Page:Le Bulletin communiste, janvier à juin 1922.djvu/299

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que la scission dresse devant le mouvement ouvrier. — Si la scission de la C.G.T., s’aggravait prochainement, malgré tous nos efforts en vue de refaire l’unité, cela ne signifierait aucunement que la C.G.T. Unitaire, comprenant la moitié ou plus de la moitié du total des syndiqués, devrait continuer son travail en ignorant l’existence de la C.G.T. réformiste. Une semblable attitude empêcherait considérablement – si elle ne l’excluait totalement – la possibilité d’une action commune du prolétariat et faciliterait considérablement à la C.G.T. réformiste, le rôle d’une Union Civique bourgeoise, qu’elle voudrait jouer au cours des grèves, des manifestations, etc, ; elle lui permettrait de pousser la C.G.T. Unitaire à des actions inopportunes dont cette dernière subirait entièrement les conséquences. Il est tout à fait évident que toutes les fois que le permettront les circonstances, la C.G.T. Unitaire, jugeant nécessaire de mener une campagne quelconque, adressera ouvertement à la C.G.T. réformiste des propositions concrètes et lui proposera un plan d’actions communes. Et la C.G.T.U. ne manquera pas d’exercer sur l’organisation réformiste la pression de l’opinion ouvrière et de démasquer devant cette opinion publique ses dérobades et ses hésitations.

Ainsi même, au cas où la scission syndicale s’aggraverait, les méthodes de lutte pour le front unique conserveraient toute leur valeur ;

19. On peut donc constater que, dans le domaine le plus important du mouvement ouvrier – dans le domaine syndical – le programme d’unité d’actions ne nécessite qu’une application plus suivie, plus persévérante et plus ferme des mots d’ordre, sous lesquels a été menée jusqu’ici notre lutte contre Jouhaux et Cie.


IV. ― La lutte politique et l’unité de front

20. Dans le domaine politique, une différence importante nous frappe dès d’abord, du fait que la suprématie du Parti Communiste sur le parti socialiste, tant en organisations qu’en matière de presse, se trouve considérable. On peut supposer que la Parti Communiste est comme tel capable d’assurer l’unité du front politique et qu’il n’a donc pas de raisons d’adresser à l’organisation dissidente des propositions quelconques d’actions concrètes. La question ainsi posée en se basant sur l’appréciation du rapport des forces, n’a rien de commun avec le verbalisme révolutionnaire et mérite d’être examinée ;

21. Si on considère que le Parti Communiste compte environ 130.000 membres, tandis que le parti socialiste n’en a que 30.000 le succès énorme de l’idée communiste en France devient évident. Mais si on compare ces chiffres à l’effectif global de la classe ouvrière, si on tient compte de l’existence des syndicats ouvriers réformistes, ainsi des tendances anti-communistes existantes dans les syndicats révolutionnaires, la question de l’hégémonie du Parti Communiste dans le mouvement ouvrier se présente à nous comme un problème extrêmement ardu qui est loin d’être résolu par notre prépondérance numérique sur les dissidents. Ces derniers peuvent, dans certaines circonstances, être un facteur contre-révolutionnaire à l’intérieur même de la classe ouvrière, beaucoup plus important qu’il ne paraît, si nous ne les jugeons que par la faiblesse de leur organisation, du tirage et du contenu idéologique du Populaire.

22. Pour apprécier la situation il convient de se rendre compte, bien clairement, de la manière dont elle s’est produite. La transformation de la majorité de l’ancien parti, socialiste en Parti Communiste a été le résultat du mécontentement et de la révolte que la guerre a fait naître dans tous les pays de l’Europe.

L’exemple de la révolution russe et les mots d’ordre de la 3e. Internationale paraissaient indiquer la voie à suivre. Cependant, la bourgeoisie s’est maintenue pendant les années 1919-1920 et a, par différents moyens, rétabli sur les bases d’après-guerre un quasi-équilibre, miné cependant par des contradictions terribles et qui évolue vers une grandiose catastrophe, bien que conservant aujourd’hui et pour la période la plus prochaine une certaine stabilité. La révolution russe n’a pu remplir ses tâches socialistes que lentement, par un effort maximum de toutes ses forces, en surmontant les difficultés les plus grandes et les obstacles suscités par l’impérialisme mondial. La conséquence en a été que le premier flux des tendances révolutionnaires sans formes précises et sans esprit critique a été suivi d’un reflux inévitable. Sous le drapeau du communisme il n’est que la partie la plus courageuse, la plus décidée et la plus jeune de la classe ouvrière.

Cela ne signifie certes pas que les grandes masses de la classe ouvrière, désappointées dans leurs espoirs de révolution immédiate et de changements radicaux, soient complètement revenues aux anciennes positions d’avant-guerre. Non. Leur mécontentement est plus profond que jamais, leur haine des exploiteurs est plus âpre encore. Mais elles sont désorientées politiquement, elles cherchent sans la trouver leur voie, elles temporisent passivement avec des oscillations brusques d’un côté ou de l’autre, selon les circonstances. Le grand réservoir d’éléments passifs, désorientés, pourrait être largement utilisé, contre nous les dissidents, dans certaines conjectures.

23. Pour soutenir le Parti Communiste il faut de l’activité et du dévouement. Pour soutenir les dissidents, il est nécessaire et il suffit d’être désorienté et passif. Il est tout naturel que la partie active révolutionnaire de la classe ouvrière donne, toutes proportions gardées, un plus grand nombre de membres au Parti Communiste que la partie passive, désorientée donne au parti des dissidents.

Il en est de même pour la presse. Les éléments indifférents lisent peu. Par le chiffre infime de son tirage et le néant de son contenu le Populaire reflète également la disposition d’esprit d’une certaine partie de la classe ouvrière. Sa suprématie complète dans le parti des dissidents, des intellectuels professionnels sur les ouvriers n’est aucunement en contradiction avec notre diagnostic et notre pronostic : car la fraction peu active de la classe ouvrière, en partie désappointée et en partie désorientée, est celle justement, surtout en France, qui constitue le réservoir où s’alimentent les coteries politiques, formées d’avocats et de journalistes, de rebouteux réformistes et de charlatans parlementaires

24. Si on considérait l’organisation du Parti comme une armée active et la masse ouvrière non organisée comme ses réserves et si l’on admet que notre armée active est trois ou quatre fois plus forte que l’armée active des dissidents, il se pourrait encore que dans certaines circonstances les réserves se répartissent entre nous et les social-réformistes dans une proportion bien moins avantageuse pour nous.

25. L’idée d’un bloc des gauches plane dans l’atmosphère politique française. Après la nouvelle