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pour les pièces de 1 et de 2 centimes. Cette loi retira de la circulation et démonétisa les pièces de 1 liard et de 2 liards, les pièces de 1 sou et de 2 sous, les pièces de l, de 5 et de 10 centimes existant à cette époque (art. î). En vertu de l’article 8, le poids et le module de ces pièces sont :

Diamètre en Poids en gram. miliira.

1 centime 1 15

2 centimes.... 2 20 5 centimes.... 5 25

10 centimes.... 10 30

« Cette nouvelle combinaison de l’unité monétaire avec l’unité de poids tend à fortifier l’autorité et l’harmonie du système métrique décimal. Rien n’est plus propre a en augmenter l’intelligence, à en populariser l’esprit, que la création d une monnaie d’appoint, qui placera dans toutes les mains les poids usuels et les fera intervenir dans les transactions les plus ordinaires. La monnaie do cuivre aura aussi, sous ce rapport, l’avantage de se trouver dans les mêmes conditions que la monnaie d’argent. » (Exposé des motifs. M. Vuitry, rapporteur.)

Depuis la loi de IS52, les monnaies decuivre sont frappés au moyen du balancier, commeles monnaies d’or et d’argent, et cette mesure a eu pour effet d’en rendre la contrefaçon aussi difficile que celle de ces dernières pièces.

« En même temps, dit M. Leviez, qu’on donnait aux pièces de cuivre le même poids qu’aux pièces d’argent, on leur donnait d’autres diamètres, pour prévenir ou les méprises ou les fraudes qui auraient pu se commettre à l’aide du blanchiment. » Toutefois, la pièce ■ de 1 centime a le même diamètre que celle de 20 centimes ; mais on a dû se résigner à cet inconvénient pour laisser au centime une surface et une épaisseur suffisantes. Ces deux pièces peuvent, d’ailleurs, être parfaitement distinguées ; la pièce de 1 centime, en effet, uinsi que toutes les autres monnaies de bronze, a un cordon uni et lisse, tandis que la tranche des pièces de 20 centimes est revêtue de cannelures.

Le décret du 12 mars l85fl modifia l’empreinte des anciennes monnaies de cuivre. En vertu de cet acte, les pièces de 1 liard et de2 liards et de i centimea la tête de Liberté cessèrent d’avoir cours le i" juillet 1856 ; les pièces de 1 sou et de 2 sous et les pièces de E ou de 10 centimes à la tête de Liberté cessèrent d’avoir cours le 1er octobre de la même année.

La démonétisation est une mesure qu’un gouvernement sage doit opérer, surtout pour ses monnaies d’or et d’argent, au fur et à mesure que ces monnaies s’affaiblissent, sans attendre que l’usure lui impose des charges énormes. Une pareille négligence a, au commencement du siècle dernier, coûté cher à l’Angleterre ; la refonte générale de ses monnaies d’or et d’argent, qu’elle fut obligée de faire sous Guillaume III, lui occasionna une dépense de 68 millions de francs. Depuis cette époque, il a été décidé dans ce pays que les espèces usées jusqu’à un point déterminé cesseraient d’être de la monnaie courante. La perte ainsi autorisée est d’un cent-cinquantième du poids du souverain, soit 17 centimes sur 25 fr. Au-dessous de ce poids, la banque d’Angleterre, au fur et à mesure que les pièces lui reviennent, doit les briser. Les pièces, avant d’être encaissées, doivent, aux termes des règlements, être pesées une à une, afin de retirer de la* circulation celles qui sont devenues trop faibles. La perte résultant de cet affaiblissement ne tombe à la charge de la banque qu’autant que cet affaiblissement est le résultat naturel du frai. Lorsque cet affaiblissement a été causé par une opération frauduleuse, la banque d’Angleterre, tout en conservant le droit de retirer de la circulation la pièce affaiblie, n’est obligée de la recevoir que jusqu’à concurrence de sa valeur intrinsèque comme lingot.

DÉMONÉTISÉ, ÉE (dé-mo-né-ti-zé) part, passé du v. Démonétiser r Argent démonétisé.

— Fig. Déprécié : Les poètes sont aujourd’hui bien démonétisés.

DÉMONÉTISER v. a. ou tr. (dé-mo-né-tizé — du préf. privât, , et du lat. moneta, monnaie). Priver, dépouiller de sa valeur légale, en parlant d’une monnaie, d’un papier : Démonétiser les pièces de vingt centimes. Démonétiser des assignais.

