Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 8, part. 4, Gile-Gyz.djvu/211

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GRAS

misticho de la fable de La. Fontaine : le Bat qui s’est retiré du monde. V. Bien.

GRAS (Claude-Lupicin), chirurgien français, né à Moyrans (Franche-Comté) en 1738, mort à Besançon en 1805. Il devint chirurfien en chef de l’hospice des Enfants trouvés ans cette dernière ville, puis professeur de chirurgie au collège royal et médecin des prisons. Il a laissé en manuscrits un Cours de chirurgie et des Observations pratiques.

GRAS-CUIT adj. m. Techn. Se dit du pain qui n’a pas levé, qui est pâteux faute de cuisson.

GRAS-DOS s. m. Ichthyol. V. GradOS.

GRAS-DOUBLE s. m. Art culin. Membrane de l’estomac du bœuf : Un plat de grasdouble.

GBASER (Jean-Baptiste), écrivain italien, né àRoveredo (Tyrol) en 1718, mort dans la même ville en 1786. Il entra dans les ordres, professa la philosophie, la théologie, l’histoire dans sa ville natale, puis à Inspruck, où il devint conservateur de la bibliothèque impériale et recteur de l’université. Outre des poèmes, des chansons, des sonnets, où l’on trouve des traits satiriques et mordants, on a de lui : De philosophie moralis ad jurisprudentiam necessilate (Vienne, 1767) ; De Aistorici studii amœnitate atque utiliiate (1775, in-4<>).

GRASER (Jean-Baptiste), pédagogue allemand, né k Eltmann (Franconie) en 1766, mort à Baireuth en 1841, Il fut d’abord second directeur de l’école archiépiscopale et du collège de Salzbourg, professeur de théologie à Landshut (1804), puis devint membre du conseil supérieur de l’instruction publique des principautés de Bamberg et de Wùrtzbourg. Graser a introduit d’utiles réformes dans l’enseignement primaire en Allemagne. Sa méthode est essentiellement pratique ; mais il a le tort, suivant nous, de vouloir que l’éducation soit placée sous la direction absolue de l’État. Nous citerons de lui : Examen de la méthode d’enseignement de la religion catholique (1800) ; Manuel de morale à l’usage des étudiants (1801, 2 vol.) ; Examen critique des principes de l’enseignement de la religion catholique (1803) ; Y Éducation populaire par l’Église et par l’État (1804) ; la Première éducation de l’enfant (1819, . in-8°) ; École élémentaire pratique (1821-1841) ; le Point le plus important à considérer à l’occasion d’une réforme de l’instruction primaire (Baireuth, 1822 et 1853) ; Méthode pédagogique (1832) ; l’Éducation élémentaire considérée dans ses rapports avec la politique de nos jours (Baireuth, 1835) ; Éducation des sourds-muets (1843).

GRAS-FONDURE s. f. (gra-fon-du-rede gras et de fondu). Art vétér. Maladie des chevaux, qui consiste en une inflammation du bas-ventre, et qui est produite ordinairement

Ïiar l’excès du travail ou de la chaleur, u Maadie causée par un extrême embonpoint : Les ortolans qu’on engraisse finiraient par mourir de gras-fondure, si l’on ne prévenait cet accident en les tuant à propos. (BufF.) Il On dit aussi gras-fondu s. m. : Le maréchal de Noailles était un homme d’une grosseur prodigieuse et entassé, qui, précisément comme un cheval, mourut du gras-fondu. (St.-Sim.)

GRASLIN (Jean-Joseph-Louis), économiste français, né à Tours en 1727, mort à Nantes en 1790. Après avoir été avocat au parlement de Paris, il alla se fixer à Nantes (1757), où, pendant trente-trois ans, il fut receveur général des fermes. Graslin fit défricher des forêts, dessécher des marais, et dota la ville de Nantes d’un nouveau quartier, le plus beau de cette cité, construit sur un vaste . terrain qui lui appartenait. Outre une série ’ de mémoires, écrits au sujet de cette dernière entreprise, Graslin a publié : Essai analytique sur la richesse et sur l’emprunt, où l’on réfute la nouvelle doctrine économique qui a fourni à la Société royale d’agriculture de Limoges les principes d’un programme qu’elle a publié sur l’effet des impôts indirects (Londres, 1767, in-8°), et Correspondance contradictoire avec l’abbé Baudau sur un des principes fondamentaux de la doctrine des économistes (Londres, 1779, in-8»). Dans ces écrits, Graslin combat l’école des physiocrates, qui regarde le produit net du sol comme source unique de la richesse, et affirme que celle-ci est produite par le travail, qu’il soit s’applique à l’agriculture, à l’industrie ou au commerce. « La richesse, dit-il, consiste dans tous les objets de besoin qui ont entre eux des valeurs relatives, en ïaison comparée du degré de besoin et du degré de rareté. »

GRASLITZ, ville des États autrichiens (Bohême), cercle et à 22 kilom. N.-O. d’EUenbogen, sur la Zvoda ; 4,000 hab. Fabrication d’instruments de musique, mousselines, toiles, mercerie, tréfileries ; exploitation de mines de plomb.

