Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 6, part. 2, Dell-Dian.djvu/199

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


DESI

qui obtint le consentement de la mère de Désirée, leur mariage fut célébré le 16 août 1798. L année suivante, le 4 juillet, un fils naquit de cetté union ; Napoléon en fut le parrain et lui donna le nom d’Oscar, en souvenir des poèmes d’Ûssian, dont il faisait alors sa lecture favorite.

Désirée exerçait sur Napoléon une influence dont elle eut plus d’une fois occasion de se servir en faveur de son mari. Par exemple, à la journée d’Iéna, le M octobre 1806, lorsque, par suite de l’inactivité de Bernadotte les Français faillirent perdre la bataille, Napoléon en conçut une telle irritation contre le maréchal, qu’il résolut de le déférer à un conseil de guerre, ce qui équivalait à un arrêt de mort. Désirée intervint, et par ses prières et ses larmes elle réussit a calmer l’empereur.

Bien que déjà élevée au rang de princesse de Ponte-Corvo, Désirée se trouvait néanmoins mal partagée de la fortune lorsqu’elle se comparait à sa sœur Julie, qui déjà avait ceint le diadème royal ; lorsqu’elle se rappelait surtout que, sans le refus capricieux, de son père, elle eût trôné comme souveraine, dans ce même palais des Tuileries où elle devait venir faire sa cour. Ces pensées la remplissaient d’un dépit amer, qui parfois se trahissait sans ménagement. Un témoin ocufaire attribue à ce dépit le mécontentement qu’elle manifesta au bal de cour donné à l’occasion du mariage de la fille adoptive de l’empereur, Stéphanie de Beauharnais, avec le grand-duc de Bade. Tandis que tout le monde applaudissait à cette belle fête, la princesse de Ponte-Corvo ne trouva que des paroles de critique et de blâme.

Cependant le trône de Suède fut offert au maréchal Bernadotte, que les états reconnurent en qualité de prince royal et d’héritier présomptif de la couronne. Désirée tomba alors dans une extrême perplexité : d’un côté a.

ferspective d’une couronne la séduisait ; de autre le climat du Nord l’effrayait, et elle craignait en outre de ne pas trouver à Stockholm le même luxe de distractions et de plaisirs qu’à Paris. Mais Bernadotte ayant accepté et étant parti pour la Suède, elle ne tarda pas à l’y rejoindre, accompagnée du jeune prince son fils.

Arrivée dans ce pays, qui lui était inconnu, Désirée conçut le projet de soumettre à la loi des modes et des élégances parisiennes la cour à demi barbare où elle était condamnée à vivre. Une dame de compagnie qu’elle avait amenée de France et qui jouissait de toute sa confiance, Mme de La Flotte, l’excitait à cette glorieuse entreprise. Ainsi, au lieu de se conformer à l’étiquette et aux usages de la cour de Suède, où les traditions de Louise-Ulrique et de Gustave III étaient encore vivantes, Désirée y voulut tout changer. Mme de La Flotte, de son côté, n’avait pour ce qu’elle voyait autour d’elle que des rires moqueurs et d’intarissables plaisanteries. Cette manière d’agir de la princesse royale et de sa suivante choqua au plus haut point la vieille reine et tous les courtisans. On ne ménagea pas cette « petite fille de marchand » qui se donnait de si grands airs, et l’on tourna le dos à sa trop dédaigneuse conseillère. Le comte Rosen, fameux pour ses bons mots, appelait cette dernière la flotte ennemie, et le comte Gustave Lievenhjelm, qui lui témoignait une déférence ironique, ne la nommait que l’amiral de la flotte.

Bernadotte, que son intérêt et ses sentiments personnels portaient à ménager l’ancienne cour, s’alarma de l’irritation qu’y avait soulevée la princesse. Il lui en fit des reproches sévères, et, prenant un parti radical, il lui persuada de quitter la Suède et de retourner à Paris. Il avait d’ailleurs encore en France des intérêts politiques et privés considérables, et nul ne pouvait y veiller plus efficacement qu’une princesse alliée à la maison impériale.

