Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 3, part. 2, Caq-Cel.djvu/155

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CASO

— Encycl. Le genre casoar (casuarius) paraît intermédiaire entre les gallinacés et les échassiers ; mais sa place dans la classification naturelle n’est pas encore bien fixée. On s’accorde toutefois à le regarder comme très-voisin de l’autruche et assez rapproché de l’outarde. II a pour caractères ; un bec droit à dos caréné, arrondi et fléchi à la pointe ; la tête surmontée d’un casque osseux ; le Cou nu et garni de deux fanons ; les pennes de l’aile remplacées par cinq baguettes sans barbe ; les pieds robustes, charnus jusqu’aux doigts ; l’oncle du doigt interne deux fois aussi grand que les autres. Une seule espèce constitue ce genre, c’est le casoar à casque, dont ia taille est moindre que celle de l’autruche, car elle ne dépasse guère 1 m. 60, mais dont le corps est plus massif. Ses plumes, d’un brun noir luisant, sont lâches, décomposées, sans barbules, au point que, même vues de près, elles ressemblent à du poil d’ours ou de sanglier. Le croupion est dépourvu de queue et complètement caché par les plumes ordinaires, dont la longueur s’accroît à partir du cou. La tête et le haut du cou sont revêtus d’une peau ridée, d’un violet ardoisé sous la gorge, bleue sur les côtés, rouge vif derrière le cou. Les plumes y sont remplacées par quelques poils très-elair-semés. Elles manquent également au-devant du sternum, où l’on remarque une callosité produite par la pression du corps de l’oiseau quand il se couche. L’œil du casoar est petit, à iris jaune clair, et garni d’une rangée arrondie de poils noirs simulant des sourcils, ce qui donne à sa physionomie une expression dure et farouche. Au bas du cou pendent des caroncules miparties de rouge et de bleu.

Une des particularités les plus remarquables que présente le casoar est le casque qui surmonte sa tête ; il est constitué par une saillie de l’os frontal, d’un tissu celluleux, qui augmente de volume à mesure que l’animal

grandit, et paraît affaisser la partie supérieure des orbites. Cette singulière protubérance est recouverte d’une membrane formée de couches concentriques de nature cornée. Ce casque, dont la hauteur atteint presque 0 m. 10, est brun par devant et jaune partout ailleurs. Le casoar habite surtout les forêts profondes de l’Ile Céram ; on le trouve aussi dans la région sud-est de l’Asie, à Java, à Sumatra, aux Moluques et dans quelques autres Iles de l’archipel Indien. Importé à Amboine, il s’y est naturalisé et domestiqué ; mais il ne se multiplie beaucoup nulle part. C’est en 1597 que le casoar a été apporté de de l’Ile Java en Europe par les Hollandais. En France, le casoar a paru pour la première fois à la ménagerie de Versailles, en 1671. Cet oiseau vit le plus communément par couples solitaires, et loin des habitations. Sa démarche bizarre et saccadée ne l’empêche pas d’être excellent coureur. Il est d’un naturel stupide, sauvage, méchant même, lorsqu’il est en liberté. À l’époque des amours surtout, il est pris d’une sorte de frénésie qui le rend très-dangereux. La femelle est moins farouche. Le cri ordinaire du casoar est une sorte de grognement guttural qu’on peut rendre par hou ; mais, lorsqu’il est en colère, il fait entendre un bourdonnement ronflant, assez analogue au bruit lointain du tonnerre ou d’une voiture. Les pieds du casoar sont pour lui une arme offensive et défensive, avec laquelle il détache de vigoureuses ruades ; on prétend même qu’il s’en sert pour lancer des pierres en arrière. On l’a vu quelquefois frapper les arbres de ses pieds, afin d’en faire tomber les fruits. Le casoar paraît assez facile à apprivoiser ; en domesticité, il mange indifféremment tout ce

