Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 8, part. 3, Frit-Gild.djvu/399

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


GESN

collège d’Anspach. Au bout d’un an, le sénat de Leipzig le choisit pour être recteur de l’école de Saint-Thomas. De là, il fut appelé à occuper la chaire de belles-lettres à l’université de Gœttingue, et en même temps il obtint la chance de bibliothécaire et la direction du séminaire philologique, une de ses fondations, sorte d’école normale où les jeunes gens viennent, à la fin de leurs études classiques, se préparer à l’enseignement publie.

Gesner est un des grands érudits du siècle dernier ; toutes les langues de l’Orient, et particulièrement l’hébreu, lui étaient familières. Il connaissait à fond les auteurs de l’antiquité grecque et latine, non pas seulement les écrivains de génie, mais encore ceux d’un rang inférieur. L’étude approfondio de l’histoire et de la philosophie anciennes ne l’empêcha pas de s’intéresser aux événements politiques et aux travaux philosophiques de son temps. Doué de facultés extraordinaires, il parcourut tout le cercle des connaissances humaines, sans en excepter la théologie, la jurisprudence, les mathéma’.'. jues et l’histoire naturelle. Pendantson séjour à Iéna, il donna une édition du Philopatris de Lucien ; à Weimar, il publia ses Éléments de rhétorique et une Dissertation sur les jeux et les années séculaires des Romains. Étant bibliothécaire dans cette dernière ville., il consacra ses loisirs à l’édition des Agriculteurs latins, Caton, Varron, Columello, Pulladius, à laquelle il joignit la médecine vétérinaire de Végèco et un fragment de Gargilius Martialis, ne cura boum. Le principal mérite de cette collection consiste dans un excellent lexique des termes d’agriculture. La publication de sa Chrestomathie de Cicéron et de sa Chrestomathie grecque date de son séjour à Leipzig. On lui doit encore une édition du Panégyrique et des Lettres de Pline, et des œuvres de Quintilien, d’Horace et de Claudien. Gesner traduisit en latin les œuvres de Lucien. Mais ce qui le recommande spécialement à l’attention de la postérité, c est son édition du Trésor latin de Robert Estienne, Novus lingux et eruditionis romans Thésaurus, post Jioberti Stephani et aliorum curas (Leipzig, 1749, 2 voL in-fol.), par laquelle il a rendu à l’étude de la littérature et des antiquités romaines un service signalé. Cet ouvrage est indispensable aux philologues, même après la publication des beaux dictionnaires de Facciolati et de Forcellini ; Gesner a disposé les citations d’une manière plus nette et plus logique. Au nombre de ses plus importants ouvrages se rangent encore les Pnélectiones ad primas lineas isagoges in erudilionem uniuersalem (20 édit., publiée par NicklasLeipzig, 1774, 2 vol. in-S°]), qui sont un premier essai d’une encyclopédie universelle des sciences. La mort le surprit au moment où il s’occupait d’une édition du Pseudo-Orphée, qui fui achevée par Hamberger. Parmi ses ’ opuscules, nous citerons une dissertation qui fit beaucoup de bruit à cause de la singularité de son titre ; elle est intitulée : Socrates sanctus piederasta ; accedit corotlarium de antiqua asinorum honestale ; les Opuscuta vavii argumenti (Breslau, 1743-1745, 8 vol.), recueil de ses dissertations, et le Thésaurus epistolarum Gesneri (Halle, 1768, publié par Klotz), collection de ses lettres. Sur sa vie, v. Ernesti, Narratio de J.-M. Gesnero ad D. liuhnkenium, dans les Opuscula oratoria (Leyde, 17G2, p. 305).

GESNER (Jean-Jacques), numismate suisse, né à Zurich en 1707, mort en 1787. Il a laissé, sur les médailles, des ouvrages où l’on trouve plus d’érudition que de critique. Nous citerons : Thésaurus universalis omnium numismatum veterum gr&corum et romanorum (1733, 4 vol. in-fol.) ; Numismata regutn Macedonix (1738, in-fol.).,

GESNER (Jean), médecin et botaniste suisse, frère du précédent, né à Zurich en 1709, mort en 1780. Il étudia la médecine sous Boerhaave, la botanique sous Haller et les mathématiques sous Bernouilli. Professeur pendant quarante-cinq ans dans sa ville natale, il y a fondé la Société de physique et le Jardin botanique. Parmi ses nombreux ouvrages, il faut mentionner : De coi-porum motu et virilius (174G, in-4°) ; De ihermoscopio bolanico (1755, in-4<>) ; Phytograp/iia sacra (1759-1768, 2 vol. in-4°).