Désirée reçut à la cour des Tuileries le meilleur accueil et y fut toujours bien vue, même dans ces circonstances critiques où le prince royal de Suède, devenu un des membres les plus actifs de la coalition contre l’empereur, commandait une partie des armées alliées. Il est vrai que Napoléon trouvait un avantage dans la présence de la princesse à Paris : il se servait d’elle comme d’une médiatrice sûre pour les négociations secrètes qu’il poursuivait avec le gouvernement de Stockholm.

La chute de l’empire hâta la réunion de Désirée avec son époux ; mais la joie de cette réunion ne fut pas sans mélange. Bernadotte, qui avait porté les armes contre la France, n’y rencontra pas naturellement la même sympathie qu’autrefois ; des clameurs insultantes retentissaient sous les fenêtres de son hôtel ; aussi abrégea-t-il son séjour et reprit-il à la hâte la route de la Suède. La princesse ne l’y suivit point ; Bernadotte voulut qu’elle attendît, pour reparaître à Stockholm, la mort de la femme de CharIqsXIII.

Sous la Restauration, les Bourbons tinrent compte à Désirée de la part que le prince royal de Suède avait prise au renversement du trône impérial. Choyée de tous, le désir de revoir les siens la prit cependant. Ce désir était d’autant plus vif qu elle se croyait, on ne sait sur la foi de quels rapports, menacée d’un abandon définitif de la part de son éwux. Sans songer le moins du monde à

DESI •

un divorce, Bernadotte n’en jugea pas moins le retour de sa femme à Stockholm encore inopportun ; il n’avait pas oublié les discordes intestines qu’elle avait suscitées à la cour, et d’ailleurs U s’était arrangé un plan de vie privée dans lequel l’éventualité du retour de la princesse n’entrait pour rien. Désirée demeura donc à Paris même après la mort de Charles XIII, et lorsque Bernadotte avait déjà reçu la couronne royale, sous le nom de Charles XIV. Elle habitait un hôtel de la rue d’Anjou, vendu au prince de Ponte-Corvo par Fouché, alors ministre de la police.

En 1822, le prince Oscar s’étant rendu en Allemagne pour demander la main de la princesse Joséphine de Leuchtenberg, donna rendez-vous à sa mère à Aix-la-Chapelle. Là il fut convenu qu’elle retournerait en Suède l’année suivante pour y accompagner la fiancée du jeune prince. Ce projet, formé à l’insu de Charles-Jean, ne fut connu de lui qu’au moment même où le navire qui portait les deux augustes voyageuses entrait dans le port de Stockholm. Il en conçut d’abord une sourde irritation ; mais bientôt, à la vue de l’accueil enthousiaste et sympathique que reçut la reine Désirée de la part, non-seulement du peuple, mais encore de toute la cour, cette irritation se calma et la bonne harmonie se rétablit entre les époux.

À partir de cette époque, la reine Désirée ne quitta plus la Suède, Attachée de cœur et d’âme à sa nouvelle patrie, elle n’en conserva pas moins pour la France un filial souvenir. Chaque année elle se faisait envoyer à Stockholm tes fruits récoltés dans son jardin de la rue d’Anjou, et les distribuait elle-même à ses familiers, comme un témoignage d’insigne faveur. Douce, bienveillante, charitable, elle se concilia l’estime et l’affection de tous ceux qui l’approchaient, et fit bénir son nom au loin par la prodigalité de ses bonnes œuvres. A 1 occasion de son couronnement comme reine de Suède et de Norvège, qui eut lieu le 21 août 1829, une motion fut présentée à la diète à l’effet de l’obliger à abdiquer la foi catholique pour embrasser le luthéranisme, religion officielle de l’État et par conséquent des personnes souveraines. Cette motion, étouffée par la noblesse, n’eut pas de suite, et la reine Désirée prouva par toute sa conduite ultérieure combien on avait eu raison de ne pas violenter sa conscience. En effet, pratiquant discrètement sa propre religion, elle s’abstint de tout ce qui pouvait ressembler même à l’ombre du prosélytisme.

Le 8 mars 1844, elle perdit le roi son époux ; elle vit ensuite mourir successivement son fils, son petit-fils et son arrière-petit-fils. Elle supporta courageusement ces douloureuses épreuves. Par une attention délicate du roi Oscar, et, après lui, du roi CharlesXV, rien ne fut changé à son état de maison ; elle ne voulut renvoyer aucune des personnes précédemment attachées à son service.*» Si toutes ne me sont pas nécessaires, disaitelle, toutes ont encore besoin de moi. » Enfin, le 17 décembre 1860, âgée de soixante-dix-neuf ans, au retour d’une promenade en voiture et en montant l’escalier qui conduisait à son appartement, elle s’affaissa tout à coup et expira sans douleur. Le 10 janvier suivant, la fille de Clary fut solennellement inhumée à côté do Charles XIV (Jean), parmi les grandes sépultures royales de l’église de Riddarholm.

