Page:Le Coran (Traduction de Savary, vol. 1), 1821.pdf/36

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ple de la Mecque, un des premiers que les hommes aient élevé à la gloire de l’être suprême, avait vu souiller son sanctuaire. Ismaël et Abraham y étaient peints, tenant en main les flèches du sort. Trois cents idoles en entouraient l’enceinte. Tel était l’état de l’Orient, lorsque Mahomet songeait à y établir l’islamisme, et à rassembler sous une même loi les Arabes divisés. Le conducteur des Israélites leur avait apporté le Pentateuque. Le rédempteur des hommes leur avait enseigné l’évangile. Mahomet voulut paraître avec un livre divin aux yeux de sa nation. Il se mit à composer le Coran. Connaissant le génie ardent des Arabes, il chercha plutôt à les séduire par les grâces du style, à les étonner par la magnificence des images, qu’à les persuader par la force du raisonnement. Un trait de politique auquel il dut principalement ses succès, fut de ne donner le Coran que par versets, et dans l’espace de vingt-trois ans. Cette sage précaution le rendit maître des oracles du ciel, et il le faisait parler suivant les circonstances. Quinze années furent employées à jeter les fondemens de son système religieux. Il fallait le produire au grand jour, et surtout cacher la main qui attachait au ciel la chaîne des mortels. Il feignit de ne savoir ni lire, ni écrire, et comptant sur son éloquence naturelle, sur un génie fécond qui ne le trompa jamais, il prit le ton imposant de prophète. Numa se faisait instruire par la nymphe Égérie. Mahomet choisit pour maître l’archange Gabriel.

( Depuis la chute d’Adam, suivant Abul-Feda. 6206. — Depuis la naissance de J.-C. 621. — Avant l’hégire. 13. — De Mahomet. 40. )

Le législateur de l’Arabie avait atteint sa quarantième année ; le moment qu’il avait choisi pour annoncer sa mission était venu. Il se retira, suivant sa coutume, dans la grotte du mont Hara, accompagné de quelques domestiques. La nuit qui devait le couvrir de gloire, suivant l’expression d’Abul-Feda, étant arrivée, Gabriel descendit