GRASON s. m. (gra-zon). Miner. Variété de craie.

GRASS (Charles), peintre et littérateur allemand, né vers 1781, mort vers 1822. Il s’adonna avec succès à la peinture de paysage, fit un voyage en Italie et mourut à Rome. Grnss, esprit curieux et chercheur, fit beaucoup de recherches et d’essais sur les divers procédés emplojâa.par les anciens et les modernes. Il publia des pièces de vers "et des

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articles sur les arts dans divers recueils, et lit paraître la relation de son Voyage en Sicile (1815, 2 vol. in-12), avec des gravures au trait représentant des paysages de cette Ile.

GRASS (Philippe), sculpteur français, né à Walxheim (Bas-Rhin) en 1801. Il suivit les cours de l’École des beaux-arts de 1823 à 1829, et débuta au Salon de 1831 par une figure en plâtre, Icare essayant ses ailes, qui fut remarquée des connaisseurs. À partir de 1831, cet artiste a exposé successivement : le Centaure Nessus léguant sa tunique à Déjanire et une Elude de cheval (1833) ; Suzanne au bain (1834) ; la Petite paysanne et un Esclave suppliant (1839) ; les Fils de Niobé (1846) ; le Penseur (1848) ; les bustes ouïes portraitsmédaillons de divers personnages, etc.

M, Grass a-envoyé à l’exposition universelle de 1855 une charmante statue en marbre, la Bose des Alpes, et un groupe en plâtre à celle de 1867, l’Amour désarmé par l’Innocence. La plupart des œuvres de M. Grass sont au musée de Strasbourg ou dans les divers monuments de cette ville. Cet artiste a été récompensé d’une deuxième médaille en 1834. »

GRASSANE s. f. (gra-sa-ne). Arboric. Variété de figue, ronde, aplatie vers l’œil, blanche, à pulpe molle, fade et peu délicate, mais qui est précoce.

GRASSANO, bourg d’Italie, prov. delà Basilicate, district et à 28 kilom. O. de Matera ; 3,500 hab. Récolte et commerce de vins, de soies et de céréales.

GRASSE, ville de France (Alpes-Maritimes), ch.-l. d’arrond., dans une charmante situation et sous un climat d’une admirable douceur, par 430 39’ 28" de lat. et 35’ 19" de long. E., à 40 kilom. de Nice ; pop.~aggl., 8,198 hab. — pop. tôt., 12,241 hab. Tribunaux de l’e instance et de commerce, collège communal. La préparation des liqueurs, des essences et des parfums constitue presque toute l’industrie de Grasse. On y trouve cependant, en outre, des fabriques d’huile, des filatures de soie, des savonneries, des tanneries, des poteries, des confiseries, etc. La ville exporte, année moyenne, pour 11 millions de francs d’huiles et d essences ; elle importe des céréales, des bestiaux, des tissus et des fers.

Grasse, délicieusement située sur le.penchant méridional du Rocavignon, qui présente, un très-bel amphithéâtre, est assez régulièrement bâtie dans sa partie occidentale, tandis que le reste de la ville offre un labyrinthe de rues mal pavées, de longues rampes obliques et d’escaliers difficiles a gravir. Le climat de Grasse est un des plus doux de France ; cependant, en hiver, la température y est moins élevée qu’il Nice et à Cannes, à cause du voisinage des montagnes. Au S. de la ville s’étend une plaine couverte d’oliviers ; les orangers et les citronniers croissent en pleine terre et leurs fruits mûrissent parfaitement.

