Page:Le Bon - Psychologie de l’Éducation.djvu/97

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merveilles de la civilisation. Tout ce qui ne fait pas partie des programmes d’examen n’existe pas. Parle-t-on devant eux de la guerre de 1870, le sujet n’étant pas matière à examen, ils n’écoutent pas. Devant eux fonctionne le téléphone. Cela ne se demande pas aux examens, ils ne regardent pas.

Et, comme de telles assertions pourraient sembler invraisemblables, il faut s’empresser de citer. Devant l’énormité de telles constatations, je ne mentionnerai que des autorités de premier ordre.

Nous arrivons quelquefois à constater des résultats navrants. Je le disais récemment à la Société de l’enseignement supérieur, et cela a été confirmé par plusieurs de mes collègues, il y a de malheureux candidats qui ne savent presque rien de la guerre de 1870, qui ignorent que Metz et Strasbourg n’appartiennent plus à la France. Je ne vous apporterais pas mon témoignage s’il était unique, mais il a été confirmé d’une façon très nette l’autre jour par M. Hauvette et d’autres personnes. Il y a une inertie tout à fait regrettable chez les jeunes gens [1].

Le doyen de la Faculté de médecine citait récemment le cas d’un bachelier qui n’avait jamais entendu parler de la guerre de 1870.

Cela est dû à une incuriosité totale : beaucoup de jeunes gens ont horreur, en sortant des classes, d’apprendre et d’écouter quoi que ce soit ; une fois sortis du lycée, ils ne veulent plus rien voir, rien entendre ; ils ont horreur de tout enseignement, même sur un fait presque contemporain.

Un jeune homme que j’interrogeai sur le téléphone, parut complètement étonné de ma question, et je constatai qu’il n’avait jamais entendu parler du téléphone[2].

Cette incuriosité complète, signalée par les membres les plus éminents de l’enseignement, s’accompagne d’un autre phénomène très explicable psychologiquement — bien qu’il ait paru beaucoup surprendre

  1. Enquête, t I, p. 302. Darboux, doyen de la Faculté des sciences de l’Université de Paris.
  2. Enquête, t. II, p. 34. Lippmann, professeur de physique à la Faculté des sciences de Paris, membre de l’Institut.