Page:Le Coran (Traduction de Savary, vol. 1), 1821.pdf/51

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double perte fut pour lui le signal des disgrâces. Les inimitiés se réveillèrent. Les Coreïshites, n’ayant plus rien à ménager, devinrent plus ardens à le tourmenter. Il se vit entouré de persécuteurs. Abulahab, Elhakem et Ocba, qui avaient été ses amis, ne perdaient aucune occasion de lui nuire. Ils l’insultaient à sa table ; ils l’insultaient lorsqu’il priait ; partout ils se déclaraient ses ennemis. Il s’en plaint en ces mots dans le Coran :

[1] Que penser de celui qui trouble
Le serviteur de Dieu lorsqu’il prie ;
Lorsqu’il accomplit l’ordre du Ciel ;
Lorsqu’il recommande la piété ?

[2] En butte à tous les traits, Mahomet quitta sa patrie. Il tourna ses pas vers Taïef. Cette ville, située dans les montagnes, à vingt lieues à l’orient de la Mecque, réunissait plusieurs avantages. C’était une place forte, habitée par une tribu puissante et belliqueuse. Son territoire était fertile. Ces raisons le déterminèrent à y chercher un refuge. Espérant que les Takifites recevraient plus volontiers sa nouvelle doctrine, il se rendit à leur assemblée. Elle était composée des plus nobles citoyens. Parmi eux, on distinguait Maçoud et Habib, deux fils d’Amrou. Il leur adressa la parole. Après avoir représenté l’absurdité de l’idolâtrie ; après leur avoir offert un tableau magnifique de la puissance du dieu unique qu’il adorait ; après avoir peint les merveilles de sa création [3], il ajouta : « Je suis le messager de ce dieu, et il m’a chargé de vous prêcher l’islamisme. » « Si dieu voulait nous convertir, lui dit froidement un des assistans, tu ne serais certainement pas l’apôtre qu’il eut choisi. Pour moi, con-


  1. Le Coran, chap. 96, verset 9.
  2. Voyez le géographe el Edris.
  3. Abul-Feda, Vie de Mahomet, page 29.