Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/167

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Pour qu’en cet océan d’incendie et de crime
Notre regard épouvanté
Pût se poser au moins sur quelque pure cime,
Refuge de l’humanité,

Dieu permit que la Suisse, assise à la frontière,
Vînt recueillir ces délaissés,
Les prît à son foyer, et, douce, hospitalière,
Pansât tous ces pauvres blessés.

Avec une tendresse et de mère et de femme
En soignant leurs membres meurtris,
Elle n’oubliait pas les blessures de l’âme
Et nous les renvoyait guéris ;

Guéris des préjugés, guéris de l’ignorance,
Accrus dans leur saine raison,
Rendus meilleurs enfin par l’exil, la souffrance,
Et la douceur de leur prison.

Est-ce tout ? Non ! Plus tard, quand l’affreuse famine
Menaçait la Franche-Comté,
La Suisse, sans rien dire, en fermière, en voisine,
Toujours simple dans sa bonté,

Passa notre frontière, et s’en vint les mains pleines
Nourrir tout ce peuple accablé,
Et pour ensemencer le désert de nos plaines
Lui donner son orge et son blé !