices >. — • Et quand cela serait, répond au comité M. Blavet. Sur quoi se fonderait-on pour m’empêcher, moi débutant, moi proscrit de tous les théâtres oui comptent, d’acheter, si tel est mon plaisir, le droit de faire ailleurs mes preuves de talent ! Où est l’excuse et la justification de cette ingérence ? Et puis, le comité jurerait-il que ces pratiques sont la tare exclusive des théâtres frappés d’interdit ? Faut-il soulever le voile qui couvre l’obscure question des levers de rideau ? Faut-il ouvrir la main pour en laisser échapper les révélations édifiantes dont elle est pleine ? Je ne sache pas qu’en établissant cette démarcation entre les théâtres gui comptent et les théâtres qui ne comptent pas, on ait allégé les charges de ces derniers. Ils continuent à payer les mêmes droits que devant, à subir les mêmes taxes. Est-ce équitable et loyal ? ■ La décision prise par le comité des auteurs et compositeurs dramatiques est d’autant plus incompréhensible, que l’admission au sociétariat n’a jamais été un droit, même quand les stagiaires sont dans les conditions requises par les statuts. Le maintien de cette mesure ne saurait que nuire à la prospérité de la Société, et l’unanimité des protestations qu’elle a soulevées doit forcément la faire rapporter à bref délai.

imeori dramatique* (nos), par Emile Zola (1881, in-12). M. Zola n’est pas seulement un romancier et un auteur dramatique, c’est aussi un journaliste et un critique ; il a rédigé pendant un certain temps le feuilleton dramatique du t Bien public » et du • Voltaire ■ dans lequel, a propos des œuvres qui se produisaient à la scène, il exposait longuement ses théories littéraires. La réunion des articles parus forma deux volumes : le Naturalisme au théâtre et Nos auteurs dramatiques. M. Zola, dans une courte introduction à ce dernier livre, rappelle l’émotion produite par la plupart de ces articles au moment de leur publication. « Une légende, dit-il, veut que je me sois montré d’une brutalité de sauvage, rongé de jalousie, sans la moindre idée de critique qu’une basse envie de tout détruire... Si parfois j’ai manqué de justice, c’est que j’ai eu la passion du vrai au point d’en faire une religion, en dehors de laquelle j’ai nié tout espoir de salut. Voici mes études, on les jugera. ■ Le premier chapitre est consacré au théâtre classique. Des chefs-d’œuvre du xvne siècle, M. Zola tire deux conclusions à l’appui de ses théories ; les auteurs dramatiques d’alors, c’est-à-dire Corneille, Racine et Molière, avaient le plus complet dédain du théâtre, tel que l’entendent aujourd’hui nos auteurs et nos critiques ; ils se moquaient de l’action et faisaient des pièces se passant de toute péripétie : tel le Misanthrope, qui se déroule largement, sans se soucier le moins du monde de la coupure des actes. La deuxième conclusion, c’est que • le Théâtre « n’existe pas ; il y a seulement « des théâtres «, c’est-à AUTE

dire des façons de traiter les sujets dramatiques selon les époques, façons qui changent continuellement, et quejamaîsuncode ne fixera.

M. Zola ajoute que nos chefs-d’œuvre nationaux sont un bon enseignement, parce qu’ils marquent les étapes de notre intelligence.

■ A telle époque, la formule était celle-là ; aujourd’hui elle est devenue celle-ci ; demain elle se transformera encore. Seule, la critique ne change pas : elle nie l’avenir, même après l’étude du passé. Mais les novateurs, les audacieux ont pour eux les grands hommes, à M. Zola expose ensuite sa théorie du drame tel qu’il le conçoit : • La tragédie généralisait, aboutissait à des types et à des abstractions, tandis que le drame naturaliste moderne devrait individualiser, descendre à l’analyse expérimentale et à l’étude anatomique de chaque être. La science et la philosophie se sont modifiées, ainsi que la civilisation ; on ne peut plus attaquer la peinture de l’homme de la même façon, tout en gardantla même hauteur de vues et en procédant avec une largeur de pinceau égale. »