GESNER (Salomon), célèbre poste et paysagiste suisse, né à Zurich le l«r avril 1730, mort le 2 mars 1788. Son père, qui était imprimeur dans cette ville, voulait lui faire apprendre son état et l’envoya en apprentissage a Berlin. Mais le jeune Gesner, qui s’était épris de passion pour la lecture et le dessin, délaissa.l’atelier et rechercha la société des artistes et des poètes. Il entra en relations suivies avec le peintre de la cour, Kempel, fréquenta les poètes Bamler, Hagedorn, et vit aussi son célèbre compatriote Sulzer de "Winterthur, l’auteur du Dictionnaire des beaux-arts, que le grand Frédéric avait attiré à Berlin.

De retour à Zurich, Salomon Gesner se livra tout entier à ses goûts.-La poésie anacréontique et bucolique avait pour lui un

charme particulier ; il s’enthousiasma pour Longus et Théocrite et chercha bientôt à les i.nitor à sa façon. Son début dans ce genre fut le poëme de la Nuit (1752), suivi d’un second poème intitulé : Daphné (1754). Le premier l’ut peu remarqué ; le second le fut davantage ; mais le jeune poète ne réussit pas

Viu.

&ESN

cependant à triompher de la froideur calculée de l’Allemagne, encore irritée de la guerre que l’école suisse de Bodmer avait faite à l’école saxonne de Gottsched. À Zurich même, l’auteur deJa pastorale de Daphné se vit sur le point d’être arrêté tout net par la censure locale, dont la pudeur s’alarmait de certaines images voluptueuses. L’impression n’en fut permise que moyennant la suppression du nom de l’auteur, qui ne parut que dans les vignettes.

L’année 175e marque dans la vie do Gesner par la publication du premier volume des Idylles, traduit presque immédiatement en français par le Genevois Huber. Cet ouvrage eut à Paris un succès d’enthousiasme et de vogue extraordinaire. L’esprit français, blasé sur les faux bergers de Fontenelle et les brebis enrubanées de Mm6 Deshoulières, accueillit avec transport les bergeries non moins conventionnelles, mais plus intimes, plus naïvement pastorales et plus touchantes du Théocrite de l’Helvétie. C’est de ce tiire.que le saluaient, non-seulement toute la pléïado des poëtes gracieux, à commencer par Berquin, Florian et Léonard, jusqu’à Mm<> du Bocage, mai 3 de graves écrivains, comme le marquis de Turgot, le futur ministre de Louis XVI, un satirique de génie comme Gilbert, et ces grands semeurs d’idées qu’on nomme Diderot et J.-J. Rousseau. Ce dernier appelait le poëte de Zurich un homme selon son cœur. N’oublions pas, parmi les admirateurs de Gesner, le plus vrai poëte idyllique "et rêveur qu’ait eu la France du xvmo siècle, André Chénier. Dans ses fragments d’idylles, l’auteur de la Jeune captive a célébré

... Les bords montueux de ce lac enchanté Des vallons de Zurich, pure divinité, Qui du sage Gesner à ses nymphes avides Murmure des chansons sous leurs autres humides.

Aux admirateurs de Gesner il faut joindre encore Mirabeau, qui, dans son livre Sur la monarchie prussienne, a consacré quelques lignes enthousiastes au poète zurichois.

La Mort d’Abel, sorte d’épopée pastorale composée en 1758, sur l’invitation de Kiopstock, ajouta encore à la gloire do Gesner et eut une foule de traducteurs et d’imitateurs dans toutes les langues. Ce poëme fut suivi du Premier navigateur, regardé par les critiques allemands comme le plus parfait des écrits de Gesner, mais au fond assez faible. Enhardi par le succès, Gesner essaya de la comédie pastorale et composa deux pièces de théâtre, dont l’une a fourni à Marmontel le canevas et une partie des développements de sa pièce de Sylvain. Mais te véritable champ de l’activité poétique de Gesner, c’était toujours la pastorale proprement dite. Le second volume des Idylles, paru en 1778, eut le même succès que le premier volume. •

Au talent du poëte, Gesner unissait celuidu peintre. Mais son pinceau délicat et suave n’était guère occupé qu’à reproduire les paysages où il avait placé la scène de ses esquisses idéales. La peinture de Gesner a, comme sa poésie, un attrait de douceur, de grâce et d’harmonie. Une partie de ses compositions sont faites à la gouache. Gesner s’était formé principalement par l’étude de la nature.

