Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 3, part. 2, Caq-Cel.djvu/160

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Boutelou, chantant les rôles d’Agamemnon, d’Oreste, d’Egisthe et d’Arcos ; de Mlles Jouvenet, Desmoutiers, Poussin et Loignon, dans les rôles de Clytemnestre, de Cassandre, de Céphise et d’Uione. Le poète a choisi pour son sujet la première partie de YOrestie d’Eschyle, dont M. Paul Mesnard vient de donner une remarquable traduction en vers. L’œuvre du vieux tragique ne peut se prêter aux convenances de la scène lyrique. Dans ces sortes de drames, ]ft musique doit céder la place à l’action et ne peut intervenir que par moments dans des chœurs, ainsi que les poètes anciens l’ont toujours compris et indiqué.

CdflAandro implorant la vengeance de Alinewo, tableau de Jérôme-Martin Langlois ; musée du Louvre. Ld fille de Priam est assise, ou plutôt renversée au pied de l’autel de Minerve, les mains liées derrière le dos. Elle lève les yeux vers la statue de la déesse et semble demander vengeance contre Ajax, qui l’a outragée. Le mouvement pénible de son corps exprime la souffrance, et 1 air de son visage est suppliant. Elle est entièrement nue ; les pièces de ses vêtements sont dispersées sur [es marches de l’autel. Un diadème ceint encore son front ; c’est le seul signe qui annonce que la victime est la fille des rois. Sous le péristyle du temple, un soldat arrache une jeune vierge des bras de sa mère, qu’il menace d’égorger. Cette scène épisodique rappelle et explique celle qui vient de se passer dans l’intérieur du temple. On aperçoit dans le fond, à droite, la ville de Troie dont l’incendie commence. Ce tableau, exécuté dans la manière de David, se recommande par la pureté du dessin. La noblesse du visage et la perfection des formes, dans Cassandre, caractérisent bien cette beauté dont Apollon fut épris. Une lumière blafarde, de fortes ombres et une couleur rougeàtre répandent sur l’ensemble une certaine tristesse de tons qui convient au sujet. Cet ouvrage, exposé au Salon de 1817, fut acquis en 1819 pour la somme de 2,000 fr., et figura longtemps au musée du Luxembourg.

Cns«andre, statue en marbre, de Pradier j musée d’Avignon. Cette statue, qui a paru au salon de 1843, représente une femme nue, couchée et comme affaissée sous le poids de la douleur. Les formes ont une exquise sua» vite de contours et les chairs semblent palpiter, tant il y a de souplesse dans le travail du marbre ; mais, comme beaucoup d’autres œuvres du célèbre artiste, celle-ci pèche par l’absence de caractère, surtout de caractère historique. Ce défaut a été vivement critiqué par l’auteur anonyme du compte rendu de l’exposition de 18-13, dans la lieoue indépendante : > Est-ce bien là Cassandre, la prétresse inspirée, la prophètesse de la fatalité, ou plutôt (telle est la grandeur de cette figure dans Homère) la fatalité même, qui a revêtu le corps d’une femme pour annoncer ses décrets aux Grecs et aux Troyens ? Quant à nous, nous ne pouvons voir dans cette figure qu’une femme couchée, qui a une défaillance équivoque entre la souffrance et l’ivresse. M, Pradier lui aura donné le nom de Cassandre, coimno il lui aurait donné le titre d’Odalisque, de ISacchunle fatiguée, tout simplement pour lui donner un nom. Après avoir blâmé ce manque de caractère historique chez M. Pradier, nous ajouterons, pour être juste, que la tête serait assez belle si la pose permettait de la voir, que le cou et les bras ne sentent pas la préoccupation excessive du rendu de la chair qui se fait remarquer dans le reste de la figure.» Une fresque antique (du musée des Études (Naples), provenant de Pompéi, re Ïirésente Cassandre consultant Apollon sur es destinées de Troie. — La villa Borghèse possède un beau bas-relief antique ou l’on voit la prêtresse, les cheveux en désordre, se cramponnant d’une main a la statue de Minerve et repoussant de l’autre main Ajux, qui cherche a l’entraîner hors du temple ; son désespoir est bien rendu, et l’attitude d’Ajax est des plus énergiques.

