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bienne, au Monténégro et & la Serbie, ne pouvaient laisser indifférent le gouvernement de Vienne, autorisa l’Autriche-Hongrie (art. 23) à occuper l’Herzégovine et la Bosnie pendant un temps indéterminé ce à les organiser à sa guise. Mais ce qui est bon èi garder n’est pas toujours facile à prendre, et l’Autriche ne devait pas tarder a s’en apercevoir. Après avoir vainement essayé d’obtenir de la Turquie son adhésion sans conditions, elle se heurta à la résistance des populations bosniaques et herzégoviniennes.

Dans la matinée du Î9 juillet, l’archiduc Jean-Salvator franchit la frontière, en même temps que le maréchal Philippovitch, commandant en chef le corps d’occupation, passait la Save sur quatre points sans rencontrer de résistance. Mais l’insurrection qui couvait dans le pays depuis quelque temps éclata alors contre l’envahisseur {v. Bosnib) ; les troupes ne purent entrer de vive force dans Sarajevo que le 19 août, non sans avoir livré aux révoltés des combats souvent indécis. Le nombre des corps d’occupation fut porté de un à quatre, tant la résistance se montrait tenace et résolue, et l’armée ne fut qu’au mois d’octobre en possession de tous les grands centres insurrectionnels. Dès lors, il ne pouvait plus être question de batailles rangées ; mais la partie la plus rebutante de l’entreprise, la pacification, restait à accomplir. Il aurait donc été imprudent de diminuer l’effectif de l’armée considérable que l’Autriche avait été forcée de faire entrer en Bosnie, et le gouvernement se trouva dans l’obligation de demander de nouveaux subsides. Le ministre des Finances du cabinet madgyar, ne voulant pas accepter cette nouvelle charge, donna Sa démission, qui entraîna celle du ministère tout entier. Le parti national hongrois, en effet, était opposé à toute extension Ou slavisme : or, l’annexion de la Bosnie et de l’Herzégovine devait accroître quelque peu la puissance de l’élément slave au sein de l’organisme impérial et diminuer d’autant celle du madgyarisme. L’empereur, en présence de la démission du cabinet hongrois, demanda aux ministres de demeurer temporairement à leur poste, et offrit à la Porte de ne pas étendre davantage le cercle de ses opérations. La Porte, fidèle a son aveuglement traditionnel, ne se contenta pas de refuser une concession qui sauvegarderait peut-être pour l’avenir sa souveraineté. en Bosnie : elle adressa aux puissances une circulaire où elle se plaignait des prétendues cruautés dont les troupes autrichiennes se seraient rendues coupables en Bosnie. Le comte Andrassy démontra péremptoirement la fausseté de ces allégations, et la sotte démarche du Divan n’eut d’autre résultat que de rapprocher dans un même sentiment de patriotisme indigné les Autrichiens et les Madgyars. À la suite d’un débat politique acharné entre le comte et l’opposition, le Parlement autrichien accorda, non pas les 33 millions de florins demandés par le gouvernement, mais SO millions à titre transactionnel. Beaucoup croyaient que l’œuvre du congrès avait diminué au profit de l’Autriche l’influence morale et politique, en même temps que la situation militaire de la Russie dans les Balkans, tandis que l’opposition soutenait le contraire ; en Hongrie, l’idée que l’occupation de la Bosnie et de l’Herzégovine ne profiterait pas à la couronne de saint Étienne, avait causé un tel mécontentement qu’il en résulta une décomposition du parti ministériel ou libéral : beaucoup de membres de ce groupe fusionnèrent avec les conservateurs pour former l’opposition • unie •, qui eut, sur les élections d’août, une influence incontestable. En février 1879, un cabinet Streymayr, remplaça le cabinet Auersperg, qui avait donné sa démission au cours des négociations tendant au renouvellement du pacte austro-hongrois, mais qui n’en avait pas moins continué à diriger l’administration cisleithane.

