Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 17, part. 1, A.djvu/416

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savoir si, pour un fait relevant de son ministère, les membres du clergé peuvent être pénatement poursuivis devant les tribunaux sans autorisation préalable. Deux cas peuvent ici se présenter. Si l’action publique est mise en mouvement par le ministère public, un membre du clergé peut, pour faits relatifs à ses fonctions, être poursuivi sans autorisation. Si, au contraire, la poursuite est demandée par la partie lésée, cette poursuite ne peut valablement s’exercer qu’avec une autorisation du conseil d’État.

Dans diverses circonstances spécifiées par nos lois pénales, une plainte préalable de la partie lésée est nécessaire pour donner ouverture à l’action publique. Le délit d’adultère, par exemple, ne peut être poursuivi que sur la plainte de l’époux offensé. En cas de rapt d’une fille mineure que le ravisseur a épousée, celui-ci ne peut être poursuivi que sur ia plainte des parents, qui ont le droit de demander la nullité du mariage. Il ne peut y avoir condamnation que tout autant que cette nullité a été prononcée. En cas de chasse sur le terrain d’autrui sans autorisation du propriétaire, la poursuite ne peut être exercée par le ministère public que sur la plainte du propriétaire, à moins que le délit de chasse n’ait été commis dans un terrain clos et attenant à une habitation ou sur des terres non encore dépouillées de leurs fruits. Ces circonstances, en effet, donnent directement ouverture à l’action publique.

  • AUTORISÉ, ÉE adj.—Haras. Se dit d’un

étalon reconnu par l’administration des haras comme susceptible de reproduction franche, c’est-à-dire propre à conserver la pureté de la race. V. étalon.

Autorité (l’), journal politique quotidien, paraissant à Paris depuis le 25 février 1886, sous la direction de M. Paul de Cassagnac. La liquidation de la société qui possédait le « Pays », organe bonapartiste intransigeant et catholique, ayant eu lieu à la suite du décès d’un des principaux membres de cette société, ce journal fut mis en vente et passa aux mains des partisans du prince Napoléon. M. Paul de Cassagnac et ses principaux collaborateurs, évincés de l’organe qu’ils rédigeaient depuis de si longues années, fondèrent une nouvelle feuille, l’Autorité.

Quoique bonapartiste et tenant pour le prince Victor contre son père, le nouveau journal a surtout pour objectif une restauration quelconque monarchique, une résurrection du principe d’autorité. Le premier numéro exposait, par la plume de son rédacteur en chef, la ligne de conduite qu’il entendait suivre, et, dans un manifeste adressé à « MM. les députés de l’union des droites •, M. Paul de Cassagnac soutenait « que, dans une époque incertaine et troublée comme la nôtre, ce serait manquer de sagesse et de prévoyance que de se cantonner absolument, aveuglément dans une solution quelconque... L’heure viendra, ajoutait-il, de faire entre les prétendants une sélection qui sera dictée, bien moins par les droits que chaque prince s’attribue à l’exclusion des droits de l’autre, que par la façon dont ils auront rempli leurs devoirs envers la France ». Cet article-programme se terminait par un vigoureux appel à la restauration du principe d autorité, qui, d’après M. Paul de Cassagnac, serait, depuis l’avènement des républicains au pouvoir, quotidiennement méconnu.

M. Paul de Cassagnac a groupé autour de lui, dans son nouvel organe, une bonne partie de ses collaborateurs au « Pays i ; MM. Albert Rogat, Paul de Léoni ; M. Jules Delafosse, député bonapartiste du Calvados, qui prend part ordinairement, à la Chambre, aux discussions ouvertes sur les affaires étrangères, s’est chargé, dans la nouvelle feuille, de traiter les importantes questions de politique extérieure ; les questions de finances et d’économie politique sont confiées à M Daynaud, député du Gers. Le nouvel orga’ne se différencie assez peu, du reste, de l’ancien • Pays ». Le ton des polémiques s’y élève rapidement, et les épithètes plus que vives viennent trop souvent sous la plume de ses rédacteurs : le prince Napoléon et ses amis en savent quelque chose. Quant aux républicains, il est bien rare qu’il soit parlé d’eux sans qu’ils n’y soient du même coup criblés des plus violentes injures. Notons toutefois que certains intransigeants trouvent grâce devant la rédaction de l’Autorité, M. Paul de Cassagnac, qui, durant quelques mois, a collaboré au ■ Matin ■, a quitté cette feuiiie éclectique depuis la fondation de son nouveau journal, auquel il se consacre tout entier.