CASSANDRE, roi de Macédoine, fils d’Antipater, né vers 354, mort vers 206 av. J.-C. Il remporta sur Polysperchon, régent de la Macédoine, la victoire de Mégalopolis (318), qui lui livra la plupart des États de la Grèce, et en particulier Athènes, où il établit le régime aristocratique, sous le gouvernement de Démétrius de Phalère. En Macédoine, il fit périr Olympias, mère d’Alexandre le Grand, entra dans la famille du conquérant en épousant sa sœur Thessalonique, se rapprocha du trône par le crime, en se débarrassant du jeune Alexandre jEgus et de sa mère Roxane, et, après la bataille d’Ipsus (301), obtint dans le partage la Macédoine et la Grèce.

Casunndre, roman de La Calprenède, publié en 1649. C’est, avec Pharamond, Cyrus et Clèlie, un de ces ouvrages auxquels Boileau. ii fait allusion dans sa IX« satire :

Un roman, sans blesser les lois ni la coutume,

Peut conduire un héros au dixième volume. Cassandre, le héros du livre, est ce capitaine d’Alexandre qui fait le sujet de l’article précédent. C’est sur l’histoire de ce prince que La Calprenède a brodé son roman, en y ajoutant des épisodes tels que l’amour du roi des Scythes Orondate pour Statyra, et la fureur jalouse de Roxane, brûlant pour l’heureux Qrohdate.

En dépit de son énorme étendue, de ses conversations longues et fréquentes, qui ressemblent a des plaidoyers, de ses interminables

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monologues, qu’on prendrait pour des confessions générales plutôt que pour des réflexions de gens sensés, des fatigantes descriptions qu’il faut sauter à pieds joints ; malgré la complication de vin° : t intrigues différentes, de ces grands coups d’épêe, qui ne déplaisaient pas à Mm« de Sévigné ; en dépit de tous ces défauts, disons-nous, Cassandre, véritable poëme en prose, est une œuvre pleine d’imagination et bien conduite. Les situations sont intéressantes, les héros portent réellement le front haut et sont fièrement dessinés. Leur défaut est d’exagérer la vertu, d’outrer tous les nobles sentiments ; ce sont les stoïciens de la chevalerie, car, bien qu’ils vivent au temps d’Alexandre, ils rappellent les mœurs de la chevalerie en ses beaux jours. Ce roman ; écrit pour les gens du plus grand monde et du plus bel esprit, déguise sous des noms grecs et macédoniens les principales illustrations contemporaines de l’auteur. Leurs interminables conversations imitent le jargon précieux des merveilleux et galants seigneurs du temps, des belles, coquettes et spirituellea dames du xvno siècle. Les guerriers d’Alexandre, ces grands batailleurs, se tiennent des discours saupoudrés d’un sel tout parisien, se font mille petites perfidies encore plus parisiennes, s’adressent de charmants madrigaux et s’écrivent des lettres dans le goût de Voiture, de longues dissertations galantes renouvelées des cours d’amour. La chevalerie, dégénérée en galanterie dans les romans de 1 époque, se sentait à Taise avec la prose des boudoirs et des alcôves, et savait la parler avec un certain charme ; mais, dans la bouche des rudes capitaines d’Alexandre, ce langage amène le sourire sur les lèvres du lecteur et lui rappelle l’allégorie d’Hercule filant aux pieds d Omphale. Le style de La Calprenède, bien que parfois assez correct et ferme, tombe le plus souvent dans l’affectation et la mièvrerie, et Cassandre est bien plus à sa place franchissant le Cycnus a la nage, côte à côte avec Alexandre, que dirigeant une barque pavoisée de banderoles, avec des rames enrubannées, sur le fleuve du Tendre, pour

aborder a 111e de Cytbèrc.

CASSANDRE (Georges), théologien hollandais, né dans l’Ile de Cadsand en 1515, mort en 15S6. Après avoir enseigné la théologie à Bruges et à Gand, il alla se fixer à Cologne, et, après avoir bien médité sur les points qui divisaient les catholiques des protestants, il publia un livre intitulé : De officia pii mri in hoc dissidio religionis (Bàle, 1561), qui déplut également aux deux partis, parce que l’auteur s’y montrait trop ami de la vérité. Plus tard, sur la demande de l’empereur Ferdinand, il publia encore : Consullatio de artialis fidei inter papistas et protestantes controversis. Il composa aussi des Hymnes, des Annotations sur les poésies de saint Fortunat, etc. Ses œuvres ont été publiées par Cordes (Paris, 1616, in-fol.).

CASSANDRE (François), littérateur français, mort en 1695. Il avait composé des vers français assez médiocres. Boileau l’aimait beaucoup et l’assista souvent de ses conseils et de sa bourse. C’est lui qu’il a voulu peindre dans le Damon de sa première satire. Il est surtout connu par une assez bonne traduction française de la lihétorique d’Aristote (1654, in-4°), et par des Parallèles historiques (1680), dont Boileau faisait grand cas.

