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AUTOUR DE LA MAISON

toute décorée de fleurs et de cierges. On avance à petits pas, les garçons d’un côté, — Toto en était, — les fillettes de l’autre, guindées sous les voiles raides, inquiètes. Saurons-nous bien recevoir l’Hostie ? Penserons-nous à ne pas ouvrir notre livre de messe tout de suite au retour de la sainte table ?… Les « grandes » chantent un beau cantique. Il y a des dames qui pleurent de nous voir entrer ainsi, lente procession dans la grande allée, des petites âmes tendres qui vont recevoir le Pain de Vie. L’émotion nous gagne, une émotion ravie…

Je me rappelle très bien ma place, la troisième au premier banc. Du côté opposé, Toto occupe à peu près le même rang, et nous nous penchons parfois pour nous regarder.

Enfin, je vais recevoir le bon Dieu, me rendant en mesure à la balustrade, relevant mon voile et faisant mes génuflexions au signal du claquoir. Après, je sais que j’ai prié, que Toto a récité un acte de consécration et que, timide et fière, j’ai quêté.

Puis, c’est le soir que je revois le mieux. Il est tombé une pluie rafraîchissante vers six heures, et la soirée de juin est indiciblement calme et douce. Le plus beau jour de ma vie va finir. J’ai une tourmaline blanche toute