M. Zola passe alors aux auteurs dramatiques contemporains ; nous reproduisons autant que possible la quintessence de ses jugements, car ils sont des plus curieux. Le premier qui se présente est Victor Hugo. « En face de ce vieillard auguste, dit le critique, la vérité semblerait un outrage. Je crois que le respect nous gênera tant que V. Hugo sera là pour nous entendre. • L’étude sur V. Hugo est, en effet, presque respectueuse, étant donné surtout le tempérament du juge. À la fin cependant, le novateur s’emporte contre les panégyristes tels que M. Catulle Mendès, qui proclament d’un ton lyrique que V. Hugo est le maître de son siècle, étant le siècle lui-même. « Quoil s’écrie-t-il, la formule du xix» siècle serait cette poésie lyrique spiritualiste et nuageuse ! Notre siècle de science se résumerait dans ce philosophe déiste, dont les doctrines sont d’une parfaite puérilité, dans ce penseur étrange qui n’apporte comme solution à tous nos terribles problèmes qu’une humanitairerie vague et solennelle ? Allons doncl c’est une plaisanterie, nos petits-fils riraient trop de nous. >

La critique de M. Zola n’est point non plus trop cruelle à l’égard de M. Emile Augier ; les seuls reproches qu’il lui adresse, c’est d’avoir trop affectionné les personnages honnêtes et les personnages spirituels. Le personnage spirituel, c’est labê te noire de M.Zola.

■ Je trouve que ce monsieur chargé d’expliquer la pièce par des fusées d’esprit fausse toutes les pièces où il bourdonne comme la mouche du coche. Est-ce qu’il y a dans la viedes pîtres plus ou moins gais chargés de commenter les événements ? Quand on a du génie, on met un fait sur les planches, et la fait s’explique tout Seul. >

Après les auteurs que M. Zola n’aime qu’à demi, voici ceux qu’il n’aime pas du tout, et à l’égard desquels il se montre, selon son expression, d’une brutalité de sauvage. Le premier sur la liste est M. A. Dumas fils, à qui est consacré presque le quart du volume : « M. Dumas est un écrivain extrêmement surfait, de style médiocre, et de conception rapetissêe par les plus étranges, théories. J’estime que la postérité lui sera dure. > Tel est le début de ce chapitre ; il promet, comme on voit, et il tient. M. Dumas a, pour regarder la société, > des yeux, étranges, les yeux les plus faux du monde» ; il sait son métier comme tout autre, mais il est « irrémédiablement cloué dans la médiocrité par le manque absolu de ce souffle qui fait les créateurs». Le penseur est médiocre, gâté par toutes sorte d’idées saugrenues,

« n’ayant rien apporté que des axiomes tapageurs, qui ont le vide et la sonorité d’un tambour». Enfin la dernière partie de ce chapitre est une réponse à la préface de l’Etrangère, où M. Zola était mis eu causa. M. Dumas lui reprochait d’abord d’avoir réclamé les gros mots de la langue au théâtre ; M. Zola déclare ne s’être jamais fait le champion des gros mots, soit dans le roman, soit au théâtre. Ce qu’il demande, c’est que chaque personnage mis à la scène ait son expression propre, comme il a son allure. Un des passages les plus curieux est celui où M. Zola répond à une vigoureuse attaque de-M. Dumas, qui avait écrit ceci : tll faut être d’une outrecuidance niaise, voisine de l’hémiplégie ou du delirium tremens pour s’imaginer qu’on fait des révolutions en littérature et qu’on est un chef d’école. On peut avoir autour de soi quelques besogneux, quelques naïfs et quelques malins qui voua disent ces choses-là par nécessité, par ignorance, ou pour se donner le spectacle de la sottise d’un homme célèbre ; mais il ne faut pas les croire. » M. Zola commence par répondre plaisamment : t Voilà qui va être bien désagréable à Victor Hugol • Puis il ajoute ces quelques lignes toutes simples :

« Que ferait à ma place M. Dumas, s’il n’était, pas le moins du monde orgueilleux et qu’on f accusât de l’être ? s’il n’avait pas le moins du monde la prétention d’apporter une formule nouvelle, et qu’on lui en imposât une ? s’il vivait en brave homme, trouvant tout chef d’école imbécile, et qu’on voulût à toute force faire de lui un chef d’école ? » En terminant, il s’adresse à la jeunesse et s’écrie : t Voulez-vous savoir ce que vous dit par ma bouche l’auteur de la Dame aux Camélias, du Demi-Monde et de Monsieur Alphonse ?-