DÉSIRÉE (Pochenet, dame Didos, connue au théâtre sous le nom de M"«), actrice française, née en 1824, morte à Paris en 1860. Ce n’était qu’une modeste ouvrière, lisant avec avidité les pièces en vogue et chantant le couplet avec une originalité naïve qui ne manquait pas de charme, lorsque le hasard permit que Jenny Vertpré entendit la jeune Désirée. Elle fut frappée de l’intelligence de sa diction et de la distinction de toute sa personne. Elle donna des conseils à sa protégée et se chargea de la présenter à Delestre-Poirson, alors directeur du Gymnase. Celui-ci accueillit avec empressement la nouvelle venue, qui débuta, au mois d’octobre 1842, dans le Prix de vertu, vaudeville de M. de Champeaux. Le public vit paraître sur la scène une sveîte jeune fille, plus piquante que jolie, mais dont le minois spirituel était du meilleur augure. Sa tenue en scène parut bonne, ses gestes inexpérimentés, mais sans gaucherie, sa voix sonore et agréable. Mile Désirée reçut le meilleur accueil et devint, presque du jour au lendemain, une des favorites d’un parterre, cependant difficile à satisfaire. C’est ainsi qu’elle obtint un très-grand succès dans les Trois péchés du diable, pièce qui semblait écrite pour Déjazet. On applaudissait avec enthousiasme le couplet suivant, où Ludovic, que le diable veut tenter, s’écrie :

N’essayez pas de me leurrer ! Démon, je suis incorruptible !

sizerjn (Désirée). Un adversaire aussi terrible Commence a me désespérer ! Travail, bonheur, vertu, constance : C’est un saint du calendrier ! Le diable, malgré sa prudence. Est tombé dans un bénitier I

Rien ne saurait rendre l’expression de la physionomie de Désirée en ce moment, ni le tim DESI

bre mordant de son organe en chantant les derniers vers. C’était quelque chose de charmant et d’original à la fois. Elle soutint sans faiblir le voisinage de Rose Chéri dans Rébecca, et créa d’une façon délicieuse le rôle de Jeanneton dans Jeanne et Jeanneton. Dès lors son nom sur l’affiche fit recette, et nendant quinze ans elle conserva toute la taveur du public. Après une excursion au Palais-Royal, elle revint au Gymnase. On se souvient avec quel ton d’excellente comédie elle jouait dans le Camp des bourgeoises.

Voici la liste des principales créations de Mme Désirée Didos : Sizerin, des Trois péchés du diable ; Gianina, de Rébecca, vaudeville de Scribe ; Jeanneton, dans Jeanne et Jeanneton, de Scribe ; Fœdora, dans Un changement de main, etc.

Désirée, OU la Pnil du villnge, allégorie

en un acte, en vaudevilles, par Gaugiran-Nanteuil, Moras et Étienne. Cette pièce devait être représentée pour la première fois sur le Théâtre-Français, le 27 ventôse an X. Défendue le 26 par le ministre de l’intérieur, et jouée le 5 germinal suivant sur le théâtre Favart, elle fut dédiée au général Bonaparte.

De la Paix, général, en vous faisant hommage. Nous croyons acquitter une dette d’honneur ; C’est tout bonnement un ouvrage Que nom rendons à son auteur.

«Cetouvrage n’est rien par lui-même, font observer les auteurs ; mais le sujet qui l’a inspiré, les tracasseries qu’il a attirées à ses auteurs, et, plus que tout cela, le talent des acteurs qui en remplissent les divers rôles, en feront peut-être quelque chose aux yeux du public. » L’humble aveu des auteurs était parfaitement motivé, car cette pièce, en effet, n’est rien par elle-même ; mais, comme ils l’avaient prévu, les tracasseries de la censure lui portèrent bonheur : Désirée fut bien accueillie du public.