Grasse, selon quelques savants, fut fondée par Crassus ; d’autres disent qu’elle fut bâtie, dans le vie siècle, par une colonie de juifs. Elle soutint plusieurs sièges au moyen âge. Les Sarrasins emmenèrent une partie de ses habitants en esclavage. Raymond Bérenger, comte de Provence, s’en empara en 1226. Au xvie siècle, par ordre de François Ier, la ville I fut détruite et ses campagnes ravagées pour que les armées de Charles-Quint ne trouvassent devant elles qu’un désert. Rebâtie peu

! après, elle fut assiégée par le barpn de Vins,

qui fut tué sous ses murs. En 1815, Napoléon, à son retour de l’Ile d’Elbe, établit son premier bivouac à Grasse, sur un petit tertre de gazon qui couronne le rocher de Ribes. Patrie du conventionnel Isnard, du peintre Fragonard et du botaniste Jaume Saint-Hifaire.

Grasse possède quelques monuments remarquables. Le plus ancien est la tour romaine attenante à l’hôtel de ville, ancien palais des évêques. À l’intérieur de la cathédrale, lourd édifice gothique, on remarque une Assomption de Subleyras, un tableau de Fragonard père, et un Jugement dernier de Gué. Le double perron qui précède la porte principale a été construit sur les dessins de Vauban, qui fournit aussi les dessins des deux cryptes creusées dans le roc au-dessous de la cathédrale. L’ancienne chapelle Saint-Sauveur, transformée en poudrière, qui a la forme d’un polygone de seize côtés, a longtemps été considérée à tort comme un temple élevé à Jupiter. L’hôpital possède trois tableaux de Rubens : l’Exaltation de la Croix devant sainte Hélène, le Couronnement d’épines etle Crucifiement. La bibliothèque de la ville se compose de 10,000 volumes et de précieux manuscrits, parmi lesquels figurent les archives de l’abbaye de Lérins. Nous signalerons en outre : le collège. le théâtre, le palais de justice, la source ou foux, dont les eaux sont tellement abondantes qu’elles alimentent plus de cent fontaines publiques et font mouvoir plusieurs usines ; la promenade du Cours, au milieu de laquelle s’élève une fontaine monumentale et d’où l’on admire le mieux le magnifique panorama des environs de Grasse.

GRASSE (LA),

Ch.-l. ÛO caulu»,

de Carcassonne

bourg de France (Aude),

eti-x-ond. tf ô  ; Vilrtm 51 -F.

sur l’Orbieu au confluent

GRAS

de l’Alson, sur les Corbières ; pop. aggl., 1,104 hab. — pop. tôt.. 1,280 hab. Moulins, tanneries, fabriques de draps, distilleries d’eaux-de-vie, fabriques de chandelles et de vert-de-gris. Beaux restes de constructions monastiques. Dans l’église, bon tableau de L’Espagnolet : les Sacrements.