qu’on lui donne, et boit quatre à cinq litres d’eau par jour. À l’état sauvage, il se nourrit d’œufs, de fruits et même de petits animaux. La femelle, quand elle veut nicher, creuse un trou dans le sable ; elle y dépose trois ou quatre œufs cendrés, verdâtres vers le gros bout et parsemés en cet endroit de tubercules d’un vert ^plus foncé. Ils sont un peu moins gros que ceux de l’autruche, mais plus allongés. Pendant le jour, ils restent exposés à la chaleur solaire ; la nuit, la femelle seule les couve. Les petits naissent au bout d’un mois environ ; dans leur jeunesse, ils sont dépourvus de casque et couverts seulement d’un duvet bariolé de roux clair et de blanc grisâtre. Le casoar pourrait probablement être naturalisé en Europe et rendu domestique ; des essais nombreux ont déjà été faits dans ce sens, avec des résultats qui rendent le succès presque certain. Sa chair, d’assez mauvais goût suivant les uns, excellente selon d’autres, mais fort abondante dans tous les cas, pourrait former un utile appoint à nos viandes de boucherie.

Le casoar de la Nouvelle-Hollande diffère assez du casoar à casque pour former un genre nouveau, sous le nom de drosiéjb. V, ce mot.

CASOLA, bourg du royaume d’Italie, province de Naples, district et à 4 kilom. E. de Castellamare ; 2,200 hab. Récolte de vins très-estimés.

CASOLANE s. f. (ka-zo-la-ne). Hortic. Variété de pomme cultivée en Italie..

CASOLANI (Alessandro), peintre italien, né

h Sienne en 1552, mort en 1606. Le Guide te- ;

nait en grande estime le talent de ce peintre, !

dont on voit plusieurs compositions dans di- i

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verses églises de Sienne, entre autres un Christ au jardin des Oliviers. — Sonata Cristoforo ou llario Casqï, ani, né à Sienne en 1588, mort en 1661, acheva plusieurs peintures commencées par son père ; il se rendit ensuite à Rome, où le pape Urbain VIII lui confia de nombreux travaux.

CASOI.I, bourg du royaume d’Italie, dans l’Abruzze Citêrieure, district et a 15 kilom. S.-O. de Lanciano, ch.-l. de cant. ; 5,852 hab.

CASONI (Gui), littérateur italien, né à Serravale, dans le Trévisan, vers la fin du xvi« siècle, mort en 1640. Il fut un des fondateurs de l’Académie dey li Incogniti, à. Venise, et il laissa diverses compositions qui furent réunies en un volume, dont la onzième édition parut à Venise en 1640.

CASONI (Philippe), historien italien, né dans la seconde moitié du xvne siècle. On lui doit une Vie du marquis de Spinola, le preneur de villes (Gênes, 1691) ; une Histoire de Louis le Grand (1706-1720, 3 vol.) ; et les Annales de la république de Gènes du xvi» siècle (Gênes, 1708, in-fol.)

■ CASONI (Philippe), cardinal italien, né à Sarzana en 1733, mort en 1810. En 1786, Pie VI le nomma vice-légat à Avignon, et ce fut sous son administration que cette ville, avec le territoire environnant, fut enlevée à la domination du pape pour être réunie à la France républicaine. Il fut ensuite envoyé à Madrid en qualité de nonce, et il y resta jusqu’à la translation de Pie VI en France. Pie VII, après l’avoir élevé à la dignité de cardinal, le nomma préfet du consistoire.

CASOHATE, bourg du royaume d’Italie, province et à 15 kilom. N.-O. de Pavie ; 2,500 hab. Célèbre par la victoire des Milanais sur les Allemands, en 1336.

CASOtUA, ville du royaume d’Italie, province et a 10 kilom. N.-E. de Naples, ch.-l. du district de son nom ; 8,000 hab. Élève de vers à soie ; patrie du peintre Pierre Martino.