CASSANDRIA, nom que portait, au in» siècle av. J.-C. la ville de Potidèe, située dans la presqulle de Pallène, en Macédoine, it Petite presqu’île de l’empire ottoman, dans l’Archipel, entre les golfes de Salonique al’O. et de Cassandre àl’È, C’est l’ancienne presqu’île de Pallène.

CASSANEA (Jean-JosephdeMondonvii.lk), musicien français, né à Narbonne en 1715, mort en 1773. Il était surintendant de la chapelle royale de Versailles. Violoniste habile, il fut également un des compositeurs remarquables de son temps. Il a donné un certain nombre d’opéras, parmi lesquels on distingue surtout Tithon et l’Aurore, qui fut son triomphe comme compositeur.

CAS3A.NGE s. m. (ka-san-je). Linguist. Dialecte du bunda ou angola, parlé par les Cassanges.

CASSANGES, peuplade nègre d’Afrique, dans la Guinée inférieure, sur les côtes du Congo, Souvent en guerre avec les établissements portugais, les Cassanges ont pour capitale un village du nom de Cassanci, où Se tient un grand marché d’esclaves.

CASSANIONE (Jean), savant italien du xvie siècle, publia en 1587, à Spire, un ouvrage intitulé : De gigantibus eornmque retiquiis in Gallia repertis, neenon de admirandis gunrumdam viribus gui ad gigantum naturam proxime accidant. Ce livre fut traduit en allemand par J. Vogel,

CAaSiNO, ville du royaume d’Italie, dans la Calabre Citérieure, à 10 kilom. S.-E. de Castrovillari ; 6,000 hab. Ch.-I. de cant. ; siège d’un évêché suffragaut de Reggio ; séminaire épiscopal. Récolte de grains, fruits, coton, soie et soude. Fabrication de pâtes d’Italie, cuirs, toiles, cotons et soieries. Ruines d’un château fort. Aux environs, eaux thermales sulfureuses ; carrières de plâtre, il Bourg du royaume d’Italie, province de la Principauté Ultérieure, sur le Calore, district et '-*U kilom.

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S.-O. de San-Angelo-Lombardi ; 4,700 hab. Papeterie, il Bourg d’Italie, province de la Terre de Bari, à 27 kilom. S. de Bari, ch.-l. de canton ; 4,800 habl Fonderies de cuivre.

CASSANO-D’ADDÀ, bourg du royaume d’Italie, province et à 25 kilom. N.-E. de Milan, sur une colline au pied de laquelle coule l’Adda, et que traverse le chemin de fer de Milan à Bergame ; 2,000 hab. La position militaire de ce bourg sur la rive gauche de l’Adda l’a rendu le théâtre de plusieurs combats ; Eccelino le Féroce, chef des gibelins, y fut défait en 1259 ; le prince Eujgène y fut battu en 1705 par le duc de Vendôme ; enfin, en 1799, Souvarow, à la tête des Austro-Russes, y vainquit les Français commandés par Moreau. V. l’article suivant.

