Page:Le Goffic - L'Âme bretonne série 4, 1924.djvu/161

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mienne ; il n’a plus de foi qu’au succès ; quelque jour il louera le grand style de Louis Blanc !

Si jamais apparut la vérité du mot d’Horace sur l’irritabilité particulière à la gent poétique, n’est-ce point ici ? Sainte-Beuve n’a pas encore parlé de Laprade et il a parlé sympathiquement de Pierre Dupont, — Lyonnais comme Laprade : double crime ! Qu’on le pende, qu’on l’empale, qu’on l’étripe et, en même temps que lui, cet infâme Buloz, à qui Brizeux a porté des vers de Laprade et qui les a refusés !

Cela n’empêche nullement Laprade, d’ailleurs, de renouveler ses tentatives près de la Revue des Deux Mondes et il n’a garde de dire à Brizeux : « Interrompez vos négociations avec Sainte-Beuve ». Le fait est que Brizeux, insensiblement, est devenu le chargé d’affaires en titre de son ami. Il voit pour lui les critiques, les directeurs de revue, les éditeurs, et jusqu’aux imprimeurs, sans parler des académiciens comme Vigny et Barbier. Les Bretons, qui s’entendent si mal à faire leurs propres affaires, s’entendent très bien à faire celles des autres. Brizeux, entre ces années 1851 et 1856, se multiplia vraiment pour Laprade. Et il est vrai que Laprade, qui venait d’épouser Mlle de Parieu, sœur d’un ancien ministre fort lié avec Fortoul, s’employait de son côté à faire augmenter la pension de Brizeux. Cette pension, servie par le ministère de l’Instruction Publique, était de 1.200 francs ; les efforts combinés de Laprade et de Barbier, appuyés d’une démarche personnelle de Lamartine près de Fortoul, la firent porter à 3.000 francs. Désormais, Brizeux, qui n’avait pas d’autre moyen d’existence, put manger deux fois par jour.