L’article 25 du traité de Berlin contenait une disposition ainsi conçue : ■ Le gouvernement d’Autriche-Hongrie ne désirant pas se charger de l’administration du sandjak de Novi-Bazar, qui s’étend entre la Serbie et le Monténégro, dans la direction sud-est jusqu’au delà de Mitrovitza, l’administration ottomane continuera d’y fonctionner ; néanmoins, afin d’assurer le maintien du nouvel état politique, ainsi que la liberté et la sécurité des voies de communication, l’Autriche-Hongrieise réserve le droit de tenir garnison et d’avoir des routes militaires et commerciales sur toute l’étendue de cette partie de l’ancien vilayet de Bosnie. À cet effet, les gouvernements d’Autriche - Hongrie et de Turquie se réservent de s’entendre sur les détails, à En vertu d’une convention conclue, en conséquence de cet article, avec la Porte, des troupes autrichiennes occupèrent Novi-Basar le 8 septembre 1879- Mais cette question eut pour résultat la retraite du comte Andrassy qui, eu sa qualité d’homme d’État hongrois, était opposé à la politique d’extension territoriale vers Satonique et se retirait sous prétexte des dépenses nécessitées par l’expédition ; or, il avait formellement promis aux Délégations de ne plus réclamer de crédit pour cet objet. Son successeur, le baron de Hayinerlè, maintint l’alliance qu’il avait nouée à Gastein avec le chancelier de l’Allemagne. François-Joseph, qui par l’occupation du sandjak de Novi-Bazar était

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en mesure de prévenir les Russes à Constantinople, ne négligeait rien pour faire entrer dans l’orbite de son action la Serbie et le Monténégro ; il voulait, en un mot, constituer un faisceau de forces que la Russie trouverait contre elle le jour où elle reprendrait l’exécution de ses desseins sur 1’ • homme malade ». En poussant la monarchie austrohongroise dans cette voie, M. de Bismarck

se laissait guider sans doute par deux motifs :

  • Le premier, dit un publiciste, consistait

dans le désir de voir l’Autriche déplacer vers le sud son centre de gravité et devenir de plus en plus une puissance slave, laissant ses éléments allemands exposés à la contagion de l’idée unitaire allemande ; le second motif était la crainte de voir la Russie, avec laquelle l’Allemagne Sentait vaguement qu’elle pourrait avoir un jour des démêlés, s’ugranîlir démesurément vers ConstantinopTe. ■ L’alliance austro-allemande fut donc formée contre le tsar, mais celui-ci fit contre fortune bon cœur en acceptant la situation, et d’ailleurs, après avoir désavoué les vues qu’on lui prétait sur Constantinople, il ne pouvuit, sans commettre une insigne maladresse, manifester un regret de voir sa proie lui échapper. Gardien de la route de Byzance, le gouvernement de Vienne devait attacher une

grande importance au bon entretien de son armée, et il soumit aux deux Parlements, en octobre 1879, un projet tendant à obtenir, pour une nouvelle période décennale, le vote de la loi organique militaire. Les Assemblées madgyares donnèrent satisfaction au cabinet, et sanctionnèrent en même temps l’entrée, dans le territoire douanier austro-hongrois de la Bosnie, de l’Herzégovine, de l’Istrie et de la Dalmatie. À Vienne, le projet ne passa que grâce à un compromis.

