Page:Le Coran (Traduction de Savary, vol. 1), 1821.pdf/83

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idolâtres en massacrèrent quatre, et vendirent les deux autres aux Coreïshites, qui les firent mourir. Khabib, un de ces captifs, avait tué Hareth au combat de Beder [1]. Ses enfans l’achetèrent. Charmés d’avoir une victime à offrir aux mânes de leur père, ils invitèrent toute leur famille à assister à sa mort. Khabib, enchaîné dans un coin de leur maison, attendait courageusement son heure dernière. Ayant obtenu un rasoir d’une des filles de Hareth, il se rasait la tête : au même instant, un jeune enfant échappé des bras de cette mère imprudente, s’approche du prisonnier ; il le saisit entre ses jambes, tenant d’une main le fer tranchant. La mère, à cet aspect, demeura immobile d’effroi ; elle ne put prononcer une seule parole. « N’avez-vous pas peur, lui dit le captif, que j’égorge votre fils ? Rassurez-vous, je ne sais point me venger sur un enfant » et il le laissa aller. Cette générosité ne lui sauva point la vie [2]. Tous les parens s’étant


  1. Elbocar, d’après la tradition d’Abu-Horeïra, dans la Sonna.
  2. Les Arabes ne pardonnent point la mort de leurs proches parens. Les mères font sucer à leurs enfans la haine avec leur lait. A peine ont-ils le sentiment de leur existence, qu’elles leur inspirent le désir de la vengeance. Près de Giza, à une lieue du grand Caire, une femme avait conservé la tête de son époux assassiné. Tous les jours elle mouillait ces tristes restes de ses pleurs, et les montrait à sa fille unique. Mon enfant, lui disait-elle, vois-tu cette tête ? c’est celle de ton père ; un barbare lui ôta la vie. Si j’avais un fils, il serait mon vengeur ; il effacerait dans son sang notre malheur et notre honte. Ces plaintes, souvent répétées, firent une impression profonde sur le cœur de la jeune fille. Elle pleurait avec sa mère ; elle frémissait d’horreur au nom de l’assassin. Le désir de la vengeance l’emporta bientôt sur la faiblesse et la timidité de son sexe. Elle s’habilla en homme, s’introduisit en qualité de domestique dans la maison du meurtrier de son père, et, profitant du moment où il dormait, elle l’égorgea au milieu de sa famille.