Page:Le Franc - Le wattman - nouvelle canadienne inédite, Album universel, 29 septembre 1906.djvu/18

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Son bonheur était bien détruit, son avenir brisé ; le reste d’espoir que son cœur gardait et dont sa jeunesse avait besoin venait de s’enfuir.

Il erra par la ville sans frapper à la porte de sa fiancée. Puis il rentra, démoralisé, dans la chambre qu’il occupait dans une pension minable de la rue Lagauchetière, rassembla ses vêtements, compta sa réserve d’argent. Il avait juste assez pour prendre un billet de Montréal à New-York, et, sur-le-champ, il se dirigea vers la gare. Pourquoi New-York ? Il ne savait trop. Il voulait fuir et il allait d’instinct vers l’immense ville pour y noyer sa misère, y cacher son désespoir.

Que penserait Aline en ne le voyant pas revenir ? Peut-être sa fuite mettrait-elle un peu plus tôt fin à ses souffrances, voilà tout. Ne valait-il pas mieux être mort pour elle puisqu’il ne ferait qu’ajouter au fardeau de la maladie le fardeau de son désespoir.

Il ne pouvait lui être d’aucun secours, il valait mieux disparaître… Il se sentit misérable et lâche…

Peu lui importait ce qu’il allait devenir : ouvrier des mines ou crieur de journaux, débardeur ou même « tramp », il n’en avait souci.

Il passa une dernière fois près de la demeure, où la malade agonisait doucement, à la flamme vacillante de la veilleuse, et il s’enfuit dans la nuit douce du printemps qui chantait le bonheur. l’amour et l’espérance à tous les balcons fleuris des fenêtres…

MARIE Le FRANC.