AUTOSUGGESTION S. f. V. SUGGESTION.

AUTOTOMIE s. f. (ô-to-to-mî — du gr. autos, soi-même j temnein, couper). Physiol. Action de se mutiler soi-même : Il serait intéressant de déterminer quelles sont les parties du système nerveux central qui président, chez Us lézards et l’orvet, à /’autotomie de la queue. (Frèdéricq.)

— Encycl. Ce mot d’autotomie a élé créé et employé pour la première fois en 1883 par M. Frèdéricq pour exprimer l’acte au moyen duquel beaucoup d’animaux peuvent provoquer activement, mais inconsciemment, la rupture d’un membre par lequel ils sont attaqués ou retenus. Ce phénomène a lieu par voie réflexe. L’autotomie est particulière AUTO

ment intéressante à étudier chez les crustacés, en ce sens que ce phénomène ne se produit que dans des conditions déterminées et successivement sur tous les membres de l’animal ; de sorte que l’on peut obliger un crabe ou une langouste à détacher eux-mêmes leurs pattes si l’on vient à en pincer l’extrémité ; et l’on voit ainsi tomber une à une les huit pattes d’un crabe et même les grosses pinces. Cette rupture n’a jamais lieu lorsque le crustacé est simplement attaché par une patte et a besoin, pour se produire, d’une excitation violente du membre. Il est bon cependant de remarquer que quantité de crabes laissent très bien leurs pattes entre les doigts qui les ont saisis. On peut provoquer également l’autotomie en plongeant l’animal dans l’alcool ; mais encore faut-il, la plupart du temps, pour que le membre se détache, qu’une lésion mette ses tissus en rapport avec le liquide.

La cassure est toujours nette et circufaire ; elle s’accompagne d’un petit bruit et a lieu, non au niveau d une articulation, «mais dans la continuité du deuxième article à partir du corps ». C’est cet article qui se trouve, par conséquent, brisé en deux parties, dont l’une reste fixée au corps, et c’est la plus petite, qui ne forme plus » qu’un anneau solide de peu d’importance •, Mais cette propriété n’existe pas au même titre chez tous les crustacés : se produisant avec une facilité extraordinaire chez la langouste (palinurus vulgaris), chez les crabes (platycarcinus, carcinus, portunus, xantho) et chez les araignées de mer (maïa), elle n’est plus aussi facile chez l’écrevisse et parait surtout avoir lieu pour les pinces, les autres pattes se montrant réfractaires a cette séparation autotome ; il en est de même chez le homard. Chez tous ces crustacés, ainsi que chez les crangons et les pagures, la rupture a lieu entre à Ta substance du deuxième article, au niveau de ia soudure du basipodite et de l’ischiopodite ».

Il ne faut pas considérer la rupture des pattes comme due à une fragilité exagérée, car chez l’individu mort les membres ont une grande solidité et se détachent difficilement, résistant à des tractions dépassant souvent en force cent fois le poids de l’animal. D’ailleurs, les pattes arrachées se rompent le plus souvent entre le corps et leur premier article, à moins que ce ne soit à l’articulation suivante, mais toujours à une articulation ; en outre, « la surface de la rupture porte souvent une houppe de muscles qui se sont en même temps détachés ».

