Page:LeNormand - Autour de la maison, 1916.djvu/78

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
78
AUTOUR DE LA MAISON

vous arrêtez pas, petits tannants, on va vous faire prendre ! »

Et puis, le coin rond avait une physionomie vieillotte et charmante. Voyez-vous bien ce quart de tour, gris bleu, la façade courbe regardant la rivière et les saules ? — L’été, le coin rond avait l’air presque jeune, et était gai. Autour, les pissenlits et la « rhubarbe à crapaud » fleurissaient à profusion. On se faisait des chapeaux avec les grandes feuilles garnies des fleurs jaunes, et, tournant d’un coup de main les « s » rouillés, on accompagnait le grincement du fer d’un bourdonnement qui imitait les petits chars. Et l’on était en ville, avec des chapeaux neufs, et l’on s’en allait chez « Dupuis frères » acheter des carrosses pour nos poupées !

En automne, le coin rond devenait un peu hostile. Les vents s’y donnaient rendez-vous et tentaient d’emmener nos tourmalines à la rivière. Les contrevents fermés, son air de maison sans feu et sans lumière avait beaucoup moins de charmes. À la brunante, quand on revenait du « Sacré-Cœur », on avait un petit frisson, une peur de rencontrer de vilaines gens de l’autre côté du coin rond !

L’hiver, il était triste. Les arrêts de volets ne tournaient plus. La neige glaçait les bosses de la pierre, et le coin rond avait l’aspect