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AUTOUR DE LA MAISON

même à « guetter ». C’était monotone. Quel autre plaisir inventer ?

On allait chercher nos poupées. On s’amusait à imaginer des pique-niques dans des forêts sombres ; mais Toto se faisait voleur d’enfants et l’on était sans cesse dans l’inquiétude et le deuil. À la fin, il les maltraitait pour vrai, nos chères poupées, et la chaleur aidant, on devenait d’humeur chagrine et l’on s’abreuvait de reproches…

On s’allongeait de nouveau sur le gazon ; rien ne nous tentait plus. On laissait passer les minutes, espérant qu’elles apporteraient je ne sais quelle nouveauté réjouissante. On avait hâte. Est-ce que l’on sait toujours à quoi l’on a hâte ? — On sait que le présent ne nous contente pas, et l’on attend mieux pour demain…

L’angélus sonnait. En même temps nous arrivait l’appel de Julie : « Oh ! les enfants, dîner ! » On se secouait brusquement, on se levait d’un saut, on se bousculait pour arriver plus vite, on passait par la fenêtre, on criait sur le ton des cloches : dîner, dîner !

Le matin était fini ! Quelle joie !

Pendant que j’écris, le temps passe aussi. Les heures de l’été s’en vont. Hier, ma vieille tante disait, en se couvrant les épaules : « Il n’y en a plus d’été. C’est déjà