Comme le dit M. Frèdéricq, • l’amputation de la patte, chez l’animal vivant, n’est donc pas le résultat d’un accident du au manque de résistance de cet appendice... elle est provoquée par un mouvement actif. Le crabe rompt lui-même sa patte à l’endroit d’élection par une contraction musculaire énergique •. Mais la cause provoquant cette mutilation volontaire n’est pas amenée par le désir qu’éprouve l’anima ! de recouvrer sa liberté lorsqu’il se trouve retenu par un membre. Il faut, pour que la patte se détache, qu’elle éprouve une lésion sur un point quelconque de sa longueur ; il suffit de la pincer vivement au milieu pour voir le résultat se produire. L’autotomie a encore lieu si l’on coupe une patte à son extrémité ; le moignon du membre ainsi mutilé se détachera. ■ Si l’on coupe brusquement, dit M. Frèdéricq, au moyen de ciseaux, l’extrémité d’une autre patte que celle qui retient l’animal, le crabe brisera, non cette dernière patte, ce qui le rendrait à la liberté, mais la patte mutilée, celle dont la perte ne lui est d’aucune utilité. L’absence d’intention intelligente est ici manifeste : nous avons affaire à un mécanisme nerveux préétabli, qui fonctionne en aveugle, à la façon des centres réflexes des animaux vertébrés, . » C’est un acte purement réflexe auquel président la masse nerveuse ventrale et les nerfs sensibles et moteurs de la patte. La rupture de la patte s’obtient chaque fois que le nerf sensible de celle-ci est visiblement excité, soit mécaniquement, soit par une action chimique, soit par l’électricité, soit par la chaleur. »

Les muscles extenseur et fléchisseur attachés au bord proximal du second article, suivant les extrémités d’un diamètre perpendiculaire à l’axe de l’articulation, s’insèrent donc « sur la partie du second article, qui n’est pas soutenue par le premier article et qui porte à faux •. C’est surtout au muscle extenseur qu’est due la rupture de la patte. Si l’on irrite le nerf sensible, ce muscle se contracte énergiquement par voie réflexe ; il en est de même d’autres muscles, « ce qui amène une extension forcée de la patte ». Celle-ci, comme le montre M. Frèdéricq, vient buter contre le bord de la carapace, où son mouvement d’extension se trouve arrêté ; l’extrémité distale du deuxième article participe forcément a ce mouvement et se trouve fixée immédiatement de cette façon. Le muscle extenseur, continuant a se contracter, exerce une traction sur la partie proximale, en forme d’anneau, du deuxième article et finit par se séparer de la portion distale qui se trouve retenue. « Il existe là un sillon circulaire, entaillant plus ou moins profondément la paroi du deuxième article, surtout à sa face interne, et constituant un point de moindre résistance au niveau duquel

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s’effectue la rupture. » Suivant M. Frèdéricq, la condition indispensable de la rupture est dans l’intégrité du muscle extenseur du deuxième article, et il est également nécessaire que la patte et la partie distale du deuxième article trouvent un point d’appui résistant, soit contre la carapace de l’animal, soit entre les doigts de l’expérimentateur qui tient la patte.

Chez les insectes, l’autotomie s’observe, et quelques exemples nous en sont fournis par les orthoptères sauteurs, les diptères à longues et fines pattes du groupe des Tipulaires, quelques némiplères, qui perdent leurs pattes avec la plus grande facilité ; par certaines mouches, gymnochœta et chrysosoma ; des papillons nymphalis, vanessa, hesperia, macroglossa, plusia, catocala et pyralides. Mais il faut encore se demander si cette faculté ne réside pas plutôt dans lu fragilité extrême de ces membres. Cependant, les expériences de M. Frèdéricq tendent à prouver que la sauterelle, par exemple, peut se défaire par autotomie d’un de ses membres postérieurs mutilé par un coup de ciseau. Les arachnides, araignées et faucheurs, présentent le même phénomène.