Le comte Taaffe avait, au mois d’août 1879, remplacé M, Streymayr à la présidence du conseil cisleithan. Le nouveau ministre, dans l’espoir de constituer une majorité, demanda aux partis de se grouper, non d’après les nationalités, mais d’après les principes politiques, et, tandis qu’à droite et à gauche, les extrêmes seraient répudiés, il se formerait au centre un puissant parti de gouvernement. Le Parlement ne voulut point se rallier à cette idée : il demeura divisé par nationalités. Or, depuis les élections de 1879, ni la droite, ni ta gauche, n’auraient été en état de fournir un ministère qui pût compter dans l’Assemblée sur une majorité solide. Un cabinet de droite aurait porté toute la population allemande à lutter jusqu’à l’extrême ; un ministère de gauche aurait peut-être provoqué un exode des jeunes Tchèques et mutilé de nouveau le Parlement ; enfin, la dissolution aurait pu avoir les inconvénients les plus graves, parce que les élections se seraient faites dans des conditions violentes d’antagonisme. En cette occurrence, le comte Taaife résolut de former un gouvernement répondant assez exactement à la répartition des forces entre les fractions parlementaires : on y vit figurer côte à côte un Polonais de Galicie, le chef des Tchèques de Moravie, une notabilité conservatrice allemande, un grand propriétaire libéral allemand, un membre éminent de la bureaucratie allemande et deux membres du cabinet Auersperg (appartenant & la gauche). En somme, la droite et la gauche se faisaient équilibre dans ce ministère, à la tête duquel lo comte Taaffe, en sa qualité de ministre de l’Intérieur du cabinet de Beust, restait fidèlement attaché à la constitution dont il avait été l’un des fondateurs, tout en croyant nécessaire et possible d’accommoder les exigences et les vœux des diverses nationalités avec l’unité de la monarchie des Habsbourg. Mais, si un ministère de coalition est possible entre hommes appartenant au même camp politique et ne différant que par des nuances d’opinion, il n’a aucune chance de durée lorsqu’il est formé de personnages de droite et de gauche, car certains principes ne souffrent aucune transaction. Aussi le comte Taaffe, se voyant refuser les fonds secrets, donna-t-il sa démission (avril 1880) ; il la reprit, par l’excellente raison qu’on ne lui trouva pas de successeur, mais le3 ministres du parti libéral - allemand démissionnaires ne furent point remplacés par des membres de la majorité de droite. On donna leurs portefeuilles à des fonctionnaires, ce qui parut indiquer que l’on voulait avoir un ministère d’affaires a défaut d’un ministère de couleur politique tranchée. Mécontent de cette nouvelle combinaison, qui ne donnait point satisfaction à ses idées de suprématie, le parti allemand ne négligea aucune occasion de faire de l’opposition au comte Taaffe : à la Diète de Bohême, dans les réunions du tir fédéral, dans les assemblées de Brûnn et de Carlstad, aux fêtes du centenaire de la mort de Joseph II, ils affirmèrent leur mécontentement contre des ministres qu’ils accusaient de favoriser le développement national chez des races autres que la germanique. Unis pour faire au cabinet de l’opposition, ils se divisèrent d’ailleurs eu deux groupes : «ente-cinq députés austro-allemands, sous la direction du comte Hohenwart, proclamèrent leurs tendances conservatrices et cléricales et dénièrent à la fraction libérale le droit de s’intituler exclusivement ■ parti national ». Au milieu de ces luttes continuelles, le comte Taaffe chercha à détourner l’attention publique de ces discussions forcément stériles vers un objet

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plus immédiatement pratique. Il songea à profiter de l’amélioration de la situation financière pour entreprendre de grands travaux d’intérêt général, notamment pour compléter le réseau des chemins de fer et des canaux, en un mot, créer l’outillage qui permettrait au pays de profiter de ses ressources naturelles -, il concéda (octobre 1880) à une compagnie financière française la constitution d’une « Banque impériale privilégiée des Pays autrichiens •, destinée à prêter au gouvernement un concours actif dans l’exécution de ses projets économiques. Cette fondation utils était en même temps une réponse aux virulentes attaques des Austro-Allemands et un moyen pour le cabinet de se soustraire à l’opposition financière des établissements germaniques.

Au mois de mars 1881,1a droite cisleithane fit passer une loi portant que l’enseignement primaire serait obligatoire pendant six années seulement au lieu de huit et remplaçant l’enseignement quotidien des deux premières

années par des cours de répétition et de perfectionnement. Cette mesure était nécessaire

