Page:Le Goffic - Poésies complètes, 1922.djvu/178

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Et qu’un cœur moins cruel aurait peut-être absoute,
Avant que les mille ans ne fussent révolus !…

(Elle tombe évanouie. L’ombre s’épaissit autour d’elle et Gwion, qui vient à pas lents sur la grève, passe à côté de son amie sans la voir. Reclus tout le jour dans la grotte de Minconoc, il est sorti de sa retraite au brun de nuit. Le gracieux lutin est méconnaissable : ses tempes ont blanchi et la douleur a creusé des ornières rougeâtres dans ses joues.)




SCENE II


URGANDE, toujours immobile, GWION


GWION

Encor cette entremetteuse de mensonges !
Elle approche à pas étouffés : c’est la Nuit.
Dame d’erreur, garde pour d’autres tes songes.
Je sais trop le réveil qui les suit !…
 
(Un silence. Gwion se tourne vers la mer.)
Oh ! quelle tristesse indéfinissable !
Les flots sont partis avec le jusant.
Sous son pâle et doux suaire de sable,
Oh ! comme la grève est triste à présent !…