Page:Le Goffic - L'Âme bretonne série 2, 1908.djvu/41

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tamer la cuirasse de froide indifférence qu’il s’est préalablement lacée autour du cœur : tel il descendit vers les villes de France, tel, ses diplômes conquis, son temps de service militaire achevé, il remonte vers sa Cornouaille. Perceval de la poésie bretonne, son talent est vierge comme la neige des Menez, purement, exclusivement breton. Il chante et, depuis Taliésin et Gwic’hlan, la Bretagne n’avait pas entendu pareille voix.

Gwic’hlan, Taliésin, personnalités semi-réelles, semi-fabuleuses, debout aux confins de la légende et de l’histoire, dans la brume rougeâtre de nos origines… C’est à eux pourtant que l’on songe quand on parle de Jaffrennou. Il en est de certains vocables comme de ces pièces de monnaie qui ont longtemps circulé de main en main et dont on ne distingue plus l’effigie ; leurs sens primitif s’est aboli peu à peu et quelque effort devient nécessaire pour le retrouver sous les acceptions nouvelles dont ils se sont chargés en chemin. Que le lecteur français m’excuse si je lui demande un effort de ce genre en faveur du mot barde et pour si galvaudé soit-il depuis les romantiques, prodigué à tout propos et hors de propos, parce qu’il est le seul mot en somme qui puisse embrasser dans toute sa complexité, résumer et contenir la riche et multiple personnalité de François Jaffrennou. Jafîrennou est un barde dans l’acception primitive du mot. Il est barde comme étaient bardes, à l’aube de la civilisation kymro-armoricaine, ce Taliésin et ce Gwic’hlan dont j’évoquais tout à l’heure le souvenir ; il se sent marqué comme eux de l’awenniziou, du signe mysté-