DÉSIRER v. a. ou tr. (dé-zi-ré — rad. désir). Eprouver le désir, souhaiter la possession ou la réalisation de : Désirer la fortune, la santé. Je désire que vous veniez avec moi. Il désirait partir le plus tôt possible. Aimez celui-là seul qui peut pardonner tout ce que l’on désire. (Mass.) Voilà ce que vous désirez de savoir. (Fén.) Nous désirerions peu de chose avec ardeur ; si nous savions ce que, nous désirons. (La Rochef.) Malheur à qui n’a plus rien à désirer I (J.-J. Rouss.) N est pas pauvre qui u peu, mais qui DÉSIRE beaucoup. (Sénèque.) Il est naturel que l’on cesse de désirer ce que l’on possède. (Senancourt.) Assez est toujours moins, et trop n’est jamais plus que ce qu’on désire. (Petit-Senn.) Il n’est point dans la nature de l’homme de désirer ce dont il ne sent aucun besoin. (L’abbé Bautain.) Il suffit d’une résistance quelconque pour qu’une femme désire la vaincre. (Balz.)

Ce qu’on désire on le croit aisément.

RÉON1ER.

Quatre Mathusalem bout à bout ne pourraient Mettre a fin ce qu’un seul désire.

Li FOHTAINS.

D’un nouvel amant qui soupire, D’abord on se trouve fort bien ; Mais le meilleur ne vaut plus rien, Dés qu’il a tout ce qu’il désire.

L’esprit m’eut bien tenté s’il eût pu me suffire. Mais tant de gens en ont, qui sont si malheureux 1 Voici pour moi les biens que je désire : Un cœur sensible et généreux. Un ami pour me rendre heureux. Et du bon sens pour me conduire.

A**

— Souhaiter la présence ou la naissance de : Tout le monde vous désire ici. Dans tout ménage on désire un fils.

— Particulièrem. Convoiter les faveurs de : C’est un vilain amant que celui qui vous désire plus qiÇil ne vous aime. (Mariv.) A seize ans, on désire une servante en adorant une madone. (H. Taine.)

— Absol, : Celui qui désire est toujours pauvre. (Horace.) Prier, c’est désirer. (Fén.) La vie est courte et ennuyeuse ; elle se passe toute à désirer. (La Bruy.) Lorsqu’on désire on se rend à discrétion à celui de qui l’on espère. (La Bruy.) Moins nous désirons, moins nous possédons. (Buff.) L’homme croit aimer quand il désire ; il oublie après avoir obtenu, (La Rochef.-Doud.) L’homme désire, et la femme aime. (Michelet.) La volonté désire et veut ; elle n’existe qu’en désirant, et ne peut pas ne pas désirer. (L’abbé Bautain.) Quand pour la première fois on désire, oh désire de tout son cœur. (H. Taine.) On ne désire pas et l’on ne cesse pas de désirer à volonté. (V. Cousin.)

Ce qu’on a perd son prix ; on désire, on projette ; Mais perd-on ce qu’on a, dès lors on le regrette.

MOREL-VlNDÈ.

Même au delà des bonheurs qu’on envie Il reste à désirer dans la plus belle vie.

Sainte-Bedve.

— 5e faire désirer, Faire attendre sa présence : Il est toujours en retard, il aime à se faire désirer. Il vaut mieux se faire désirer que de se jeter à la tête. (Volt.)

Laisser à désirer, Être défectueux, n’être pas irréprochable : Ce travail laisse beaucoup À désirer. Ce roman ne laisse rien a désirer.

DESI

563

— Prov. Cœur qui soupire n’a pas ce qu’il désire, Les soupirs que 1 on pousse sont toujours la preuve qu’on n’est pas entièrement satisfait.

Se désirer v. pr. Être désiré : Il n’j/ a rien qui se désire tant que la fortune.

— Réciproq. Désirer la présence ou la possession l’un de l’autre.

— Gramm. Désirer, suivi d’un infinitif sans préposition, est l’expression simple d’un désir qui n’a rien d’extraordinaire : Je désire le voir, l’entendre. Il est fort naturel qu’une fille de vingt ans désire se marier. Il La préposition de, mise entre le verbe désirer et l’infinitif suivant, annonce qu’il s’agit d’une chose difficile, indépendante de la volonté, ou que le désir est ardent, plus qu’ordinaire : Si la chose était possible, tous les hommes désireraient d’avoir du génie.