CASOTTI (Jean- Baptiste), littérateur italien, né à Prato (Toscane) en 1669, mort en 1737. Il fut chargé d’instruire le prince électoral de Saxe, Frédéric-Auguste, qui fut appelé plus tard à régner sur la Pologne. Casotti fut ensuite pourvu d’un canonicat à Prato, puis nommé curé de Sainte-Marie dell’ Impruneta. On lui doit, entre autres ouvrages remplis d’érudition : Vita di Benedetto Suonmattei ; Délia fondazione del regio monastero di SànFrancesco délit Scarioni di Napoli (Florence, 1722) ; Pratenses olimprœpositi nunc episcopi.

CASPARÉE s. f. (ka-spa-rê — du nom de Gaspard Bauhin, célèbre botaniste). Bot. Genre de végétaux ligneux, de la famille des légumineuses, tribu des eésalpiniées, formé aux dépens des bauhinies, et comprenant un petit nombre d’espèces, qui croissent dans l’Amérique tropicale. Il On dit aussi casparie.

CASPAIU (David), théologien et philosophe allemand, né à Kcenigsberg en 1648, mort à Riga en 1702. Il professa la philosophie et la théologie, d’abord dans sa ville natale, puis à Riga. On a de lui, entre autres ouvrages : Triga thesium philosophicarum, etc. (Kœnigsberg, 1674) ; De origine et progressu dialectices (Riga, 1680) ; De dubitatione cariesiana (1682) ; Elhica, sive Phitosophia moralis ad mentem méthodumque Aristotelis digesta (L695) ; Pra>lectiones de futuri theologi studiisphilologicis et philosophicis, etc. — Son fils, George Caspari, fut pasteur à Riga, et publia plusieurs ouvrages de théologie, entre autres : Disputatio de descensu Christi ad inferos.

CASPAIU (Jean), écrivain ascétique allemand, né à Mergentheim au xvhc siècle. Il était de l’ordre des capucins et on lui doit, outre quelques livres de piété en allemand : ûirectorium confessariorum (Francfort-sur-le-Mein, 1691) ; Ûctena Mariana, seu octo coronce stellœ Mariœ in festis ejus pressentandœ (1692).

CASPAKI (Charles-Paul), érudit allemand, né à Dessau en 1814. Il est professeur de théologie à la faculté de Christiania depuis 1847. Il s’est fait connaître par des travaux philologiques et des études théologiques ; nous citerons, entre autres : une édition de l’Enchiridion studiosi, de l’Arabe Borhan-ed-Dins (1838) ; Manuel d’exégèse pour les prophètes de l’ancienne alliance ; Études de théologie biblique et de critique apologétique (1842) ; Introduction au livre d’Isaîe et à une histoire de son temps (1848) ; une Grammaire arabe (1848) ; De la guerre syriaque, etc. (1848) ; une traduction des Psaumes en langue norvégienne (1851) ; Afichée et sa prophétie (1851). Ces divers écrits l’ont placé au rang des meilleurs théologiens du nord de l’Europe.

’ CASPATYBUS, ville appelée aussi Caspapyrus par les auteurs grecs, et située sur les confins de l’Inde, dans le district de Pactyïce. On a cherché à identifier cette ville, qui semble avoir été très-importante, avec une ville moderne. Il y a sur ce point deux opinions différentes : les uns veulent voir Caboul dans Caspatyrus, et les autres Cachemire. C’est cette dernière hypothèse qui semble, sinon la plus vraisemblable, du moins la moins attaquame. Elle a de plus le mérite de s’appuyer sur des considérations sérieuses de linguistique. En effet, le nom de la ville de Cachemire est en sanscrit Kasyapapvr, qui, contracté en kaspapur, nois donne précisément le nom Caspapyrus, qu’on trouve dans quelques auteurs grecs

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pour Caspatyrus. D’autre part, il est certain que, chez les Grecs, le mot Caspeiria, très-voisin de celui de cette ville, désigne la contrée de Cachemire.

