Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 3, part. 4, Chao-Chemin.djvu/95

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comme Gerson, confie le courant ; on refusa de l’entendre quand il s’écria : « Las I non pas le devoir et sacrifice seulement ont-ils en mespris, mais se hontoient de vestir l’abit et de garder l’estât de leur profession, et tiennent à honte l’ordre dont ils convoitent l’émolument. Puis donc qu’ils ne honorent leur dignité, qui les honorera ? Se ils dédaignent saincte prestrise, qui !■» prisera ? Se elle leur est à vergogne et à charge, de qui sera-t-elle louée et soustenue ? »

Le plus beau titre d’Alain Chartier, c’est, à coup sûr, le Quadrifage invectif. C’était après la désastreuse bataille d’Azincourt ; déjà. Henri V s’était emparé de la Normandie, et avec lui s’étaient ligués Philippe le Bon et Isabeau de Bavière, celle même qui, pour quelques écus de rente, venait, par le traité de Troyes, de vendre, au détriment de son fils, la couronne de France au roi d’Angleterre. C’était au temps de la guerre civile et de la guerre étrangère ; c’était durant la crise, durant la tourmente la plus affreuse qu’ait eue à raconter l’histoire ; tout à coup une voix, s’éleva, une voix grave et émue, qui parla de patrie et d’honneur. Alain sait que la passion est aveugle et qu’on l’irrite et qu’on la rend plus dangereuse, si on lui parle durement, si on veut la flétrir, ce qu’il évite avec soin. Il n’y a point d’innocents, il n’y a point de coupables, dira-t-il, il n’y a que des égarés. Qu’ils reviennent donc, ces égarés, dans le droit chemin ; qu’ils se groupent, qu’ils s’entendent, qu’ils s’entr’aident, oubliant leurs différends pour la cause sainte du pays. Rien n’est encore désespéré, rien n’est perdu. Par une habileté plus grande encore, l’auteur s’est effacé, et c’est par la bouche de quatre interlocuteurs, France, Peuple, Chevalier, Clergé, qu’il fait entendre son éloquente pnrole, rendue par cet artifice plus éloquente encore et plus grave. Voici un passage qui résume l’intention de l'œuvre de notre auteur : • Si ne voy pas, dit-il, que nos contentions ou noz parotles semées en appert ou en secret des ungs contre les aultres nous puissent geter de ce dangereux pas. Ainsi fault tirer au collier "et prendre aux dens le frain vertueusement ; et se le cheval, par batre et flageller, «t le bœuf, par force d aiguillonner duraient, tirent hors leurs voictures des effondrières et mauvais passages, ainsi croy-je que le flael de la divine justice qui nous fiert par l’adversité présente nous doye émouvoir à prendre oouraige, pour nous hors geter de caste infortune. »

Tel fut Alain Chartier, âme vigoureusement trempée, âme noble et grande, cœur plein de foi religieuse et d’amour pour son pays, intelligence haute et droite, figure belle en un mot, belle et pure, jetée comme par hasard au milieu d’un sombre et sinistre tableau. Si nous considérions dans Alain Chartier l’écrivain, l’écrivain seul, nous pourrions, dans ces cadres empruntés à la poésie contemporaine, dans ces songes, ces visions, souvenirs du Roman de la Rose, dous pourrions, dis-je, noter un peu d’effort et partant de roidqur, un peu de redondance, quelque chose de pédantesque. Cependant, quelle métamorphose depuis JoinviRe, Froissart, Jehan de Meung, Guillaume de Lorrisl Alain Chartier connaît les anciens ; il a lu Sénèque, Cicéron, Virgile, et il ne veut pas être simple chroniqueur ou poète comme ses devanciers : il est rhéteur, moraliste, orateur, philosophe ; à côté du fait, il place la réflexion, la citation à côté de la pensée. Alain Chartier rend possible Communes, auquel il fraye la route que devra parcourir l’historien de Louis XI. Alain Chartier, dès le xv» siècle, annonce et prépare la Renaissance, et Marguerite d’Écosse déposant un baiser sur les lèvres de notre poète, c’est la France donnant la bienvenue au jour nouveau qui va naître.

