Page:Le Coran (Traduction de Savary, vol. 1), 1821.pdf/50

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celui de la nécessité. Il connaissait l’impossibilité de changer l’ordre établi dans l’univers par le Créateur suprême, ou d’en imposer par de faux prestiges à ses concitoyens clairvoyans et prévenus ; mais il se sentait né pour commander à ses semblables, et pour leur donner des lois. Il osa entreprendre cette tâche pénible, et à travers mille obstacles, il vint à bout de ses hardis desseins. Ces détails nous ont paru nécessaires. Nous déclarons que nous n’écrivons point les miracles de Mahomet (il assure qu’il n’en fit jamais), mais sa vie, et ses actions.

( Depuis la chute d’Adam, suivant Abul-Feda. 6213. — Depuis la naissance de J.-C. 628. — Avant l’Hégire. 3. — De Mahomet. 50. — De sa mission. 10. )

L’abrogation de l’arrêt des Coreïshites avait suspendu les hostilités sans éteindre l’animosité qui subsistait entre les deux partis. Si Mahomet goûtait quelque repos, il le devait au crédit d’Abutaleb. La mort lui enleva cet appui. Lorsqu’il était sur le point d’expirer, Mahomet voulut profiter d’un moment de faiblesse, pour lui faire prononcer la profession de foi des musulmans : Il n’y a qu’un Dieu, et Mahomet est son prophète [1] ; mais le vieillard conserva assez de force d’âme pour lui répondre en ces mots : « Fils de mon frère, je me rendrais volontiers à vos désirs, si je ne craignais le déshonneur ; mais je ne veux pas laisser croire aux Coreïshites, que la peur de la mort m’a rendu musulman ». C’est ainsi qu’Abutaleb, âgé de plus de quatre-vingts ans, finit sa carrière. Mahomet déplorait encore sa mort, lorsque Cadige lui fut enlevée. Il lui était attaché par l’amour et la reconnaissance. Il la pleura. Cette


  1. Abul-Feda, page 28. Jannab.