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AUTOUR DE LA MAISON

XXXI


Tout près du coin rond, dans la côte du bord de l’eau, les « grandes » du couvent, avec les « grands » du collège, parfois, venaient glisser en traîne sauvage. La pente était rapide et les glisseurs traversaient toute la rivière. Je me rappelle un groupe de jeunes filles qui s’amusaient là, un matin. Il faisait un beau temps clair, un froid vif, et Toto, ou Marie et moi, nous étions plantés à côté d’elles et nous les regardions descendre avec admiration et envie. Leurs cris de joie nous attristaient et nous donnaient des regrets de n’être pas comme elles dans la traîne, d’être encore de petits enfants dont les grandes personnes ont souvent un dédain si parfait !

Une vague espérance au cœur, nous ne nous lassions pas d’être là, appuyés sur un bout de clôture glacée, ou nous remuant afin de ne pas geler. Nous nous roulions dans la neige pour avoir l’air de nous amuser, puis nous nous approchions en hésitant des jeunes filles qui s’installaient pour partir, n’osant pas leur demander une toute petite place. Et, quand la traîne descendait à toute vitesse, nous restions encore à la suivre des yeux avec passion. Tout le paysage blanc est dans ma mémoire. Les grands champs sur l’autre