Quoique Gesner n’eût aucune prétention à la science proprement dite, il avait beaucoup réfléchi sur l’art, et il a consigné ses observations dans ses Lettrés sur le paysage {iiriefe uber Landschaftmalerei), qui sont comme la poétique de l’écrivain zurichois. Il faut lire aussi la correspondance de Gesner et de sa femme avec leur rils en séjour à Dresde, de 1784 à 1788. On apprendày connaître l’homme de cœur et l’ami de l’humanité.

Le génie littéraire de Gesner nous paraît n’avoir jamais été mieux apprécié que dans ce jugement de M. Kurz, professeur ù Aurait et auteur d’une Histoire de la littérature allemande : « Gesner n’est pas un vrai disciple de Théocrite ; il a créé un genre. Pendant que dans l’idylle grecque l’action forme le centre du poëme, elle n’est qu’un accessoire dans l’œuvre du poëte suisse. Les idylles de ce dernier sont de véritables tableaux, et là même où elles tournent à l’action, elles n’ont pour but que de faire ressortir davantage les caractères et les impressions des personnages ; l’homme demeure le vrai centre de l’action. Cette conception de l’idylle n’est pas propre, il est vrai, à produire une grande variécé de caractères et de situations ; mais, dans ce milieu circonscrit, l’auteur sait donner cependant des développements très-différents aux caractères de ses personnages, à l’aide de traits déterminés et choisis avec beaucoup d’art. En ce sens, les idylles de Gesner sont de vrais chefs-d’œuvre. Mais le défaut capital de ses compositions, c’est qu’au lieu d’être tirées de la vie réelle elles- appartiennent toutes au monde idéal que s’est formé le poëte. Gesner n’a pas su idéaliser la vie réelle. »

À ce jugement de M. Kurz nous ajouterons que, si Gesner n’eût pas été égaré par le faux système qu’il s’était forgé, et s’il eût continué les traditions nationales du grand poète descriptif des Alpes, Albert de Haller, il eût été capable de fonder une véritable école de poésie, témoin sotiChant d’un Suisse qui a pris les armes pour défendre son pays, et le poëme de la Jambe de bois de Nmfels, où il a mis en scène avec autant de coloris que

G ESP

de vigueur un soldat des temps héroïques de la Confédération.

GESNER (Abraham), géologue et chimiste américain, né à Cornwalis, dans la NouvelleÉcosse, au commencement du siècle. Son

père, le colonel Gesner, prit parti pour le gouvernement anglais dans la querelle entre les colonies américaines et la métropole, et, après le 4 juillet 177G, il se retira dans la Nouvelle-Écosse. Dès sa plus tendre enfance, le docteur Gesner témoigna du goût le plus vif pour les sciences naturelles, et les connaissances qu’il acquit en minéralogie et en géologie lui firent donner, fort jeune encore, une mission du gouvernement canadien pour l’exploration minéralogique du bas Canada. Son ouvrage Sur la minéralogie et la géologie de la Nouvelle - Écosse lui valut les suffrages du célèbre géologue sir Charles Lyell, et I attention du gouvernement fut vivement excitée par ses travaux sur le charbon, le fer, le cuivre, les schistes argileux et autres gisements importants de l’Amérique du Nord. Chimiste distingué, le docteur Gesner était parvenu à extraire d’une sorte d’asphalte, qu’on rencontre communément dans les îles de l’océan Indien et au Nouveau-Brunswick, un gaz d’éclairage dont il essaya de vulgariser l’emploi. Dans ces derniers temps, il a publié un ouvrage sur les ressources industrielles de la Nouvelle-Écosse.

GESNÉRIACÉ, ÉE adj. Cè-sné-ri-a-sérad. yesnérie). Bot. Qui ressemble ou qui se rapporte au genre gesnérie. !i Ou dit aussi

GESNÉRACÉ et GESNKRÉ.

— s. f. pi. Famille de plantes dicotylédones, ayant pour type le genre gesnérie.

— Encycl. Les gesnériacées sont des plantes herbacées^ rarement sous-frutescentes à la base, à feuilles opposées ou alternes. Les fleurs, axillaires ou terminales, ont un calice mouosépale, persistant, à cinq divisions, adhérant par sa base avec l’ovaire, plus rarement libre ; une corolle inonopôtale, irrégulière, à cinq divisions inégales, formant quelquefois comme deux lèvres ; deux ou quatre étamines insérées sur la corolle ; un ovaire, tantôt infère et couronné par un disque épigyne souvent lobé.tan tôt libre et à disque hypogyne ou latéral ; cet ovaire, à une seule loge multiovulée, est surmonté d’un style simple, terminé par un stigmate simple, creux au centre. Le fruit est une capsule bivalve ou une baie renfermant un grand nombre de graines, à albumen charnu.