— Fig. Déprécier, détruiro le crédit de : Démonétiser un homme d’État. On avait essayé de démonétiser le jeune Amédée à l’aide de ce mot : c’est un homme très-nuance, (Calz.)

Se démonétiser v. pr. Être démonétisé : Une monnaie ne peut se démonétiser sans une perte considérable pour le trésor.

— Fig. Perdre sa valeur : Dans cette période littéraire, on voit les mots SB démonétiser rapidement. (Rabon.) il Se déprécier, se rabaisser soi-même : Prenez garde de vous démonétiser auprès du public

DÉMONIAQUE adj, (dé-mo-nia-ke — rad. démon). Qui a rapport aux démons ; Le serpent est l’emblème de la superstition démoniaque. (Toussenel.) il Qui est sous l’influence du démon, qui est possédé du malin esprit ; Jésus guérissait les Juifs démoniaques. Chez les Hébreux, les épileptiques passaient pour

DÉMONIAQUES.

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— Fam. Diabolique, méchant, malin ;~qui semble possédé du démon ou inspiré par le démon : Cet enfant est démoniaque, en véi’itë. Quelle ruse démoniaque I

— Substantiv. Personne possédée du démon : Un démoniaque. Une démoniaque. Un roi gui s’entretient tout seul auec son capitaine des gardes parle un peu plus humainement et ne prend guère ce ton de démoniaque. (Mol.)

— Fam. Energumène, personne maligne ou turbulente, furieuse, passionnée : Quel démoniaque vous faites !

— Encyel. V. POSSÉDÉ.

DÉMONICE, jeune fille d’Éphèse que la vanité perdit, d’après la légende. Les Gaulois assiégeaient Éphèse et désespéraient de s’en rendre maîtres, lorsque Démonice se présenta à leur général ou brenn, lui offrant de trahir sa patrie en échange de toutes les parures dont les ennemis s’empareraient en pillant Éphèse. La nuit venue, et son offre ayant été acceptée, Démonice ouvre en effet une des portes de la ville aux Gaulois. Mais lorsque la vaniteuse jeune femme vint réclamer du brenn l’accomplissement du marché, celui-ci ordonna à ses soldats de jeter tous les joyaux d’or ou d’argent qu’ils ont pris aux ennemis a la tête de Démonice, qui périt sous cette étrange lapidation. C’est ainsi qu’avait été punie, accablée sous les bracelets des Sabins, auxquels elle avait livré le Capitale, la fille dont-Properce a fait une héroïne de roman, Tarpèia.

DÉMONICOLE adj. (dê-rao-ni-ko-le — du lat. démo, demonis, démon ; colère, honorer). Théol. Qui rend un culte aux démons : Peuples DÉ.MONICOLES.

— s. m. Hist. relig. Membre d’une secte d’anabaptistes qui croyaient que les démons seraient sauvés à’ia fin du monde.

DÉMONISME s- m. (dé-mo-ni-sme — rad. démon). Croyance aux démons.

DÉMONISTE adj. (dé-mo-ni-ste —rad. démon). Qui croit aux démons : Philosophes démonistes.

— Substantiv. Celui qui croit aux démons :

Un DÉMONISTE.

DÉMONOCRATIE s. f. (dé-mo-no-kra-sldu gr. daimàn, démon ; et kratos, puissance), Théol. Puissance des démons.

DÉMONOGRAPHE s. m. (dé-mo-no-gra-fe

— du gr. dat’mdii, démon ; graphe, j’écris). Auteur d’un traité sur les démons : On distinguait parmi les auteurs une classe de démo-

NOGRAFHKS. (Volt.)

DÉMONOGRAPHIE s. f. (dé-mo-no-gra-fi

— rad. démonographé). Étude, traité sur les démons : L’auteur d’une démonographie.

DÉMONOGRAPHIQUE adj. (dê-mo-no-graii-ke — rad. démonogruphie). Qui a rapport à la démonographie : C’est lorsqu’il s’abandonne à sa verve dèmonographique que Goya est surtout admirable. (Th. Gaut.)

DÉMONOLÂTRE adj ! (dé-mo-no-lâ-tre — du gr. daimàn, démon ; latreia, adoration). Théol. Qui adore les démons : Peuple démonolâtre.