Chez les reptiles, les orvets présentent la faculté de rompre leur queue pur une contraction musculaire, et la facilité que ces animaux éprouvent à perdre cette partie de leur corps ne peut pas être imputée à la fragilité d’où ils ont tiré leur nom de serpents de verre. Après avoir montré qu’un orvet mort supporta sans se rompre une traction de près de 490 grammes avant de perdre sa queue, M. Frèdéricq nous signale l’expérience suivante : « Suspendu par la queue, la tête en bas, un orvet vivant se tordit dans différentes directions, mais sans chercher à s’échapper par la rupture de la queue. J’irritai alors vivement l’extrémité de la queue, en l’amputant par une section brusque au moyen de ciseaux tranchants. Aussitôt, la portion de queue située au-dessous du point par lequel 1 orvet était suspendu exécuta une série de mouvements de latéralité, ayant pour résultat de détacher complètement l’aninuil, qui tomba à terre et s’enfuit... Reprenant l’animal, je le maintins suspendu en le saisissant par l’extrémité du reste de la queue, que je froissai vivement entre les doigts. L’animal se brisa de nouveau immédiatement au-dessous du point saisi par le même mécanisme de contractions alternatives du côté droit et gauche du corps. • L’auteur croit qu’il s’agit ici d’une rupture active due à des mouvements musculaires provoqués par voie réflexe après excitation des nerfs de la queue. Il est bon remarquer que la rupture des muscles sur le plan de section s opéra partout au niveau des tendons et jamais dans la substance contractile des libres charnues. Le même phénomène a lieu chez les lézards, et tout le monde connaît la facilité avec laquelle ces petits reptiles perdent leur queue, qui reste a frétiller derrière eux après qu’ils ont échappé à la main et se sont réfugiés dans quelque trou. M. Frèdéricq nous affirme qu’on peut retenir un lézard vivant par la queue, entre le pouce et l’index, à condition d’éviter soigneusement tout froissement. Dés qu’on irrite, même légèrement, cet appendice, on le voit se décacher à la base. Il est vrai que, chez ces sauriens, la queue repousse aussi facilement que les pattes des crustacés, tandis que les pattes ne repoussent jamais chez les insectes. On pourrait se demander si la facilité avec laquelle certains annélides se rompent, les lombrics se brisent et les comatules et les ophiures perdent leur bras, n’est pas applicable à ce même phénomène,

M. Giard, professeur à la faculté des sciences de Lille, cite encore de nombreux cas d’autotomie dans la série animale : couronne tentaculaire des tubularia (cœlentérés), papilles dorsales des éolis (mollusques nudibranches), couronne des tentacules ou lophophore des géphyriers du genre Phoronis, élytres et cirrhes d’annélides des genres Polynoé et Cirrhatulus, ambulacres des oursins, etc. Suivant ce savant, • l’autotomie est si fréquente chez les chétopodes qu’il est souvent très difficile d’obtenir entiers les individus de certaines espèces appartenant aux familles des Clyméniens, des Polynoïdiens, de Tétébeiliens et même des Lycoridiens».

Au sujet de ces curieux animaux marins du type des Entéropneustes, genre Balanoglossus (v. ce mot), M. Giard nous apprend que les balanoglossus Hobinii et salmoneus sarsiensis Kœhl, » si abondants sur les plages de sable des lies Glenans, ne montrent à l’observateur que leur extrémité anale. Si l’on veut, par un coup de bêche rapide, s’emparer de l’animal, celui-ci s’échappe promptement, abandonnant par proctotomie une portion plus ou inoins longue de sa région terminale >.

Selon M. Giard, les idées émises par M. Frèdéricq au sujet de la division de certaines holothuries, division que cet auteur compare à la segmentation des cestodes en proglottis, sont absolument insoutenables, de même que le rapport que peuvent présenter, avec ces phénomènes, la reproduction par scissiparité ou par production de fœtus. M. Giard subdivisa les phénomènes autotomiques en deux grands groupes : l’autotomie défensive et l’autotomie reproductrice (gonophoriqxie ou schizogoniale). Le ’premier groupe

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se subdivise en autotomie évasi’ve et en autotomie économique. Dans l’autotomie évasive, l’animal se mutile pour échapper à ses ennemis ; ainsi les crabes, les langoustes, les balanoglosses, etc. ; dans l’autotomie économique, T’animai ■ réduit son volume par amputation volontaire, parce qu’il se trouve dans des conditions défavorables au point de vue de la nutrition ou même au point de vue de la respiration. On l’observe généralement chez les animaux tenus en captivité (cas de la synapte, des tubulaires, des phoronis, des némertiens, etc. Il est évident qu’il existe des formes mixtes ; l’autotomie des échinodermes, par exemple, peut être, quant à son origine, une autotomie èvasive ou économique ; elle n’en aboutit pas moins, en général, a une reproduction schizogoniale. Lautotomie des némertiens et des polynoés est souvent à la fois économique et évasive, etc. » Dans l’autotomie reproductrice rentrent les phénomènes d’hectocotylisation des bras des céphalopodes (autotomie gonophorique) et les phénomènes observés chez beaucoup d’étoiles de mer, brisinga, ophiactis, etc., et chez les ligules. ■ La proche parenté de ces animaux avec les bothriocéphales et les ténias nous amène, dit M. Giard, à considérer la formation des proglottis chez les cestodes comme un terme extrême de cette série. •