CASPE, ville d’Espagne, province et à 80 kilom. S.-E. de Saragosse, au confluent du Guadalupe et de l’Ebre, chef-lieu de juridiction civile ; 9,000 hab. Fabriques de draps, chapeaux, savons ; distilleries d’eau-de-vie. Récolte abondante d’huile et de soie. Commerce de laines. En 1412, il se tint à Caspe un congrès dans lequel Ferdinand de Castille fut appelé au trône d’Aragon.

CASPER (Jean-Louis), médecin allemand, né en 1796, mort en 1863. Il fut reçu docteur à l’université de Halle en 1819, s’établit à Berlin, à la suite d’un voyage en France et en Angleterre, et devint membre de divers conseils, comités et commissions médicales officielles. En 1839, il fut nommé professeur à l’université, et directeur de l’École pratique de médecine en 1841. Comme praticien, il était très-connu en Allemagne. Membre de plusieurs sociétés savantes, le docteur Casper publiait depuis 1833 le Journal hebdomadaire de médecine. En 1831, i ! avait fait paraître une Gazette du choléra. Ses principaux ouvrages sont : sa thèse, De phlegmasica alba dolente (1819) ; Caractéristique de la médecine française et de ses rapports avec la médecine anglaise (1822) ; Des lésions de l’épine dorsale, etc. (1823) ; Essais de statistique médicale et de médecine officielle (1825-1837, 2 vol.) ; Principes de statistique médicale et de médecine administrative (1846) ; Autopsies judiciaires (lS5l) ; De l’influence du mariage sur la durée de la vie humaine, etc.

CASPERL, nom d’un des bouffons modernes du théâtre allemand, espèce de Jocrisse par les traits principaux du caractère, sinon par le masque et par le costume. Casperl est toujours un jeune paysan autrichien qui fait rire par la naïveté de ses réflexions et par la bêtise de ses projets. Il règne en maître sur un théâtre de Vienne qui a même pris son nom, et qui s’appelle aujourd’hui Casperltheater. Ce type se concilia tellement la faveur publique, qu’on appela Casperle une pièce de monnaie dont la valeur était celle d’une place de parterre au théâtre du bouffon, L autorité classique de Gottsched avait banni de la scène, à la fin du xvnra siècle, la figure comique du Hanswurts, le Polichinelle allemand ; Casperl le remplaça, et son influence devint si grande que plusieurs littérateurs ont conseillé de se servir de son masque pour répandre dans le peuple des vérités utiles à son développement intellectuel et moral. On cite un certain La Roche, qui, dans le rôle de Casperl, s’acquit une grande célébrité à Vienne.

CASPIEN, IENNE s. et adj. (ka-spi-ain, i-è-ne). Géogr. anc. Habitant des bords de la mer Caspienne ; qui appartient à ces pays ou à leurs habitants : Les Caspiens. Les Scythes

CASPIENS.

Mer Caspienne ou substantiv. Caspienne, Nom donné par quelques géographes a toute grande étendue d’eau salée qui n’est pas en communication avec la mer : Une Caspienne, Une mer caspienhe,