L’édition la plus complète des œuvres d’Alain Chartier est celle de Duchesne (Paris, 1617). Dans cette édition se trouve la Vie de Charles VII, que quelques critiques attribuent à Gilles Bouvier, héraut d’armes du roi. Barbier, dans son Dictionnaire des ouvrages anonymes, indique, comme étant de Chartier, un ouvrage en prose intitulé Demandes d’amour. Pasquier a extrait des œuvres d’Alain Chartier un grand nombre de maximes et de sentences concises, nerveuses, pleines de sens et de vigueur,

CHARTIER (Jean), frère du précédent, et par lui un peu effacé dans notre histoire littéraire. Il a cependant bien mérité de la science. Consacrons-lui donc quelques lignes qui suffiront pour faire connaître tout ce que nous savons de lui. Il était bénédictin de Saint-Denis, quelques-uns disent chantre de cette abbaye, d’autres sonneur de cloches. Mais c’était au temps où Alain recevait des lèvres de Marguerite d’Écosse un baiser chaste sur la bouche, où l’auteur du Quadriloge était l’écrivain aimé, exalté ; il fit tomber un peu de sa faveur sur son frère, que Charles VU nomma son historiographe, et qu’il chargea en outre de débrouiller les chroniques de Saint-Denis. Ces chroniques n’étaient qu’une informe collection, une compilation ; Jehan Chartier combina ces rapsodies, les choisit, les classa chronologiquement et en fit un ouvrage. Certes, cet ouvrage est quelquefois un peu sec, un peu froid ; on dit aussi qu’on y rencontre beaucoup de fables et des faits peu exacts. En revanche, on y trouve des anecdotes curieuses et des faits précieux et utiles, surtout en ce qui concerne la troisième race.

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Enfin Jehan Chartier, le premier, a fait un ouvrage qui n’est pas encore une histoire, mais dans lequel on pressent déjà l’histoire. Qu’Alain Chartier, aidé de Christine de Pisan, complète ce qu’a fait son frère, et Commines sera possible.

Charles VII fut si satisfait de pouvoir lire dans la par leurs française les traditions de la France depuis Pharamond jusqu’à lui, qu’il ne voulut plus se séparer de l’auteur, et le mena avec lui dans la guerre qu’il allait entreprendre contre les Anglais, ce qui permit à Jehan d’ajouter à ses chroniques l’histoire du malheureux père de Louis XI.

De Jehan Chartier nous avons encore, mais en manuscrit, les Différends des rois de France et d’Angleterre.

A quelle époque est mort le savant bénédictin ? On l’ignore. On sait seulement qu’il vivait encore sous Louis XI, en 1461, à cette époque de rénovation, de transformation. Mais alors il fallait feindre, comme le roi, ou se taire, et là s’arrêtent les chroniques de Saint-Denis. C’est quinze années après, en U76, que fut imprimée pour la première fois l'œuvre de J en an Chartier, en 3 vol. in-fol. Cette première édition, recherchée^par les bibliophiles et qui se paye très-cher, est remarquable en ce que les trois derniers feuillets du troisième volume sont doubles, et diffèrent par quelques variantes. La seconde édit.jn (1493, 3 vol.) est imprimée sur papier vélin par Antoine Vérard. La troisième, avec une suite des chroniques de France jusqu’en 1513, et avec la chronique Martinière, est de 1514 (3 vol. in-fol.). La collection des Historiens de France, réunie par dom Bouquet, comprend aussil'œuvre de notre auteur. Enfin M. Paulin Paris a publié lea chroniques de Saint-Denis, en les faisant précéder d’une remarquable préface, qui est tout un livre, et en les accompagnant de notes et d’éclaircissements (Paris, 1836-1839, 6 vol. fort in-8°). L’Histoire de Charles 'VII, par Jehan Chartier, a été imprimée à part en 1661 (in-fol.), par Denis Godefroy, avec d’autres vies du même prince, et un grand nombre de documents précieux pour l’histoire.

CHARTIER (Guillaume), évêque de Paris, parent, peut-être frère d’Alain Chartier, né à Bayeux vers 1400, mort en 1472. Il fit partie, en 1455, des commissaires délégués par ordre ou par autorisation du pape, à l’effet de poursuivre juridiquement la réhabilitation de Jeanne Darc. Pendant la ligue du Bien public, l’évêque. de Paris sa montra disposé à ouvrir aux ligueurs les portes de la capitale, ce que le rancunier Louis XI ne lui pardonna jamais, même après sa mort, car, ne pouvant alors s en prendre à sa personne, il s’en prit à son épitaphe, dans laquelle il lit mentionner le grief qu’il avait conservé contre lui.