■ À un autre point de vue, continue le même auteur, les faits d’autotomie peuvent aussi se grouper en deux classes différentes, selon que la partie sectionnée se régénère ou ne se régénère pas. Enfin, on pourrait dire encore que l’autotomie est tantôt générale (quand elle s’opère, comme chez les némertiens, en un point quelconque du corps), tantôt localisée, quand la section se fait constamment en un point précis, comme chez

les crustacés décapodes, les tubulaires, les éolidiens, les phoronis... Il peut y avoir encore autotomie de simples plastides et l’autotomie plastidaire on cellulaire se prête à des divisions parallèles a celles que nous venons d’établir. »

Ainsi, dans les phénomènes d’autotomie défensive viennent prendre place la séparation des organes urticants, némalocystes ou cnidoblastes, des cœlentérés, des cellules adhésives des clénophores, des bâtonnets des turbellariés et des annélides, etc. Dans ceux d’autotomie économique se range la séparation des cellules des embryons de certains mollusques et d’annélides, des cellules exodermiques des dicyémiens et des orthonectides. Selon M. Giard, les phénomènes connus sous le nom de mues et i’enkystement se rattachent en partie à cette division. Aux phénomènes d autotomie reproductrice se rapporte l’expulsion des produits génitaux, r laquelle peut, comme l’autotomie schizogonale, être plus ou moins provoquée par des excitations mécaniques ».

■ On voit, conclut M. Giard, l’importance que prend, ainsi comprise, une question en apparence très secondaire et jusqu’à aujourd hui fort négligée par les physiologistes. •

Amour du marl<(s, par Gyp (18S3, in-18). Voici d’abord, en trois coups de crayon, le portrait de l’héroïne, Paulette d’Hautretan, jeune Parisienne du meilleur monde t «Vingt ans. Pas régulièrement jolie, mais une frimousse chiffonnée et drôlette. Taille charmante. Cheveux d’un blond chaud. Grands yeux moqueurs. Bouche rieuse, beaucoup de fossettes. • Paulette a remarqué que M. d’Alaly la trouvait gentille ; elle l’a encouragé, et elle consent à devenir sa femme. Mais elle a une façon à elle de comprendre l’union conjugale ; si elle se marié, c’est pour pouvoir passer en revue tous les petits théâtres qu’elle ne connaît pas, voir Judic et Chaumont, le Palais-Royal surtout, dîner au restaurant, aller en mail à la Marche avec des gens gais, monter à cheval tous les matins, et porter des robes qui collent, qui moulent, le triomphe des femmes bien faites, « Alors, lui demande une de ses amies, tu te laisseras faire la cour quand tu seras mariée ?

— Ah ! ie t’en réponds !» Ce cri du cœur achève de peindre la jeune personne. Elle s’explique très crânement de tout cela avec M">e d’Hautretan, qui, au moment psychologique, croit nécessaire de lui prodiguer les • conseils d’une mère». Paulette l’écoute en chemise, en se chauffant le bas du dos. « M. d’Alaly va te demander des « choses... toutes naturelles... toutes simples... mon enfant... mais qui t’étonneront... te surprendront peut-être... » Paulette, tranquille-' ment : ■ Oh ! je ne pense pas. • Mma n’Hautretan, interloquée : «Mais... d’abord... vous habiterez la même chambre... — Naturellement.

— Peut-être le même lit... — Comment peut-être ? mais il me semble qu’on ne peut guère s’en dispenser, au moins en commençant...

— As-tu envie d’avoir des enfants, Paulette ? — Pas tout de suite... Vois-tu, maman, je te dirai franchement que je me marié surtout pour m’amuser. — Oh 1 — Eh I mon Dieu, oui ; la maison n’est pas gaie, et la vie entre papa et toi est plus saine que drôle... Vous êtes excellents, toi et papa, et je vous adore ; mais enfin vous vous intéressez à bien des souvenirs... un peu lointains pour moi. Papa pleure presque en racontant le départ de Louis-Philippe ; toi, tu lui parlse aussi de choses de ce temps-là. Nous n’allons que dans un monde où tous les hommes ont 1 air d’avoir avalé leur canne, et où les fera-