GRASSE {François-Joseph-Paul, comte de), marquis de Grasse-Tilly, comte de Bar, lieutenant général des armées navales, né à La Valette, près de Toulon, en 1723, mort à Paris le 11 janvier 1788. D’une noble famille originaire de la Provence, le jeune de Grasse fut destiné de bonne heure à entrer dans l’ordre de Malte : dès l’âge de onze ans (1733), il s’embarqua sur les galères de la religion en qualité de garde, et fit plusieurs campagnes dans le Levant. En 1740, le jeune marin passa au service de la France, servit successivement, comme garde de la marine, à bord de plusieurs vaisseaux, et embarqua en 1747 sur la frégate VEmeraude, dans l’escadre de La Jonquière, chargée de conduire à Pondichéry un convoi de 25 bâtiments de la Compagnie •des Indes. Cette escadre, composée de 6 vaisseaux et C frégates, fut rencontrée, le 11 mai 1747, à la hauteur du cap Finistère, par une flotte de 17 vaisseaux anglais, commandée par l’amiral Anson. Après une vigoureuse résistance, les6 vaisseaux français tombèrent successivement au pouvoir des Anglais ainsi que VEmeraude, et de Grasse fut emmené prisonnier en Angleterre, où il resta deux ans. À son retour en France (1757), de Grasse, nommé lieutenant de vaisseau, fit diverses campagnes dans la Méditerranée, à Saint-Domingue et aux Antilles jusqu’en 1758. Ensuite il prit le commandement du cutter le Zéphyr, qu’il conserva pendant près de trois aîinées et avec lequel il remplit diverses missions importantes, dont une à la côte de Guinée, qu’il était chargé d’explorer. Au mois de janvier 1762, il fut nommé capitaine de vaisseau et promu au commandement du Protée, à bord duquel il fit une nouvelle campagne à Saint-Domingue et aux Antilles. En 1764, il reçut le brevet de chevalier de Saint-Louis et le commandement de la frégate l’Héroïne dans l’escadre du comte Du Chaffault, sous les ordres duquel il assista au bombardement de Salé en 1765 ; puis, en 1772, il fit une campagne d’évolutions dans l’escadre du comte d’Orvillers. Au début de la guerre d’Amérique, le comte de Grasse assista au combat d Ouessant, livré le 27 juil let 1778 par le comte d’Orvillers. Le Bobuste, . de 74 canons, qu’il montait, faisait partie de l’arrière-garde de l’armée française ; il fut engagé plusieurs fois, dans cette action, avec des forces supérieures et soutint vaillamment l’honneur du pavillon. Nommé chef d’escadre en 1779, U alla prendre à Brest le commandement de 4 vaisseaux et de plusieurs frégates pour rejoindre l’armée navale du comte d’Estaing devant la Martinique ; il assista au combat de la Grenade, livré par d’Estaing, le 6 juillet 1779, à l’amiral Byron. L’année suivante, il prit part, dans les mêmes parages, aux trois combats livrés parle comte de Guichen à l’amiral Rodney, le 17 avril, le 15 et le 19 mai 1780, puis il revint en France. Au commencement de 1781, il fut chargé d’escorter avec une escadre considérable un convoi important jusqu’à la Martinique. Il appareilla de Brest, le 24 mars, avec 23 vaisseaux portant des troupes de débarquement et ayant à bord 8 millions de livres tournois, ainsi que des armes et des munitions de toute espèce, le tout destiné à secourir la nouvelle république des États-Unis. Le 28 avril, le comte de Grasse arrivait en vue du Fort-Royal de la Martinique, lorsqu’il eut connaissance de 18 vaisseaux anglais, détachés par l’amiral Rodney sous le commandement de sir Samuel Hood pour s’opposer à l’entrée du convoi à la Martinique. De Grasse laissa arriver sur l’amiral Hood, qui, reconnaissant la supériorité des forces françaises, ne songea plus qu’à s’éloigner en canonnant de loin son ennemi. De Grasse poursuivit les Anglais pendant l’espace de trente lieues à l’ouest de Sainte-Lucie, puis, levant lâchasse, il revint mouiller avec le convoi en rade de la Martinique. Il en sortit peu après pour aller attaquer, de concert avec le marquis de Bouille, l’Ile anglaise de Tabago. Le 1« juin 1781, le pavillon français avait remplacé le pavillon britannique. Après cette victoire, le comte de Grasse fit voile pour Saint-Domingue, y prit 3,000 soldats de débarquement, contracta un emprunt d’argent à la Havane, puis, coupant au travers des écueils du canal’ de Bahama, jusqu’alors inconnu aux grandes flottes de France, il prolongea les deux Carolines et se porta à l’entrée de la Chesapeake, pour concourir au plan que Washington et Lafayette avaient conçu de cerner l’année du-général anglais Cornwallis dans la presqu’île de Yorktown en Virginie. Le 5 septembre Î781, le comte de Grasse, ayant connaissance de l’armée navale ennemie, sortit du mouillage qu’il était venu occuper dans le port deLynn-Haven ; Bougainville commandait l’avant-garde sur l’Auguste, de 80 canons ; le comte de Grasse, le corps de bataille sur la Ville de Paris, de 104 canons, et le chevalier de Monteil î’arrière-garde sur le Languedoc, de 80 canons. L’armée anglaise, forte de 20 vaisseaux, était commandée par les amiraux Graves. w™d nt. IVflli» t v., ~.ft~..~, .<, commença par les deux avant-gardes ; il dura de quatre

