Page:Le Goffic - Poésies complètes, 1922.djvu/197

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Son linge séchera tout seul sur les buissons.
Plus de soucis ! Enfin son homme et ses garçons,
Le ventre creux, ne crieront plus après la soupe,
Quand ils débarqueront le soir de leur chaloupe !
Un bon feu pétillant d’ajonc les attendra,
Et, sous l’intimité de leur unique drap
D’étoupe, bien rangés le long de la venelle,
Les lits-clos ouvriront leur crypte maternelle
Et se feront plus doux, plus chauds et plus discrets.
Quel coup du ciel ! Voilà nos gens tout guillerets.
Pas un, ma foi, qui s’attendît à la prébende !
Mais les plus fortunés peut-être de la bande,
Les plus heureux, Gwion, ce sera nous encor.
Eh ! oui, l’on peut trouver à redire au décor :
Une ferme, une grange, un courtil, ce n’est guère
Et nous avions jadis un cadre moins vulgaire.
Mais le bonheur n’est pas hors de nous, mon aimé :
Il est en nous. Ton cœur s’est trop vite alarmé ;
Tu ne te sens pas fait pour jouer les apôtres ;
Tu ne sais pas comme il est doux d’aider les autres
Et, dans ton égoïsme innocent, tu ne vois
Que mes yeux et n’entends au monde que ma voix.
Il est des yeux meurtris comme des ciels d’orage ;
D’autres si transparents qu’on dirait un vitrage
Et qu’on aperçoit l’âme en se penchant sur eux.
Retiens pieusement leur secret douloureux :