Cassano (batailles de).— I. Le dtic de Vendôme venait de succéder à Villeroi, en Italie, dans le commandement des armées françaises, dont l’une, celle de Piémont, était chargée de prendre Turin, et l’autre, celle de Lombardie, avait mission d’arrêter les progrès du prince Eugène. Vendôme, prince aussi intrépide que Henri IV, dont if était le petit-fils, n’apportait peut-être pas dans la conception de ses plans militaires autant de profondeur que son célèbre rival ; il négligeait trop les détails, laissait tomber la discipline et accordait une trop large part a la table et au sommeil ; mais, un jour d’action, il savait tout réparer par une bravoure intrépide unie à une rare présence d’esprit et à des lumières que le péril ne faisait que rendre plus vives. Les instructions du prince Eugène lui prescrivaient de se porter rapidement sur le Piémont, dont la capitale était assiégée par les Français. Il franchit l’Adige au-dessous de Pérouse avec 6,000 chevaux et 7,000 soldats d’infanterie, et se dirigea sur le Mincio pour rejoindré un corps de 7,000 hommes, descendus par le val Chiese à l’entrée du Bressan. Se voyant menacé par Vendôme, il changea ^le route, tourna le lac de Garda par le nord et parvint à opérer la jonction qu’il poursuivait. Vendôme accourut alors pour lui faire face, établit son armée dans une excellente position entre le lac et la Chiese, puis retourna en Piémont presser le siège de Chivasso, où s’était retranché le duc de Savoie, confiant le commandement a son frère le grand prieur (mai 1705). C’était là une inconcevable imprudence ; on ne comprend pas que Vendôme se soit laissé aveugler à ce point par l’amitié fraternelle. Ce grand prieur avait tous les défauts de son frère et les poussait à l’excès, mais ne possédait aucune de ses brillantes qualités. Paresseux, entêté, brutal, rongé par ta maladie, obligé de digérer sur place, comme le boa, le vin et les viandes dont il se gorgeait à chaque repas ; incapable, en un mot, de commander une compagnie de reîtres allemands ; tel était l’homme que Vendôme laissait à sa place pour tenir tête au prince Eugène. Celui-ci se hâta d’en profiter pour se dérober a l’armée de Lombardie et pour franchir l’Oglio à Calcio. À cette nouvelle, Vendôme revint en toute hâte arrêter lui-même les mouvements des Impériaux, que son frère n’essayait pas même de contrarier. Il ressaisit aussitôt 1 offensive, reprit le poste important des quatorze canaux, qui commandait le bas Oglio, et ordonna au prieur de manœuvrer pour prendre à revers les postes ennemis. Cet ordre fut mal exécuté, et Eugène poursuivit résolument sa marche sur l’Adda ; mais Vendôme le prévint : emmenant avec lui vingt-quatre escadrons de cavalerie, il franchit l’Adda à Lodi et remonta cette rivière jusqu’à Cassano et à Trezzo, où un petit corps de réserve avait déjà repoussé quelques détachements d’Impériaux. Le reste de 1 armée, commandé par le grand prieur, suivit le mouvement de Vendôme, mais sans traverser l’Adda ; les deux fractions de l’armée communiquaient par un pont de bateaux établi à Cassano. Cependant Eugène parvint à jeter lui-même un pont sur Ta rivière, au Paradiso, à trois milles au-dessus de Trezzo, et se disposa à passer pendant la nuit ; mais Vendôme disposa habilement ses troupes dans un bois épais vers lequel aboutissait le pont des ennemis, et fit faire.un tel feu, que les Impériaux ne purent jamais déboucher. Le jour suivant, le général français se hâta d’amener à lui des troupes de renfort tirées du gros de l’armée. Les péripéties de la lutte eurent bientôt révélé ces mouvements à la profonde sagacité d’Eugène ; il résolut aussitôt d’en profiter pour se rabattre sur le grand prieur, et laissa sur place quelques détachements destinés a entretenir la feu afin do masquer son opération ; mais Vendôme, pas plus que lui, n’était homme à se laisser tromper par les apparences : il se porta rapidement au secours de son frère, avec presque toutes ses troupes. Il était temps ; déjà Eugène avait enfoncé les lignes françaises, confusément entassées dans un terrain étroit entre l’Adda et le canal de Crema, et Vendôme dut opérer un changement de front excessivement dangereux, en face même de l’ennemi, qui chargea avec impétuosité. Eugène crut un instant tenir la victoire. En ce moment, Vendôme rallié les fuyards, leur communique un élan irrésistible et repoussé les ennemis, qui s’étaient déjà emparés de la tête du pont de Cassano. Alors, la mêlée devient terrible ; le duc de Vendôme a un cheval tué sous lui. Démonté, il charge l’épée à la main à la tête de ses grenadiers. Douze à quinze

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officiers généraux sont frappés mortellement à ses côtés ; mais Vendôme ne voit pas le pé ril, il ne songe qu’à la victoire. Il remonte i cheval et reçoit cinq coups de feu dans ses vêtements. Pendant deux heures, la lutte présente un effrovable aspect d’opiniâtreté et de carnage. Enhn les Impériaux fléchissent ; Eugène, qui a été blessé lui-même à la jambe et a la gorge, cède à l’impétuosité furieuse de son adversaire et fait sonner la retraite. Les ennemis eurent 7,000 morts, 4,000 blessés et 2,000 prisonniers ; les, Français n’avaient perdu que 2,500 hommes. Cette victoire, qui enlevait au prince Eugène tout espoir de secourir Turin, fut d’autant plus glorieuse pour Vendôme qu’il ne tira presque aucun secours de son aile droite ; le grand prieur, qui la commandait, ne bougea pas durant toute la bataille. Tant de lâcheté et d’incapacité auraient dû le faire fusiller ; Louis XIV se contenta de le rappeler en France (16 août 1705).