— Substantiv. Personne qui adore les démons : Les démonolàtres.

DÉMONOLÂTRIE s. f. (dé-mo-no-Iâ-trlrad. démonolâtre). Adoration, culte des démons : Se livrer à la dèmonolÂtrie.

DÉmoNOLÂtriQUE adj. (dé-mo-no-lâtri-ke — rad. démonolâtre). Qui a rapport, qui tient à la démonolâtrie : Lors de l’épidémie démonolâtrique qui désola le Labourd, les enfants eux-mêmes furent atteints par la maladie. (A. de Gasparin.)

DÉMONOLOGIE s. f. (dé-mo-no-lo-jîdu gr. daimàn, démon, et logos, traité). Science, traité de la nature dos démons : Les Hébreux rapportèrent de IJabylone une démonologie complète, et un dieu aussi semblable au dieu de Zoroastre qu’à celui de Moïse. (Peyrat.)

Démonologie et «orceiierîo, par sir Walter Scott. Ce curieux traité de l’illustre romancier est divisé en douze chapitres. Dans le premier, l’auteur, après une dissertation sur l’origine des opinions générales touchant la démonologie parmi les hommes, se montre l’ingénieux adversaire du surnaturel, et explique les prétendues apparitions par la croyance à l’immortalité de l’âme, la crédulité, le dérangement des organes, les illusions des sens, etc., le tout appuyé d’exemples nombreux et intéressants. Le second chapitre ouvre l’histoire de la démonologie. L’auteur commence par examiner les effets de la chute do l’homme sur les communications entre le genre humain et le monde spirituel, puis il recherche l’origine des sorcières, dont il trouve le nom dans le texte de VExode, et étudie la nature de ces devineresses, entre autres la sorcière d’Endor. Il termine ce second chapitre par des considérations générales sur la sorcellerie. Le troisième contient, avec une étude sur le culte de Zoroastre, une revue rapide de la démonologie des peuples du Nord et particulièrement des tribus celtes d’Écosse. Walter Scott parle des prophétesses des Germains, des dieux du Valhalla, des démons du Nord, des satyres Ourisk et Mening, etc., et des superstitions septentrionales mêlées à celles des Celtes. Dans le quatrième chapitre, l’auteur nous entretient des sources d’où découlent les idées

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superstitieuses sur les fées et les divinités rurales et sylvaines ; îl s’étend ensuite sur le caractère attribué aux fées et raconte les aventures de Merlin, d’Arthur et de Thomas d’firceldonne. Le chapitre se termine par des conjectures sur l’étymologie du mot fairy, qui peut dériver du persan péri, de l’anglais fair, du français fée et du latin ou de l’italien fata. Le chapitre cinquième contient seulement des anecdotes et des recherches bibliographiques. Dans le suivant, l’auteur parle de l’effet immédiat du christianisme sur les superstitions populaires. Après la Réforme, la démonologie, attaquée par Naudé, Scot et autres, est défendue par Bodin, Rémi, etc. L’imperfection des sciences physiques à cette époque et l’ascendant du mysticisme dans cette partie des connaissances humaines militent en faveur de la démonologie. Le chapitre septième parle des lois contre les sorciers et les sorcières et de plusieurs procès fameux : ceux de la pucelle d Orléans, de la duchesse de Glocester, des persécutions contre les Vaudois, de la bulle du pape Innocent VIII, des sorcières en Espagne et en Suède. Au chapitre huitième, Walter Scott traite des rapports de la sorcellerie avec la politique, ainsi que des statuts de Henri VIII, et il donne le récit d’un très-grand nombre d’histoires de sorcellerie, récit qui continue dans le chapitre suivant et se termine par la dernière sentence de mort pour cause de sorcellerie prononcée en Écosse, en 1782. Dans le dernier chapitre, l’auteur parle des arts mystiques indépendants de la sorcellerie, de l’astrologie, de la croyance aux revenants, aux esprits, aux apparitions, le tout accompagné d’un très-grand nombre d exemples et d anecdotes curieuses. L’ouvrage se termine par une profession de foi de scepticisme faite par 1 auteur. On ne saurait trop admirer l’érudition et l’esprit déployés par Walter Scott dans ce traité, qui eût pu si lacilement être ennuyeux et qui, tout en restant savant et didactique, est si intéressant que la lecture en est facile autant qu’agréable.