— Syn. Déairer, convoiter, avoir envie, etc. V. CONVOITER.

— Allus. Litt. On ne peut désirer ce qu on

ne commit pas, Allusion à un vers de Voltaire, V. connaître.

DÉSIREUR s. m. (dé-zi-reur — rad. désirer). Qui désire : Caligula, Néron, ces désireurs de l’impossible. (Alex. Dum.) Il Inus.

DÉSIREUX, EU SE adj. (dé-zi-reu, eu-zerad. désirer). Qui désire : Être désireux de fortune. Homme désireux de domination. Femme désireuse de plaire. Pourquoi un homme, désireux de la paix, ne la cherche-t-it pas dans l’Église ? (Boss.)

De l’immortalité je suis mal désireux.

Alex. Dumas.

Comme les bons maris, de race désireux,

Qui bercent des enfants qui ne sont pas a eux.

RÉGNIER.

DÉSIS s. f. (dé-ziss). Arachn. Genre d’aranéidesqu’on trouve dans l’Amérique méridionale.

DÉSISTEMENT s. m. (dé-zi-ste-manrad. désister). Action de se désister ; acte par lequel on se désiste : Signer son désistement. Envoyer son désistement.

— Encycl. Le désistement est un contrat par lequel on renonce, soit à un acte, soit à un droit quelconque ; mais le code de procédure restreint à finstance la signification de ce mot.

Comme tout contrat, le désistement ne peut produire d’effet qu’autant qu’il réunit les conditions essentielles pour la validité dos conventions. Il est donc nécessaire, pour qu’il soit valable : 1° qu’il y ait le concours libre de deux volontés ; 2° qu’il ne soit entaché ni de dol, ni d’erreur, ni de violence.

Le désistement est un acte qui a pour objet, soit d’empêcher l’accomplissement d’une prescription, soit de prévenir des condamnations, soit enfin d’éviter des frais. Tant qu’il n’a pas été valablement accepté ou admis, le désistement peut être rétracté. La justice peut néanmoins intervenir et donner acte du désistement, a défaut du concours libre des volontés des parties.

Le désistement est amiable ou judiciaire. Il est amiable quand les parties s’accordent, c’est-à-dire lorsque le demandeur le donne et que le défendeur l’accepte. Il est judiciaire, quand il est fait et accepté suivant les formalités prescrites par le code de procédure, ou bien, lorsque, à défaut d’acceptation volontaire, il en a été donné acte par arrêt ou par jugement.

On distingue trois espèces de désistement : îo le désistement d’action ; 2" le désistement d’instance ; 3° le désistement d’un acte isolé de procédure. En outre, le désistement est exprès ou tacite ; exprès, quand un acte quelconque le constate ; tacite, quand il résuite, soit du silence de la partie, soit de certains actes incompatibles avec l’intention de conserver ou 1 instance ou le fond du droit. Néanmoins, le silence n’emporte en général désistement de l’instance ou de l’action qu’autant qu’il s’est prolongé pendant le laps de temps exigé pour faire naître la péremption ou la prescription.

Le désistement peut avoir lieu en tout état de cause jusqu’à la décision du litige ; il peut donc être donné, soit en première instance, soit en appel, soit en cassation. Toute matière est, en principe, susceptible de désistement. Cependant, lorsqu’il s’agit de matières intéressant l’ordre public, on doit distinguer entre le désistement de l’instance et le désistement de l’action. Celui-ci ne peut être exprès, et on ne saurait l’admettre que comme résultant du silence de la partie pendant le temps légal qui lui est accordé pour exercer ses droits.

Le désistement ne peut être donné ou accepté que par ceux qui ont la libre disposition de leurs droits. Ainsi une femme mariée qui a été autorisée par justice à former une demande ne peut s en désister sans une autorisation ; un tuteur ne peut non plus, sans autorisation, se désistera une demande relative aux droits immobiliers du mineur, parce que, d’après l’article 464 du code civil, il n’a pu former une pareille demande sans 1 assentiment du conseil de famille. Mais, comme il aie droit d’introduire en justice une demande mobilière, il peut s’en désister sans autorisation ; il doit cependant supporter les frais qu’entraîne le désistement, le mineur ne devant pas subir les conséquences du caprice ou de l’imprudence du tuteur.