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AUTOUR DE LA MAISON

dans le hamac, au froid, en chantant, entre deux baisers sur les lèvres de porcelaine : « Fais dodo — pinoche — ta mère est au noces, — ton père est en haut — qui fait des petits sabots ! » Et les petites s’endormaient en face du soleil qui descendait de l’autre côté de la rivière, sous l’œil tendre de leurs mamans qui se faisaient des croix sur « le bec », et se parlaient par signes pour ne pas troubler leur sommeil !


XVII


Le temps était cru, le ciel gris comme de la suie, les arbres dépouillés et tristes. La rivière avait pris une couleur de plomb, l’air nous faisait frissonner. On ne savait pas au juste comment tuer les heures de ce jour de congé.

Le matin, un homme était venu fendre du bois ; il en avait cordé beaucoup dans le hangar et il y en avait encore toute une butte à rentrer dans la maison. On prenait la petite charrette, l’inévitable « charrette à poches » de Zoulou, qu’on remplissait excessivement, et Toto et Pierre la traînaient à travers la cour jusqu’à l’entrée de la cuisine ; Marie et moi nous surveillions l’arrière et tenions le voyage de bois pour qu’il ne s’éparpille pas.

Par brassées, on rentrait les « quartiers » de bois jusqu’à la salle à manger. Là, dans