dans les pays de montagnes où les enfants ont, pour se rendre à l’école, de très longues distances à parcourir ; mais elle rencontra une très vive opposition chez les Allemands, dont la loi précédente était l’œuvre. A quelque temps de là, le comte Taaffe, dont la politique consistait à grouper autour de lui les conservateurs par des concessions économiques et administratives, les cléricaux par des concessions dans le domaine scolaire, les nationalités dans la question de leur autonomie, décida de dédoubler l’Université de Prague en université allemande et en université tchèque, conformément & d’incessantes réclamations de la Bohême. Le parti germanique signala cette création comme une concession déplorable faite aux séparatistes et aux cléricaux ; il montra les Tchèques prêts à profiter de cette faiblesse pour réclamer un Parlement particulier. Au contraire, les Tchèques prétendaient que cette Université, dont les Allemands réclamaient la propriété exclusive, avait été fondée par un roi de Bohème et divisée par Charles IV en quatre nations, • afin que chacun y pût étudier dans la langue de son pays ». En elle-même, cette question était d importance médiocre, mais elle se rattachait à la lutte qui se poursuit entre la Bohême et l’Autriche, entre les centralistes et les fédéralistes. Des rixes sérieuses éclatèrent à Prague (juin 1881) entre étudiants des deux langues, et les Germains échangèrent avec leurs frères d’Allemagne des adresses de chaleureuse sympathie. Kn même temps que cette satisfaction était donnée aux Slaves, un rescrit impérial réglait l’incorporation des confins à la Croatie et à l’Esclavonie, par conséquent, aux pays de gouvernement madgyar ; les élections hongroises qui suivirent renouvelèrent le Parlement dans le sens du parti libéral, favorable au gouvernement. De plus en plus irrités, les libéraux allemands du Reichsrath se groupèrent sous le nom de « gauche réunie > ce publièrent le programme suivant : • Pénétrés de la nécessité d’établir sur des bases solides une action parlementaire uniforme ; déterminés par les dangers manifestes auxquels est exposée la situation des Allemands en Autriche, situation justifiée par l’histoire et inséparable des conditions d’existence de l’empire ; reconnaissant que la politique du gouvernement actuel menace l’unité de l’État, les institutions libérales et les intérêts nationaux des Allemands, ainsi que ceux des autres nationalités qui aspirent, de concert avec les Allemands, au développement du progrès et de la liberté, les soussignés s’unissent pour protéger les intérêts de l’État et de la nation allemande, aujourd’hui menacés, et, en premier lieu, pour lutter contre la politique du gouvernement actuel. »

En portant que la Bosnie et l’Herzégovine seraient • occupées et administrées » par l’Autriche-Hongrie, le traité de Berlin n’avait pas entendu supprimer la suzeraineté ottomane sur ces provinces. Lors donc qu’une loi soumit, en 1881, les Bosniaques et les Herzêgoviniens au service militaire, cette mesure, qui constituait, à n’en pas douter, un acte de suzeraineté, puisqu’elle les obligeait à ■ participer personnellement à la défense du pays et de la monarchie », la Porte protesta contre cette violation de ses droits ; pourtant, une entente demeurée secrète mit tin à l’incident (1882), et ce fut là le premier succès diplomatique remporté par le comte Kalnoky, qui avait succédé au baron Haymerlé, mort subitement l’année précédente-Mais le calme était à peine rétabli de ce côté qu’une insurrection éclata dans le district de Crivoscie (Dalmatie), dont les habitants, désireux d’être unis avec le Monténégro, avaient trouvé un prétexte de révolte dans la résolution prise par le gouvernement viennois de leur imposer le service militaire obligatoire. Les musulmans bosniaques et herzêgoviniens, à l’égard desquels, on vient de le voir, une décision analogue avait été prise, et les chrétiens de ces provinces, libres de toute conscription sous la domination turque, firent cause commune avec les Crivosciens. Il fallut trois mois au général Jovanovics pour venir à bout des insurgés. La Délégation hongroise, charmée de rencontrer une nouvelle occasion de manifester ses idées ami AUTR

slavtstes, réduisit de t millions de florins (avril 188Î) les crédits proposés par le gouvernement pour pacifier définitivement les provinces. Le ministre commun des Finances, M. Szlavy, Hongrois d’origine, et, comme tel, hostile à la politique de l’Autriche en Orient, profita de la circonstance pour donner sa démission, et son successeur, M. de Kallay, dont les idées étaient toutes différentes, commença par supprimer la ligne douanière qui séparait la Bosnie et l’Herzégovine de Autriche, C’était un premier pas fait vers l’annexion pure et simple. À ce moment, le parti ■ ultra-national allemand », mécontent des concessions faites à l’élément slave par le cabinet Taaffe, se rallia, à la voix de M. de Schœnerer, autour de ce programme : la Dalmatie, la Bosnie et l’Herzégovine seront rattachées à la Hongrie ; la Galicie et la Bukovine resteront à l’Autriche avec une large autonomie. De cette manière, les provinces allemandes, débarrassées des Slaves, pourraient, a leur aise, suivre le mouvement germanique.

