Page:Le Bulletin communiste, janvier à juin 1922.djvu/300

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période de poincarisme, qui est l’essai fait par la bourgeoisie de présenter au peuple le plat réchauffer des illusions de la victoire, une réaction pacifiste dans les cercles les plus larges de la société bourgeoise, c’est-à-dire dans la petite bourgeoisie, devient bien probable. L’espoir d’un apaisement général, d’un accord avec la Russie soviétiste, la possibilité de recevoir de celle-ci des matières premières dans des conditions avantageuses, la possibilité du paiement des dettes, l’allégement des charges militaires, etc., en un mot le programme illusoire du pacifisme démocratique peut, pour un certain temps, devenir le programme du bloc des gauches, qui prendrait la place du bloc national. Au point de vue du développement de la révolution en France, un tel changement de régime sera un pas en avant, à la condition expresse que le prolétariat ne tombe que le moins possible dans les illusions du pacifisme petit bourgeois.

26. Les réformistes dissidents seront les agents du bloc des gauches dans la classe ouvrière. Plus grand sera leur succès, et moins la classe ouvrière sera touchée par l’idée et la pratique du front ouvrier unique contre la bourgeoisie. Les couches ouvrières désorientées par la guerre et par la lenteur de la révolution peuvent mettre leur espoir dans le bloc des gauches comme dans le moindre mal, ne voyant pas d’autres voies et pensant ne rien risquer ;

27. Un des moyens les plus sûrs de contrecarrer les tendances et les idées du bloc des gauches dans la classe ouvrière, c’est-à-dire du bloc des ouvriers avec une partie de la bourgeoisie contre une autre, c’est de défendre avec résolution et persévérance l’idée du bloc de toutes les parties de la classe ouvrière contre toute la bourgeoisie.

28. En ce qui concerne les dissidents, cela veut dire, que nous ne devons pas leur permettre de garder sans risques une position d’expectative chancelante dans les questions ayant trait à la lutte du mouvement ouvrier et de jouir de la protection des oppresseurs de la classe ouvrière tout en exprimant leur sympathie platonique à cette classe. En d’autres termes nous pouvons et nous devons en toutes occasions appropriées, proposer aux dissidents de venir en aide sous une forme déterminée aux grévistes, aux lockoutés, aux chômeurs, aux mutilés de la guerre, etc., en enregistrant devant la masse leurs réponses formelles à nos demandes précises et en les démasquant ainsi devant les fractions diverses des masses politiquement indifférentes ou mi-indifférentes, masses sur lesquelles ils espèrent s’appuyer en certaines circonstances ;

29. Cette tactique est d’autant plus importante que les dissidents se trouvent incontestablement en liaison étroite avec la C.G.T. réformiste, représentant avec elle les deux branches de l’entreprise bourgeoise dans le mouvement ouvrier. Nous attaquons ainsi en même temps dans le camp syndical et dans le camp politique cette entreprise à deux faces, en appliquant ici et là les mêmes méthodes tactiques ;

30. La logique irréfutable de notre action s’exprime comme suit : «Réformistes du syndicalisme et du socialisme — leur disons-nous devant les masses — vous avez fait la scission des syndicats et du parti au nom d’idées et de méthodes, que nous trouvons erronées et criminelles. Nous vous demandons, au moins lorsque se posent les problèmes partiels, immédiats et concrets de l’action de la classe ouvrière, de ne pas mettre des bâtons dans les roues, et de rendre possible l’unité d’action. Dans tel cas concret nous vous proposons tel programme de lutte.»

31. De même dans le domaine de l’action parlementaire ou municipale, nous pourrons appliquer non sans succès, la méthode indiquée. Nous disons aux masses : «les dissidents ont fait la scission du parti ouvrier, parce qu’ils ne veulent pas la révolution. Ce serait folie de compter sur leur collaboration pour l’œuvre de la révolution prolétarienne. Mais nous sommes prêts à conclure avec eux certains accords au parlement comme en dehors du parlement, chaque fois que, devant choisir entre les intérêts particuliers de la bourgeoisie et les intérêts du prolétariat, ils nous donneront des garanties positives d’opter pour ces derniers. Les dissidents ne le peuvent que s’ils renoncent à l’alliance avec les partis bourgeois, s’ils renoncent au bloc de gauches et s’ils entrent dans le bloc du prolétariat. Si les dissidents étaient capables d’accepter ces conditions, les éléments ouvriers qui les suivent seraient vite absorbés par le Parti Communiste. Mais précisément pour cette raison ils n’accepteront pas ces conditions. En d’autres termes, aux questions posées nettement et clairement, à la mise en demeure de se prononcer pour le bloc avec la bourgeoisie ou pour le bloc avec la classe ouvrière — dans des conditions concrètes et très nettes de la lutte des masses — ils seraient forcés de répondre qu’ils préfèrent le bloc avec la bourgeoisie.

Une telle réponse ne serait pas sans avoir pour eux de fâcheuses conséquences parmi les masses sur l’appui desquelles ils comptent.


V. ― Les questions intérieures du Parti Communiste

32. La politique que nous venons d’esquisser suppose sans doute une indépendance d’organisation complète, une parfaite clarté idéologique et une grande fermeté révolutionnaire du Parti Communiste.

Ainsi, par exemple, on ne peut faire avec un succès complet une politique qui tend à discréditer l’idée du bloc des gauches, dans la classe ouvrière, si dans les rangs de notre parti même, ils se trouvent des hommes qui osent défendent ouvertement le programme actuel de la bourgeoisie. L’exclusion inconditionnelle et inflexible de tous ceux qui préconisent le bloc des gauches devient un des devoirs élémentaires du Parti Communiste. Cela nettoiera notre politique des éléments douteux, attirera l’attention des ouvriers avancés sur l’acuité de la question du bloc des gauches et montrera que le Parti Communiste prend au sérieux toutes les questions qui menacent l’unité révolutionnaire des actions du prolétariat contre la bourgeoisie ;

33. Ceux qui essaient de se servir de l’idée du front unique pour refaire l’unité avec les réformistes et les dissidents, doivent être inflexiblement exclus de notre parti, car ils sont parmi nous les agents des dissidents et trompent les ouvriers sur les véritables fauteurs de la scission et sur ses causes. Ceux-là, au lieu de poser avec justesse la question de la possibilité de telles ou telles actions pratiques à entreprendre d’accord avec les dissidents, malgré leur caractère petit-bourgeois, demandent à notre parti de renoncer à son programme pratique et aux méthodes révolutionnaires. L’exclusion inflexible de ces éléments montrera mieux que tout, que la tactique du front unique n’a rien qui ressemble à une capitulation ou à la paix avec les réformistes. La tactique