—■ II. En 1799, les désastres avaient succédé, pour notre armée d’Italie, aux brillantes victoires des campiignes précédentes ; les Autrichiens étaient rentrés en maîtres dans la péninsule et se préparaient à en expulser jusqu’au dernier dp nos soldats. Souvarow venait de.es rejoindre, amenant avec lui 28,000 ou 30,000 Russes. Il commandait en chef les deux armées, qui s’élevaient au moins à 90,000 hommes. On ne l’appelait que Y Invincible, surnom que lui avaient valu ses victoires sur les Turcs et ses tristes exploits en Pologne. Doué d’une sauvage énergie et du talent de fanatiser ses soldats pour sa personne et sa fortune, placé à la tête d’une armée d’une écrasante supériorité numérique, itétait impossible qu’il ne nous fit pas essuyer des revers. Le général Schérer, qui commandait les Français, se sentant incapable de résister à l’orage qui s’amassait, venait de résigner son commandement entre les mains du général Moreau, au milieu des murmures des soldats, dont il avait perdu la confiance ; cette détermination était malheureusement trop tardive ; d’une armée de 46,000 hommes, il n’en laissait que 28,000 h Moreau. Celui-ci, dans ces circonstances désespérées, avec la certitude d’une défaite, et lorsque son amour-propre eût dû être cruellement froissé de servir comme simple divisionnaire sous de tels généraux, accepta néanmoins la lourde responsabilité qu’il aurait pu décliner, et immola généreusement le soin de sa dignité au salut de l’armée et aux intérêts de sa patrie ; magnanimité bien rare dans tous les temps, etqu’il ne faudrait jamais attendre de ces prétendus grands hommes toujours prêts à sacrifier leur pays aux exigences de leur orgueil et de leur ambition. Moreau prit le commandement le soir même où les Austro^Russes forçaient l’Adda. Souvarow avait disposé son armée sur trois colonnes qui correspondaient aux points de défense établis par les Français. Sa droite était commandée par Rosemborg, qui se porta sur la pointe du lac de Côme et sur Lecco ; celle de gauche, sous les ordres de Mêlas, campa à la vue de Cassano, tandis que le centre, formé des divisions Zoph et OU, bivouaquait sur les bords do l’Adda. Moreau avait son quartier général à Naviglio-Martesana, et sa gauche, commandée par Sérurier, à Trezzo et à Imberzano, où elle présentait un front menaçant.

Après s’être approché de l’Adda sur plusieurs points, Souvarow fit attaquer le poste de Lecco ; mais ses soldats, qu’on peignait comme des colosses effrayants et invincibles, se virent repoussés après avoir éprouvé do sanglantes pertes. Les Français, électrisés par le nom de Moreau, se précipitaient avec une fureur irrésistible sur ces barbares insolents, accourus du fond de leurs déserts glacés pour se mêler à une querelle qui leur était étrangère. Malheureusement la position n’était pas tenable, et l’héroïsme de nos soldats ne pouvait qu’illustrer notre défaite. Au lieu de s opiniâtrer à vaincre à Leeco une résistance qu’il pouvait briser ailleurs, Souvarow donna l’ordre à ses troupes de franchir l’Adda sur deux points, à Brivio et à Trezzo, au-dessus et au-dessous de la division Sérurier, qui se trouva ainsi coupée du reste de l’armée française et enfermée dans un Infranchissable cercle de fer et de feu. Moreau, s’élanqant à son secours avec la division Grenier, hvfa aux ennemis, à Trezzo, fin combat furieux pour dégager son lieutenant. Uno partie de la division Victor étant accourue de son côté, la lutte prit un effroyable aspect d’acharnement ; les Français parvinrent même à faire plier les Austro-Russes, et ils allaient envelopper leur droite et la culbuter peut-être dans l’Adda, lorsque l’arrivée du général Zoph par le pont de Trezzo vint rendre aux ennemis leur supériorité. Les Français durent battre en retraite, abandonnant à elle-même la division Sérurier, qui se vit alors cernée par toute la masse des ennemis. Dans cette situation désespérée, l’intrépide général refusait encore de se rendre ; chargeant à la tête de ses soldats, il essaya de s’ouvrir un passage les armes à la main ; mais il avait à percer des colonnes trop profondes : il fallut se résigner h mettre bas les armes ; une partie seulement de sa division, grâce à- la hardiesse et au sang-froid d’un officier, réussit à gagner le Piémont à travers les montagnes. Toutefois, Sérurier ne se rendit pas sans conditions : il fut convenu que tous les officiers retourneraient en France sur leur pa-