CHARTIER (René), médecin français, né à Vendôme en 1572, mort en 1654. Il se consacra d’abord à l’étude des belles-lettres, qu’il professa avec distinction à Angers, composa des tragédies, puis vint à Paris et s’y fit recevoir docteur en médecine. Nommé médecin des dames de France en 1612, médecin ordinaire de Louis XIII en 1613, on lui donna, en 1617, la chaire de chirurgie du Collège royal. On lui doit plusieurs ouvrages, dont Je principal, celui qui forme son premier titre à l’estime des érudits, est la traduction de Galien et ù'Hippocrate(Paris, 1659-1679, 13 vol. in-fol.). —Son fils aîné, Jean Chartier, né à Paris en 1610, mort en 1662, fut professeur à la faculté de cette ville et médecin du roi. Son principal écrit est intitulé : la 'Science du plomb sacré des sages onde l’antimoine, etc. (Paris, 1651, in-4°). Cet ouvrage, dans lequel il se prononce en faveur de l’antimoine, excita contre lui les colères de la faculté, qui le raya de son tableau.—Philippe Chartier, autre fils de René, né à Paris en 1633, mort en 1669, fut professeur au Collège royal, médecin du roi, et se vit rayé du tableau de la faculté pour avoir partagé les idées de son frère sur l’antimoine.

CHARTIL s. m. (char-ti — rad. charrette, qui a donné d’abord charreiit). Econ. rur. Corps d’une charrette. It Grande et longue charrette sur laquelle on transporte les gerbes à la grange, il Appentis servant de remise dans les basses-cours, pour les charrettes, charrues et autres instruments de campagne.

CHARTISME s. m. (char-ti-sme — rad. charte). Politiq. Doctrine des charlistes, des partisans de la charte.

— En Angleterre, Association d’ouvriers qui se sont unis pour obtenir des réformes industrielles et politiques.

— Encyol. Sous le nom de chartisme, on désigne, en Angleterre, un parti politique qui semble le produit du régime manufacturier du pays et des phases que ce régime a parcourues depuis environ trente ans. L’activité industrielle a pris, depuis la fin des guerres de i’Empire, dans le Royaume-Uni, un essor fécond au début, aujourd’hui plein de menaces. Avant que les deux grandes découvertes du dernier siècle eussent bouleversé les conditions d’existence des manufactures anglaises, les populations, maintenues dans un équilibre régulier, se partageaient entre les travaux des champs et ceux des fabriques. L’industrie s’associait avec l’agriculture, et, grâce au tissage à la main, la classe ouvrière trouvait de l’emploi sur toute l’étendue du pays, sans être forcément attirée dans les centres d agglomération. L’invasion des nouveaux agents in CHAR

dustriels opéra, il y a plus de quatre-vingts ans, une révolution complète dans cet état de choses : l’industrie collective écrasa l’industrie isolée ; le travail mécanique anéantit le travail à la main. On comprend quelles furent les colères des vaincus atteints dans leur existence, et peu soucieux des éléments de richesse future qu’apportaient les nouvelles inventions. Bientôt cependant, par l’augmentation progressive de la consommation, les moyens perfectionnés de production exigèrent plus de bras que l’industrie manuelle ; Te travail aggloméré prit la place du travail isolé. De là ces cités improvisées : Manchester, Birmingham, Leeds, Sheffield, Newcastle, etc. La première période de cette révolution s’accomplit presque sans douleur, jusqu’au jour où l’Europe songea à poser une barrière aux empiétements industriels de l’Angleterre. Des crises commerciales eurent lieu alors ; il y eut secousse et ébranlement. Ce furent les réductions de salaires qui engendrèrent les unions de travailleurs connues sous le nom de tradés union et de chartisme. Ces unions constituent une véritable ligue des ouvriers contre les maîtres. Le chartisme, né au sein de ces unions, en est la manifestation violente ; mais un autre élément a fortement contribué, defmis 1834, à fomenter cette révolte des classes aborieuses. Cet élément est la nouvelle condition que la loi sur la taxe des pauvres a faite aux hommes qui vivaient à 1 ombre des anciens abus. C’est du milieu de ces complications que s’est élevé le chartisme, premier et effrayant symptôme d’une décadence manufacturière en Angleterre. Tant que le système industriel a marché dans des voies prospères, aucune agitation n’est venue troubler cette fortune et faire diversion à cette suite de con