Cette famille, qui a des affinités avec les cyrtandracées, les bignoniacées, les personnées et les orobanchées, comprend les genres suivants, groupés en deux tribus :

I. Gesnériées (ovaire adhérent) : g. gesnérie, trévirane, gloxinie, solénophore, niphée, rhytidophylle, conradie.

IL Beslëriées (ovaire libre) : g. beslêrie, sarmienta, mitraire, columnée, archiinénès, hypocyrte, tidea, drumonie, tapina, némathanthe, ailoplecte, épiscie, etc.

Les gesnériacées habitent l’Amérique et se trouvent surtout dans les régions équatoriales ; plusieurs sont épiphytes. Les baies de quelques espèces sont sucrées, mucilagiueuses et comestibles.

GESNÉRIE s. f. Cè-sné-rî— deGesner, bot. suisse). Bot. Genre de plantes, type de la famille des gesnériacées et de la tribu des gesnériées, comprenant une trentaine d’espèces, qui croissent dans les régions chaudes de 1 Amérique. Il On dit aussi GESNÉRK.

— Encycl. Plusieurs espèces de gesnéries sont cultivées dans les jardins. La gesnérie en ombelles, originaire du Brésil, à rhizome tubéreux, se distingue par une tige cylindrique, des feuilles cordiformes, velues comme les tiges, crénelées, viohUres en dessous, et par des fleurs eu ombelles, placées au sommet d’un pédoncule, à calico d’un rouge brun, à corolle tubuleuse, de couleur rouge, semée de taches, divisée en lobes égaux. C’est une plante de serre chaude. Il faut l’arroser très-niodérément en été et presque jamais en hiver. On la multiplie de boutures, ha. gesnérie de Gérolt, qui nous vient de l’Amérique méridionale, demande la mémo culture. Cette

plante est entièrement couverte de poils fins, serrés et soyeux. Les feuilles sont très-grandes, cordiformes, d’un vert cendré en dessus, blanchâtres en dessous. La gesnérie du roi Léopold a une tige droite, simple, nue inférieurement, trois ou quatre feuilles vertes en dessus, violettes en dessous, surmontées d’une courte panicule de (leurs tubuleuses orange vif. On trouve dans le commerce un assez grand nombre de variétés hybrides très-recherchées des amateurs.

GESNÉRIE, ÉE adj. Cè-sné-ri-é — rad. gesnérie). Bot. Syn. de GiiSNÉKUcii.

— s. f. pi. Tribu de la famille des gesnériacées, ayant pour type le genre gesnérie.

GESOBIUVATKS, ville de l’ancienne Gaule, dans la Lyonnaise 111°, chez les Osismiens, aujourd’hui Brest.

GESORIACUM, ville de la Gaule, dans la Belgique 11% chez les Morins, aujourd’hui boulogne-sur-Mer.

GESPUNSART, village et comin. de France (Ardennes), caiit. de Oharleville, arrond’. et à 13 kilom. N.-E. de Mézièrcs ; pop. aggl., 1, -SOS hab. — pop. tôt., 2,104 hub. Extraction

GESS

1 i>33

de minerai de fer-, clouterie. Église richement décorée.

GESR1L DV PAPEU (Joseph - François-Anne), marin français, né à Saint-Malo en 1767, mort en 1795. Après avoir été le condisciple de Ch/iteaubriand, il entra dans lamiv rine en 1781. I ! fit la guerre de l’indépendance américaine, devint lieutenant de vaisseau en 1789, émigra pendant la Révolution, fit partie de l’expédition de Quiberon, se battit à Sainte-Barbe (1705) et au fort Penthiévrc, puis, bien que malade de la fièvre, il se rendit à la nage jusqu’au vaisseau anglais, pour demander, au nom de Sombrouil, de faire cesser lo feu. Ayant tenté le retour par la même voie, il fut accueilli à coups de fusil par les soldats républicains répandus sur la côte. Il fut pris et conduit à Auray, où on le fusilla.