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heures du soir a six heures et demie. Pendant quatre jours le comte de Grasse essaya, sans y réussir, de renouveler le combat ; il dut revenir à la fin reprendre son mouillage. En y revenant, il s’empara des deux frégates anglaises l’Iris et le Bichmond. Toutefois, le comte de Grasse put revendiquer la gloire d’avoir contribué pour une larga part à la capitulation signée par lord Cornwallis le 19 octobre, et, par suite, à la proclamation de l’indépendance américaine. Pour récompenser le comte de Grasse, le congrès américain lui offrit quatre des pièces de canon prises h. Yorktown, et le roi, par brevet du 21 juillet 1786, l’autorisa h. les accepter et a les placer dans son château de Tilly. Ces canons portaient chacun l’inscription suivante ; Pris à l’armée anglaise par les forces combinées de la France et de l’Amérique, à Yorktown, en Virginie, le 19 octobre 1781 ; présenté par le Congrès à S. E. le comte de Grasse, comme un témoignage des services inappréciables qu’il a reçus dé lui dans cette mémorable journée. Do retour à la Martinique, le comte de Grasse échoua dans une attaque contre la Barbade, et fut d’abord repoussé de Saint-Christophe par l’amiral Hood, qui, bien inférieur en forces, l’attira au large, pour venir lui-même s’embosser au mouillage qu’il lui avait fait quitter ; il finit cependant par s’emparer de l’Ile, mais en laissant échapper l’armée anglaise. Trois mois plus tard, la 8 avril 1782, comme il se disposait à joindre, sur les côtes de Saint-Domingue, une escadre espagnole, il rencontre de nouveau les Anglais entre)a Dominique et les Saintes. Ceuxci, par la jonction des amiraux Rodney et Hood. comptaient alors 37 vaisseaux, tandis que Grasse n’en avait plus que 30 et de plus escortait un convoi de 150 voiles. Néanmoins, dans une première affaire, engagée le 9 avril, son avant-garde fit plier l’avant-garde ennemie ; mais le corps de bataille anglais étant survenu, il n’osa risquer un engagement général. Trois jours après, les deux armées navales s’étant rejointes, Grasse ne put tenir contre les manœuvres habiles de son adversaire, qui imagina de couper sa ligne de bataille pour en mettre une partie entre deux feux. Rodney ne réussit que trop complètement : cinq vaisseaux furent pris ou périrent, la Ville de Paris, le Glorieux, le César, l’Hector et l’Ardent. La Ville de Paris, attaquée à la fois par quatre vaisseaux anglais qui l’écrasaient de leurs feux combinés, combattit avec la plus admirable opiniâtreté, dix heures durant. Enfin, à six heures du soir, un cinquième adversaire vint achever la défaite du vaillant marin : c’était l’amiral Hood. La Ville de Paris amena son pavillon ; elle avait 120 hommes tués ; quant au reste de l’équipage, trois marins seuls étaient sans blessures et avec eux le comte de Grasse, qui, par un hasard digne de remarque, n’avait pas reçu la moindre égratignure, quoiqu’il n’eût pas quitté son pont un seul instant pendant toute la durée du combat. Le vaisseau lui-même avait été si maltraité pendant l’affaire, que les Anglais durent le remorquer depuis le champ de bataille jusqu’à la lamaïque, et qu’il coula avant d’arriver à Plymouth.

Quant aux vingt-cinq vaisseaux qui avaient échappé au désastre, neuf s’étaient réunis à l’Auguste, que montait Bougainville, et avaient relâché à Saint-Eustache, et de là à Saint-Domingue, où ils avaient été rejoints par

quinze autres vaisseaux ralliés par le marquis de Vaudreuil. De Grasse fut conduit prisonnier en Angleterre, où il fut fort bien accueilli par le roi et par la cour. Chacun, dit un historien, voulut avoir le portrait de celui qu’on appelait l’intrépide Français. Toutefois, on l’accusa de s’être prêté trop complaisamment aux éloges intéressés de ses

ennemis et « de n’avoir pas su conserver la dignité qui convient au malheur.nlfiroz, Histoire de Louis XVI.) Cependant la captivité du comte de Grasse en Angleterre ne fut point inutile à la France, car ce fut lui qui, se faisant l’intermédiaire de la correspondance entre lord Shelburne, ministre des affaires étrangères de la Grande-Bretagne, et le comte de Vergennes, ministre des affaires étrangères de France, prépara la paix de Versailles, qui fut signée en 1783 entre l’Angleterre et les États-Unis d’Amérique, la France, l’Espagne et la Hollande. À son retour en France, au mois d’août 1782, le comte de Grasse publia un Mémoire justificatif, dans lequel il se plaignait, peut-être avec plus d’amertume que de justice, de quelques-uns de ses capitaines au combat du 12 avril. Un conseil de guerre tenu à Lorient au mois de mars 1784 justifia pleinement la conduite qu’il avait tenue dans cette fatale journée et l’acquitta honorablement. Toutefois, depuis cette époque, il cessa d’être employé. Quatre ans après, il mourait à Paris, à l’âge de. soixante-cinq ans. On ne peut lui contester le mérite d’avoir montré souvent une bravoure éclatante ; mais il est permis de douter que. ** capacité fût à la hauteur de sa proooiiiption, qui était excessive.

GRASSE (Alexandre - François - Auguste, comte de), militaire français, fils du précédent, né en 1765. Il entra au service en 1784 comme sous-lieutenant au régiment du Roi. w.n 1789, il passa à/Saint-Doiningue, puis aux États-Unis, commu capitaine, fut nommé ingénieur des deux Carolines par le général

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