CASPIENNE (mer). Les géographes anciens, dit Klaproth, dans ses savants Mémoires relatifs à l’Asie, donnaient à la mer Caspienne le nom de mer d’Hyrcanie. Les Arabes du moyen âge l’appelaient la mer des Khazaris (bahr-el-khazar), de Djordjan, de Dilem, de Ghilan, du Tabaristan, de Bakou, etc. Les histoiens chinois du temps de Jésus-Christ l’appellent Si-hai, mer Occidentale ; les Slaves khwalinskoemorej d’après le nom des Khwalisser, peuple qui habitait entre les bouches du Volga. On lui donnait aussi le nom de mer d’Astrakhan. Les différentes tribus turques qui vivent sur ses bords t’appellent tout simplement la Mer (Deniz), ou la mer Blanche (Akdenis). Les Persans la connaissent sous la dénomination de kolzoum (voir à Kolzoum l’origine de ca mot). Les Géorgiens seuls lui donnent un nom qui se rapproche tout a fait de celui de Caspienne : ils 1 appellent Kaspis zghwa. Les premiers renseignements qu’on a obtenus en Europe touchant la mer Caspienne Sont dus à Antoine Jenkinson, négociant anglais qui, en 1557, essaya d’établir des relations commerciales aveo les pays de l’est. Jean Struys, Hollandais qui, en 1670, alla sur un bâtiment d’Astrakhan en Perse, a donné une carte dans laquelle la forme de la mer Caspienne est singulièrement dénaturée. Ce ne fut que sous le règne de Pierre le Grand qu’on obtint des notions plus positives sur la situation et l’étendue de cette mer. Enfin Kojin, Gradin, Mouraviev, Fraser et d’autres voyageurs fixèrent définitivement la superficie de la mer Caspienne. Cette vaste étendue d’eau, le plus grand des lacs salés du globe, baigne une partie de l’Europe et de l’Asie ; elle est comprise entre 36"> 36’ et 47° 23’ de lat. N. et entre 44» 10’ et 52» 2o’ de long, orientale. Sa plus grande longueur du N. au S. est de 1,200 kilom. ; sa plus grande largeur, dans sa partie septentrionale, mesure 650 kilom., tandis que sa moindre largeur, au cap Bakou, est de 190 kilom. Les sondages récemment faits ont donné une profondeur moyenne de 105 m. ; cependant, vers le milieu, le fond n’a pas été trouvé à 900 m. de profondeur. Superficie 31,000,000 heet.

Une Importante question de géographie physique et de géologie est celle qui est relative

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à l’étendue qu’occupait jadis la mer Caspienne, et au niveau actuel de ses côtes. Il est généralement admis aujourd’hui que cette mer était anciennement beaucoup plus considérable que de nos jours. Cette opinion est basée suf les témoignages des auteurs anciens et sur les observations des voyageurs modernes. Selon Pline et Strabon, les marchandises de l’Inde pouvaient arriver en Europe par l’Icharus, affluent de l’Oxus, jusqu’à la mer Caspienne ; de cette mer, elles remontaient le Cyrus, d’où on les transportait par terre jusqu’au Phasis, qu’elles descendaient jusqu’au Pont-Euxin, rayonnant de là librement dans toutes les parties de l’empire romain. Quelques géographes modernes ont voulu contester l’autorité de ces auteurs, en prétendant que leurs paroles étaient obscures et que leurs connaissances géographiques étaient très-restreintes et très-incomplètes ; ils ont appliqué à l’état actuel du bassin de la mer Caspienne les paroles de Pline et de Strabon, qui y font affluer l’Oxus, fleuve qui, sous le nom moderne d’Amou-Deria, se jette aujourd’hui dans le lac d’Aral ; mais ils n’ont pas voulu admettre <jue l’état de ce point du globe n’est plus ce qu’il était à l’époque où écrivaient ces auteurs. Leur objection n’est donc pas sérieuse et n’infirme en rien les témoignages des voyageurs qui ont visité les localités. C’est ainsi que Pallas s’est rangé de l’avis des anciens en admettantque le lac Aral faisait autrefois partie de la mer Caspienne. En outre, il est un fait certain, attesté par les voyageurs russes, c’est le dessèchement graduel des lacs et des rivières dans la partie occidentale de l’Asie. Ainsi le colonel George de Meyendorf, dans son voyage d’Orenbourg à Boukhara en 1820, a reçu de la bouche de plusieurs vieux Rirghiz l’assurance formelle que, dans leur jeunesse, ils avaient vu les flots du lac Aral baigner quelques endroits situés à 8 ou 10 kilom. dans les terres. A 40 kilom. N. de ce lac, la colline de Sacri-Boulak présente à son sommet et sur ses flancs des amas de coquilles épais de 1 m. À 1 m. 50, et une grande quantité de squelettes de poissons que les Kirghiz prétendent avoir été déposés par les eaux de l’Aral. Tous ces faits, dit le colonel russe, prouvent combien la diminution de l’Aral est considérable et rapide. L’autorité de ce témoignage est confirmée par la relation du voyage du général Mouraviev, qui a reconnu les anciens rivages de la mer Caspienne entre les côtes actuelles de cette mer et la pointe méridionale du lac d’Aral. Le général russe a même suivi l’ancien lit de lAmou-Deria ou de l’Oxus jusqu’au petit golfe de Balkan, dans la mer Caspienne. Un tremblement de terre serait, selon la tradition des’ Khiviens, la cause du changement survenu dans ces contrées. Si l’on objectait que, entre le lac Aral et la mer Caspienne, il existe des chaînes de montagnes, nous ferions observer