GESSE s. f. Cè-se— L’origine de ce mot n’est pas certaine. M. Littré croit que l’on peut conjecturer que gesse représente le latin vicia, les genres vicia et lalhyrus, vesce, étant des genres voisins. Quant à vicia, il répond exactement au grec bikion, lithuanien vikis, bohémien vika, vikeu, allemand loicke ; mais il est probable que ce dernier vient directement du latin). Bot. Genre de plantes, de la famille des légumineuses, tribu des, viciées ; graine de cette plante : La gesse tubéreuse porte des /leurs roses et odorantes. (F. Gérard.)

— Encycl. Les gesses sont des plantes herbacées, annuelles ou vivaces, a tiges ordinairement anguleuses, grimpantes, à feuilles alternes, munies de deux grandes stipules, et composées d’une à trois folioles opposées, portées sur des pétioles qui se terminent en vrille simple ou rameuse. Les fleurs, ordinairement peu nombreuses et portées sur de longs pédoncules axillaires, ont un calice à cinq divisions, les deux supérieures plus courtes ; une corolle papilionacée, souvent très-grande et d’un colons varié ; dix étamines diadelphes ; un style plan, élargi au sommet et un peu velu. Le fruit est une gousse oblongue, renfermant un assez petit nombre de graines rondes ou anguleuses. Ce genre comprend une quarantaine d’espèces, dont la plupart croissent spontanément en Europe, et quelques-unes dans le nord de l’Asie ou en Amérique. Plusieurs d’entre elles jouent un rôle considérable en agriculture, comme servant à la nourriture de l’homme et surtout des animaux domestiques j d’autres sont recherchées dans las jardins d agrément.

La gesse commune ou cultivée est une plante annuelle, à fleurs bleues, qui croît spontanément dans les moissons du midi de l’Europe ; on possède une variété à fleurs blanches, qui est plus estimée. On la cultive en grand, pour sa fane et pour ses graines, et elle donne, du moins dans les régions méridionales, des produits plus avantageux que ceux de la vesco ou du pois gris. Elle est aussi apte que ces deux dernières plantes à améliorer et à nettoyer lo sol, parce qu’elle étouffe les mauvaises herbes ; elle a, en outre, l’avantage de croître dans des terrains médiocres, où la vesce et le pois ne sauraient prospérer. On la sème, dans le Midi, à l’automne, et dans le Nord après les dernières gelées, sur un sol préparé par deux labours ; le semis ne doit être ni trop clair ni trop épais ; en Angleterre, on l’opère par lignes, afin de pouvoir biner au besoin ot obtenir ainsi de meilleurs résultats. Quand la terre est humide ou qu’il pleut après le semis, la gesse lève promptementet foisonne beaucoup. Quelques auteurs recommandent de la faucher avant la floraison, ce qui permet, disent-ils, d’obtenir une autre récolte l’année suivante. En général, on la fauche quand les fleurs sont à moitié passées, si on veut l’employer comme fourrage. La fane de cette plante, verte ou sèche, convient à tous les bestiaux, et surtout aux moutons. Elle les tient en chair et même les engraisse.

La graine de la gesse est très-sucrée ; fraîche ou sèche, elle entre dans l’alimentation de l’homme. Difficile à digérer pour les estomacs délicats, à cause de la dureté et de l’épaisseur de sa peau, elle est bien meilleure et plus agréable au goût, surtout verte, quand elle est réduite en purée. On la mange aussi grillée comme les châtaignes. Les populations pauvres du midi de 1 Europe s’en nourrissent pendant une grande partie de l’année. Torréfiée et réduite on poudre, elle fournit un succédané du café. Bouillie et réduite eu farine grossière, elle est excellente poulles animaux domestiques, et surtout pour les cochons, qu’elle engraisse promptement. Oit en nourrit aussi les oiseaux de basse-cour. Cette graine est connue sous les noms vulgaires de pois gesse, puis breton, lentille d’Es’ pagne, etc. Son rendement et sa qualité alimentaire vont en augmentant à mesure qu’on s’avance vers le Midi. La même observation peut s’appliquer à la fane, qui, de plus, fournit un très-bon engrais vert quand on l’enterre à la charrue au moment de la floraison. Dans tous les cas, cette plante convient surtout aux climats et aux terrains secs, car elle craint beaucoup l’humidité surabondante.

La gesse anguleuse doit son nom à la forme caractéristique de ses tiges ; ses foliojes sont linéaires et très-aiguës, ses fleurs rouges et solitaires. C’est encore une espèce annuelle et méridionale. Ses tiges sont presque dressées et forment de grosses touffes. Elle vc 155