Les Slaves, en effet, devenaient de plus en plus influents. Aux élections qui eurent lieu en juin 1883 pour la Diète provinciale de Bohême, les Tchèques disposèrent de 167 sièges, tes Allemands de 75. Ces derniers ne l’empurtèrent que dans le vote des Chambres de commerce, mais succombèrent, dans tous les autres collèges, sous des majorités écrasantes. Pour la première fois depuis l’introduction du système représentatif en Autriche, la prépondérance échappait aux Allemands dans la représentation provinciale de la Bohême ; la coalition du parti féodal et des Slaves était maîtresse des deux tiers des voix requises pour assurer la validité des décisions de l’Assemblée ; en un mot, les Tchèques, sortis, à l’appel du comte Taaffe, de l’abstention dans laquelle ils s’étaient renfermés si longtemps, se trouvaient libres chez eux : il ne leur manquait 3ue quinze voix pour disposer de la majorité es trois quarts nécessaire pour modifier le statut organique de la province. La Transleithanie n’échappa point à cette agitation des nationalités, qui avait valu à la Hongrie son autonomie, et que la politique du comte Taaffe avait naturellement contribué à activer. À Agram, des affiches et des écussons madgyars furent détruits par la population, et la Diète croate, sans s’associer a l’émeute, n’hésita pas à proclamer les droits de la langue et des armes nationales : l’ordre fut profondément troublé. Les ministres communs, convoqués par l’empereur, prescrivirent le rétablissement des écussons aux armes hongroises et autorisèrent le cabinet transie ith an à prendre les mesures militaires qu’il jugerait urgentes ; mais ils convinrent en même temps que, aussitôt cette satisfaction donnée à la dignité de la couronne de saint Étienne, une loi interviendrait pour concilier tous les amours-propres, en alliant les armes de Hongrie et de Croatie sur les monuments publics. La promesse de cette concession toucha si médiocrement les Croates que les faits incriminés se reproduisirent sur divers points du territoire, et que le ban donna sa démission, afin de ne point appliquer les mesures prescrites par le gouvernement. Le mouvement embrassa bientôt toute la Zagorie, s’étendit jusqu’à la frontière de Styrie et prit les caractères d’une véritable insurrection. Le ban démissionnaire, destitué par l’empereur, mais porté aux nues par les Slaves, fut remplacé par un commissaire impérial investi de pleins pouvoirs. La proclamation de l’état de siège n’arrêta ni les désordres ni les rixes, et la suspension de la Constitution ne fit que surexciter les esprits jusqu’au jour où les écussons avec inscriptions en deux langues furent légalement enlevés des édifices publics d’Agram et où ils cédèrent la place à des écussons sans inscriptions (1883). La Diète d’Agram n’en persista pas moins dans ses tendances séparatistes, et, pour éviter la mise en accusation du ministère qui avait suspendu les garanties constitutionnelles à l’époque des troubles, un rescrit impérial prorogea brusquement la session.

Au début de l’année 1884, M. Tisza en Hongrie, M. Taaffe en Autriche, eurent à soutenir deux rudes assauts législatifs. La Chambre haute transleitbane, malgré les efforts du premier ministre, rejeta un projet de loi autorisant les mariages entre juifs et chrétiens : ce résultat, dirigé contre les libéraux, irrita d’autant plus vivement l’opinion qu’il fut atteint grâce seulement à l’appoint d’un certain nombre de seigneurs autrichiens qui, pour la première fois depuis de longues années, avaient réclamé leur droit de siéger au Sénat mudgyar. En Cisleithanie, les libéraux allemands essayèrent de renverser le cabinet Taaffe sur une motion du député Wurinbrand, tendant à reconnaître à l’allemand le caractère de langue officielle. Ils échouèrent dans leur tentative ; mais, à peine débarrassé de ce côté, le comte Taaffe eut à prendre des mesures d’un autre ordre. Deux crimes, paraissant inspirés par la vengeance politique, ensanglantèrent à courte distance la banlieue de Vienne : à six semaines d’intervalle, deux agents de police y furent assassinés, en même temps que plusieurs fonctionnaires recevaient des lettres de menaces. Ce double attentat, la mise en pratique des procédés de terrorisation fami-