Page:Le Franc - Le destin - nouvelle canadienne inédite, Album universel, 25 août 1906.djvu/14

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amour à Maurice avant de se donner à un autre amour. Et puis ayant parlé enfin une fois dans sa vie, selon l’impulsion de son être, elle s’appuierait un peu plus fort sur son bras en murmurant : Maurice ! et fermerait le livre de sa jeunesse sur ce nom ; elle vivrait les dernières minutes avant l’adieu définitif, en silence, à ses côtés, écoutant battre son cœur, ne formant plus avec lui qu’une seule âme. Et elle serait payée ainsi, et au delà, d’une attente de cinq années !

Cependant, Richard n’arrivait pas… Les passants devenaient plus rares. Le froid extrême de cette nuit de janvier gonflait les mains d’Andrée et coupait ses lèvres jusqu’au sang. Mais elle ne s’en apercevait pas.

Une révolte commençait à se lever en elle, une débâcle à se produire qui emportait la sérénité de tout à l’heure… La lie des amertumes anciennes se levait du fond des années ensevelies.

La vie était trop injuste aussi, à la fin ! Elle ne lui demandait que ces quelques moments de douceur pour réparer de longs désespoirs et d’infinies souffrances, et ils lui seraient refusés ! Elle allait mettre un océan et probablement un adieu éternel entre elle et Maurice et elle ne pourrait partir sans la pensée consolante d’avoir clos un chapitre de sa vie sous le baiser de celui dont chaque page disait le nom !…

Les magasins, peu à peu, éteignaient leurs lumières, seuls quelques becs de gaz luttaient d’éclat tremblant avec la lueur froide des étoiles. La rue était