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AUTOUR DE LA MAISON

jouer avec lui, et de l’aimer tant et tant ! Qu’ils en reçoivent de tendres aveux, les petits Jésus des crèches, qu’ils en font naître des sentiments pieux !

Je me souviens d’avoir prié celui de ma paroisse natale, toute seule, le soir, au retour d’une classe un peu orageuse où j’avais pleuré, et d’avoir remué un flot de pensées dans ma petite tête d’enfant. La vie n’était déjà pas toujours gaie. Je n’avais pas dix ans et j’étais désappointée. Le petit Jésus me regardait doux et gentil à la lumière tremblotante des lampions, dans l’obscurité de l’église. Il souriait, d’un sourire d’immuable paix que je ne comprenais pas. Mais il me consolait ; je l’aimais. Je sentais qu’il représentait une grande chose et qu’il serait un jour ma confiance.

Il garde mon meilleur souvenir, mon souvenir ému, le Jésus de mon enfance. Quelle joie quand c’était le jour de sa bénédiction ! Comme on trouvait l’air bon en se rendant à l’église, et comme ils étaient gais les grelots des carrioles et des berlots qui menaient les familles vers le clocher paroissial. Ce jour-là, on parlait haut dans le saint-lieu. C’était fête pour les tout petits. Jésus avait dit : « Laissez-les venir à moi », et nous étions venus. Les bébés criaient d’admiration ou