DÉMONOLOGUE s. m. (dé-mc-no-lo-ghedu gr. daimàn ; démon, logos, discours). Celui qui s’occupe de démonologie, auteur d’un traité de démonoiogiB : Les démonologues du moyen âge.

DÉMONOMANCIE s. f. {dé-mo-no-man-sldu gr. daimàn, démon ; manieia, divination). Divination exercée sous l’inspiration du démon.

DÉMONOMANCIEN, IENNE adj. (dé-mojio-man-si-ain — rad. démonomancie). Qui concerne la démonomancie : Divination démongmanciennb. il Qui s’occupe de démonomancie : Devin démonomancien.

— Substantiv. Celui, celle qui pratique la démonomancie : Un démonomancien.

DÉMONOMANE s. (dé-mo-no-ma-ne — du gr ; daimàn, démon ; mania, fureur). Personne atteinte de démonomanie.

DÉMONOMANlEs. f. (dé-mo-no-ma-nî— du gr. daimàn, démon ; marna, fureur). Aliénation mentale dans laquelle on se croit possédé du démon, ou dans laquelle on éprouve une peur du diable et de l’enfer poussée jusqu’à la folie : Considérablement affaiblie depuis le xvme siècle, ta démonomanie a reparu avec les idées religieuses. (Brierre de Boismont.)

— Encycî. Méd. Les superstitions remontent à l’origine du monde, et sous les régimes les plus divers, sous la discipline des religions los plus différentes, l’homme n’a cessé de croire à l’existence d’esprits malins et pervers, sans cesse occupés à le tourmenter. La croyance au démon se compliqua nécessairement de la croyance aux possessions diaboliques, et, durant les longs siècles qui ont précédé le nôtre, ce dogme fut universellement reconnu, non-seulement par la masse ignorante, mais encore par les savants les plus illustres, les jurisconsultes et les médecins eux-mêmes. Cependant quelques doutes surgissaient par intervalles, quelques scrupules se faisaient jour dans l’esprit des juges appelés à se prononcer sur ces matières. Était-il bien certain que le diable intervînt si souvent dans les affaires de ce monde ? N’était-il pas vraisemblable qu’il pût exister des aberrations de l’intelligence simulant une possession diabolique ? Il fallut les efforts combinés de la philosophie du xvme sièclo et des médecins aliénistes les plus éminents, pour dissiper les ténèbres d’ignorance et de superstition dont le monde était encoro enveloppé ; mais enfin la lumière se fit, et la possession diabolique fut désormais regardée comme une forme particulière de l’aliénation mentale.

Nous n’avons pas l’intention de raconter ici la longue histoire des possessions diaboliques, qui furent, pour le moyen âge et le commencement de l’âge moderne, un objet de terreur et une occasion toujours nouvelle de déployer les rigueurs d’un fanatisme ignorant et ombrageux ; l’histoire de la démonomanie ne commence, pour nous, qu’au moment où cette affection morale est regardée comme appartenant au domaine médical, et soustraite a la juridiction ecclésiastique qui arrosait ses bûchers du sang des malheureux aliénés.

La fin du xvio siècle s’était signalée par une effrayante recrudescence de possessions diaboliques. L’horrible fléau sévissait épidémiquement ; des communautés, des villes en DEMO

