Page:LeNormand - Autour de la maison, 1916.djvu/106

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
106
AUTOUR DE LA MAISON

ment donné, on se retrouvait tous les trois les uns sur les autres, se bousculant, se faisant manger de la neige !

Quelles joues en feu, et quels yeux brillants quand on rentrait à la maison ! On se déchaussait, on faisait sécher ses vêtements près du poêle, en criant tous ensemble, et à tue-tête : « Nous as-tu vus, tante Estelle ? »

Si tante Estelle nous avait vus ! Mais pourquoi serait-elle restée rêveuse, à la fenêtre, si elle ne nous avait pas regardés ? Songeait-elle à sa propre enfance en nous voyant embrasser la neige ? Se souvenait-elle de son temps de petite fille ? et nous enviait-elle un moment, nous, les insouciants, les heureux petits enfants !

Sans doute, elle avait eu une heure d’attendrissement, comme j’en ai moi-même, en me rappelant cette vie. Mais, qui voudrait retrouver son enfance, malgré les plaisirs charmants dont elle fut parsemée ?

Pour moi, je ne veux rien recommencer et je refuserais la fontaine de Jouvence. Je veux avancer. Je veux voir. Je veux vieillir. Oh ! je ne cache point que j’ai parfois des moments d’angoisse et de peur bleue, en me disant : « Deviendrais-je triste, et accablée, et lasse comme certaines femmes que je vois ? »

Je ne le veux pas ! Je veux aller en avant,