Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/241

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Arrachement sacré du terrestre sommeil !
Une aurore éclatante inonda mes prunelles
De la brusque splendeur des choses éternelles ;
Mon cœur s’enfla de Dieu, je me dressai plus fort
Que l’homme et que le monde et que l’antique mort,
Croyant voir, pour navrer Lucifer et sa clique,
Resplendir à mon poing l’épée archangélique !
Et je partis. L’étoile éclairait mon chemin
Qui mena les trois Rois au Berceau surhumain.
Et je passai les monts, leurs neiges, leurs abîmes ;
J’allai, seul, nuit et jour, plein de songes sublimes,
Sous la nue orageuse ou le ciel transparent,
Mangeant le fruit sauvage et buvant au torrent ;
A travers les moissons florissantes des plaines,
A travers les cités, ces ruches de bruit pleines
Où chacun fait un miel dont le Diable est friand,
J’allai, j’allai toujours, mendiant et priant,
En haillons, les pieds nus, tout chargé de poussière,
Jusqu’à l’heure où je vis monter dans la lumière
La Ville aux sept coteaux en qui Dieu se complait
Et qu’abrite à jamais l’aile du Paraclet,
La Source baptismale où se lavent nos fanges,
La Piscine d’eau vive où s’abreuvent les anges,
Le Port où vont les cœurs confiants et hardis,
La Citadelle où sont les clefs du Paradis !
O Rome ! ô cité sainte ! ô vénérable mère !
Refuge des vivants dans la tourmente amère,
Recours des morts auprès du Seigneur irrité,
Centre de la justice et de la vérité,