2ue ces chaînes n’ont généralement que 100 m.élévation, et que, dans la mer et le lac réunis, ces montagnes ne formaient que de petites Iles, comme celles que l’on trouve dans la mer Caspienne et que nous citons ci-après. Il paraît donc bien constant que les anciens n’avaient pas tort de donner a cette mer une étendue beaucoup plus vaste de l’ouest à l’est qu’elle ne l’est de nos jours, et que, s’ils n’ont point parlé du lac Aral, c’est que ce lac n’existait pas encore.

Telle qu’elle est à présent, la mer Caspienne a été l’oojet d’études hydrographiques très-sérieuses de la part du gouvernement russe ; la superficie de 31,000,000 d’hectares que nous avons déjà indiquée embrasse, mais d’une manière approximative, le lac Amer, que les Turcomans appellent Kouli-Deria (mer du Serviteur). Cette espèce de golfe ou de lac, qu’aucun navigateur européen n’a encore complètement exploré, passe chez les Turcomans pour renfermer un gouffre dans lequel les eaux de la mer Caspienne sont absorbées. Ces peuples y naviguent avec crainte ; ils prétendent aussi que tous les êtres vivants redoutent d’en approcher ; que les animaux ne s’y abreuvent jamais ; que ses eaux sont mortelles et d’une amertume extrême, et que les poissons mêmes s’en éloignent. Ce lac communique avec la mer Caspienne par un détroit appelé Karabogus, dont l’étendue est évaluée par le général Mouraviev à environ 15 kilom. de longueur. Au sud du lac Amer s’étend le golfe du Balkan, qui tire son nom des montagnes qui l’entourent au N. et à PE., sur une étendue de 135 kilom. Au nord du lac Amer, on trouve le golfe Alexandre ; enfin, plus au nord encore et à peu près à la même distance du golfe, on en rencontre un autre, le golfe Mort. C’est le plus septentrional des golfes de la côte orientale de la mer Caspienne, de même que celui d’Asterabad en est le plus méridional. Toute la partie dont nous venons de décrire les principaux contours est assez profonde ; mais sur le côté opposé, où l’on voit les bouches de l’Oural, du Volga, du Terek, du Kour ou Cyrus, la côte est basse et couverte de joncs et de sables, à tel point.que les navires ne peuvent y naviguer qu’à 3 kilom. du rivage. Au sud de l’embouchure du Kour s’étend le golfe de Saiian ou de Kyzyl-Agatch, et plus au sud encore celui de Zinzili, grand golfe de 20 kilom. de pourtour, entouré de hautes montagnes et de forêts. C’est dans ce groupe environnant que se trouve ie Demavend, de forme conique et couvert de neiges éternelles. D’après les derniers sondages faits dans cette partie de la mer Caspienne) le fond est composé de gravier, de sable coquillier et de vase. La navi-