tières étaient possédées des démons, et les exorcistes se lassaient d’allumer les bûchers et de combattre le malin esprit avec toutes les armes que la foi mettait à leur service. Le xviie siècle ne s’ouvrit pas sous de meilleurs auspices. Le démon semblait s’être fixé dans les couvents de filles : en 1609, le couvent des ursulines d’Aix ; en 1613, celui de Sainte-Brigitte, à Lille, et en 1632 celui des ursulines de Loudun, étaient envahis par l’épidémie dômonomaniaque. Cette dernière affaire fit du bruit : tout ce qu’il y avait de jurisconsultes et de polémistes se passionna pour le procès qui s’ouvrait à Loudun. Le terrible drame qui devait se terminer par la mort du malheureux Urbain Grandier avait du moins le privilège d’attirer l’attention des hommes compétents sur une matière digne du plus grand intérêt. Malheureusement, le3 idées qui régnaient alors eurent une grande influence sur les esprits, et la vérité ne put se dégager des débats contradictoires qui s ouvrirent sur un aussi dangereux sujet. « Les souvenirs de la maladie de Loudun, ait M. Calmeil dans son ouvrage sur la folie, font peu d’honneur à la science des médecins de l’époque. Les ursulines appelèrent a leur secours presque tous les médecins des villes, grandes ou petites, situées dans un rayon distant de 25 à 3011eues delà communauté ; des remèdes internes furent prodigués aux malades ; personne ne s’avisa de recourir à un plan de traitement régulier et méthodiquement suivi. À dire vrai, la volonté des médecins était dominée par celle du clergé, et la médication la plus rationnelle eût été rendue infructueuse par la stimulation qu’entretenaient les conjurations, les adjurations de tant de moines occupés à combattre les démons ; mais il n’est que trop vrai que tous ces médecins comptaient plus sur l’efficacité des exorcismes que sur la puissance de leur art. Jamais la crédulité de leur esprit ne se montra d’une manière plus fâcheuse que dans les réponses qu’ils firent aux questions qui leur furent posées pendant le cours du procès d’Urbain Grandier. Sur vingt-quatre à vingt-cinq rapports qu’ils rédigèrent, non-seulement il n’en est pas un seul où il soit dit explicitement que la maladie des ursulines n’offrait rien que de très-naturel ; mais encore on s’extasie dans tous sur l’étrangeté des phénomènes que l’on a sous les yeux, et l’on finit par conclure que la science du diable est seule capable d’opérer de pareils prodiges.

Il ne faut pourtant pas confondre ici les médecins de quelques grandes villes qui vinrent au nombre de plus de cent, mais en simples amateurs, avec les hommes de l’art qui eurent seuls à rédiger les rapports comme membres de la commission officielle nommée par Laubardemont, Parmi ces derniers, Fanton, de Loudun, était le seul homme de mérite et de réputation, et il ne croyait pas, pour sa part, à l’action des diables sur les religieuses ; mais, menacé par Laubardemont, qui fit contre lui un commencement de poursuites, il eut peur, rétracta au moins à moitié ce qu’il avait dit pour expliquer naturellement la maladie de la supérieure, et borna désormais son opposition à ne plus mettre les pieds dans le couvent des ursulines.

Les médecins étrangers à la commission pouvaient parler plus à leur aise de la possession. Parmi ces derniers, nous citerons Duncan, qui osa écrire u n li vre pour dévoiler les fraudes qui furent commises aux exorcismes et ramener à une explication naturelle les phénomènes des convulsions des ursulines. Voici, suivant la relation qu’en a donnée M. Figuier dans son JJistoire au merveilleux, en quoi consista l’intervention du médecin Duncan, qui publia dès l’année 1634 son Discours sur la possession des ursulines de Loudun. « Dans cette importante dissertation, dit l’auteur auquel nous empruntons ces lignes, Marc Duncan commence par îrotester do sa croyance au fait général de a possession, que l’on ne saurait, dit-il, mettre en doute sans être impie ; mais, en ce qui touche la possession particulière des ursulines, il la nie formellement. Ne se peut-il pas faire, dit Duncan, que, par folie et erreur d’imagination elles croient être possédées, ne l’étant pas ? Pour expliquer comment ces religieuses ont fini par se croire possédées sans l’être, il rappelle que les profondes méditations, les veilles, les fatigues, les longs jeûnes, exaltent singulièrement l’imagination ’ des individus mélancoliques. Il serait à désirer, dit-il, que de tels esprits ne s’adonnassent pas à la vie solitaire et religieuse ; caria fréquentation ordinaire des hommes leur pourrait servir de préservatif contre de tels maux. Duncan passe en revue les phénomènes qu’il a observés lui-même chez les fanatiques de Loudun, la connaissance des langues, la pénétration des pensées, les mouvements convulsifs, l’augmentation de force muscufaire, etc. ; il ne voit rien dans tout cet ensemble qui soit différent de ce que l’on observe chez les individus affectés de mélancolie. Cette dissertation de Duncan, qui se distingue par une netteté d’expressions et de vues peu commune chez les médecins de cette époque, est une œuvre très-élevéo de philosophie. » Duncan ne manqua pas de contradicteurs, à cette époque où la foi religieuse dominait si puissamment les esprits ; mais il eut ses défenseurs, et peu à peu la vérité se fit jour. Le médecin anglais Thomas Brown, et, en France, Gilles Ménage, soutinrent que la possession diabolique des ursuh