?[uétes ; mais, au premier embarras, il a été

acile de reconnaître les écueîls d’un pareil régime. Desservir les besoins du globe entier est une gloire qui n’est pas sans périls, et

Cependant, vers 1842, les chartistes renoncèrent à la violence pour employer les moyens légaux, et envoyèrent une pétition au parlement. Portée sur un char escorté de vingt mille signataires, elle fut présentée par M. Duncombe, et soutenue par MM. Bowring, Fielden, Easthope, Hume, Wakley, O’Connell et Roebuck. Elle fut rejetée, mais avec les honneurs de la guerre. Depuis co temps, les chartistes aspirent à devenir un parti plus politique qu’industrie !, et c’est dans ce sens surtout qu’abonde la charte qu’ils se sont donnée. Cette pièce est assez curieuse pour mériter une mention. Il est dit dans le préambule que le meilleur moyen d’obtenir du peuple l’obéissance aux lois, c’est de le faire concourir à l’élection des législateurs, et que, par conséquent, il y a lieu d’attribuer des droits électoraux à tout citoyen, dans les formes et sous les restrictions suivantes :

Charte du peuple. Tout habitant mâle des trois royaumes sera apte à voter : 1<> s’il est né dans le pays, ou s il est naturalisé, après deux ans de résidence ; 2° s’il a vingt et un ans ; 3° s’il n’est pas dans un état de démence, constaté au moment de la révision des listes ; 4° s’il n’a pas été convaincu de félonie ; 5° si ses droits électoraux ne sont pas suspendus pour cause de fraude, de dissimulation, de faux dans le cours de l’élection.

À la suite de cette espèce de déclaration de droits vient un- règlement qui divise le Royaume-Uni en trois cents districts électoraux, composés, autant que possible, d’un nombre égal d’habitants, et nommant chacun un député à la Chambre des communes. Les moindres détails des opérations sont prévus et réglés dans cette pièce, qui forme un véritable code sur la matière, et qu’ont signée les hommes les plus importants du chartisme,

; MM. Vincent, Lovet, James, O’Brien, Joseph

j Wood et Fergus O’Connor. Outre le suffrage universel, ces chartistes demandent en| core l’élection annuelle, le vote secret et l’a-; bolition du cens d’éligibilité. C’est la dernière limite du radicalisme extraparlementaire.

Ainsi donc le chartisme est le produit des nouvelles conditions d’existence du travail manufacturier ; il est sorti d’une modification dans les débouchés extérieurs et de la réforme qui a été accomplie dans le régime du paupérisme en Angleterre. Les ouvriers congédiés, les pauvres déclassés ont fourni les principaux éléments de cette association turbulente.

En général, on peut dire que jusqu’ici le chartisme a été plus alarmant par ses tendances que par ses actes. Cependant, à diverses reprises, l’élément populaire a pris sa direction dans le sens des réformes sociales, et des mouvements tumultueux ont eu lieu pour provoquer des mesures politiques destinées à combattre la diminution des salaires et l’arbitraire des fabricants, à remanier le système des impôts, etc. La révolution de Février 1843 eut son contre-conp de l’autre côté de la Manche, et produisit parmi les chartistes une agitation formidable. Des troubles graves éclatèrent à Londres, à Manchester, à Edimbourg, à Glasgow et en diverses autres villes. Dans le sein du chartisme, il se forma un parti républicain et socialiste, et, malgré le calme qui succéda à cette période orageuse, il est facile de prévoir que les ferments semés dans les classes laborieuses amèneront un jour de grands conflits et probablement une modiû CHAR

cation profonde dans l’état politique et social de la Grande-Bretagne.

CHARTlSTE s. m. (char-ti-ste — rad. charte). Politiq. l’artisan d’une charte ; s’est dit particulièrement des partisans de la charte de dom Pedro, en Portugal. U l’artisan du chartisme, en Angleterre.

— Encycl. V. CHABTtSME.

CHARTLEY, village d’Angleterre, comté et à 9 kilom. N.-E. de Stafford, a 229 kilom. N.-O. de Londres ; 475 hab. Ruines d’un château où Marie Stuart fut emprisonnée.

CHARTOGRAPHE s. m. (kar-to-gra-fede charte, et du gr. graphâ, je décris). Didact. Celui qui s’occupe de recueillir ou d’expliquer d’anciennes chartes.

