Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/223

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Et moi, l’homme de paix, le chantre des beaux rêves
Qui prêchai le Dieu bon et l’infaillible espoir,
La vertu me condamne à des guerres sans trêves,
Et voici que la haine est mon premier devoir !

Mon vers ne doit sonner que d’horribles fanfares
Précipitant nos fils sur de sanglants chemins,
Quand je maudis du cœur ces revanches barbares,
Et dans l’âge où le fer pèse à mes faibles mains.

Ah ! quand je vins rêver, pleurer sous vos mélèzes
Et m’enivrer d’azur sous vos cieux éclatants,
Vous n’aviez à guérir que les heureux malaises
Et les vagues douleurs qui berçaient mes vingt ans.

Préparez aujourd’hui, vierges hospitalières,
Vos philtres les plus forts et les plus embaumés !
Je rapporte chez vous, mes douces conseillères,
Mille doutes sanglants par l’âge envenimés.

Prophète de malheur, dans l’abîme où nous sommes,
Faut-il, dès le présent, exécrer l’avenir,
M’éteindre avec horreur dans le mépris des hommes
En blasphémant le dieu que j’aimais à bénir ?