— Auteur de cartes géographiques ; la géographie nouvelle a surchargé tous les continents de chaînes de montagnes gui n’existent que dans l’imagination des chartoc.haphls. (Ritter.) il En ce sens, on écrit aussi cartographe.

CHARTOORAPHtE s. f. (kar-to-gra-ftde charte, et du gr. graphe, je décris). Diplom. Art de déchiffrer les anciennes chartes ; traité sur les chartes,

— Géogr. Art de dresser les cartes géographiques. Il Recueil de cartes géographiques.

Il On écrit aussi cartographie.

CHARTOORAPHIQUE adj. (kar-to-gra-fi-ko — rad. chartographie). Qui a rapport à la chartographie : Des travaux chastographiques. |l On écrit aussi cartographiqub, quand il s’agit de l’art de dresser des cartes,

CHARTON s. m. (char-ton — rad. char). Charretier. Cette ancienne forme du mot charreton se trouve encore dans La Fontaine :

Le charton n’avait pas dessein De les mener voir Tatrarin.

CHARTON (Édouard-Thomas), littérateur et homme politique français, né à Sens le 11 mai 1807. Après avoir fait ses études au collège de cette ville, il vint à Paris en 1824, pour y suivre un cours de philosophie et étudier le droit. Il fut reçu avocat en 1827, à l'âge de vingt ans, et plaida pendant quelques années. Il s’associa, vers cette époque, avec ses amis Hippolyte Carnot et Jean Reynaud, aux premiers travaux du saint-simonisme, et prit part à !a rédaction du Globe, II prononça plusieurs discours, dont quelques-uns ont été publiés. Il sortit de l’école saint-simonienne en même temps que ses amis Carnot et Reynaud, en 1831, lorsque Enfantin voulut faire prévaloir des doctrines qui répugnaient à leur conscience, et qui ne tardèrent pas à amener la dispersion de tous les autres membres. En 1829, il entra dans plusieurs sociétés philanthropiques, qui réunissaient alors les représentants les plus illustres du parti libéral, et prit la rédaction en chef du Bulletin de ta société pour l’instruction élémentaire et du Journal de la société de ta morale chrétienne.

Après les journées de Juillet 1830, M. Charton, qui faisait partie de la Société constitutionnelle, présidée par le comte de Lasteyrie, beau-frère de La Fayette, fut chargé par cette Société de porter à Louis-Philippe un vœu tendant à soumettre au vote de la nation tout entière la nouvelle forme du gouvernement. La royauté établie, M. Charton reparut au

Palais, mais pour peu de temps : frappé de ignorance ou étaient plongées les classes laborieuses, il résolut de se consacrer entièrement à la cause de renseignement popufaire, qu’y considérait comme l’œuvre la plus utile et la plus urgente.

En 1833, il créa, avec le concours de jeunes gens devenus depuis célèbres dans des carrières très-diverses, le Magasin pittoresque, recueil périodique à bon marché, le premier journal populaire qui ait vulgarisé l’instruction à l’aide de la gravure sur bois, dont il a adopté successivement tous les’perfectionnements. (V. magasin pittoresque.) Ce recueil, où domine constamment un sentiment spiritualiste, et qui traite de toutes les matières utiles à connaître, jouit depuis sa fondation d’un succès mérité. Il sa compose actuellement (1868) de 34 volumes, et continue à paraître par livraisons mensuelles, sous la direction morale et littéraire de M. Charton, qui ne l’a pas abandonné un seul jour.

Dans le célèbre procès politique d’avril 1834, M. Charton figura au nombre des défenseurs républicains, -qui, par suite d’un incident bien connu, furent tous, à un certain moment, transformés en accusés. De 1840 à 1848, M. Édouard Charton, attaché au ministère de la justiee, où l’avait appelé son ami Vivien pendant son court passage dans ce poste important, écrivit, sous forme de rapports, les biographies de la plupart des (criminels qui ont été condamnés à mort pendant cette période ; il est à regretter que ces études, qui, à certains égards, ont une véritable valeur philosophique, et dont plusieurs sont annotées en marge de la main mémo du roi Louis-Philippe, n’aient pas été publiées.

En 1842, M. Charton fit paraître un Guide pour le choix d’un état ou Dictionnaire des. professions, qui contient d’excellents conseils. En 1843, poursuivant toujours le même but, il fonda, avec le concours des éditeurs Paulin et Dubochet, l’Illustration, le premier recueil politique illustré qui ait paru en France, Lorsque éclata la révolution de 1848, M. Char-