Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/256

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Or, c’était vers l’an mil cinq cent quarante—six.
La Réforme gagnait l’Auvergne et, dans Yssoire,
Ville ancienne qui tient sa place dans l’histoire,
L’esprit nouveau faisait son œuvre obscurément.
Quelques bourgeois, marchands ou consuls, par sermen
Avaient juré de croire aux leçons du sectaire.
Réunis chaque soir dans l’ombre et le mystère,
Ils commentaient la Bible et le texte sacré.
Un d’eux était Jehan Brugière, homme honoré
Pour sa vertu, cœur droit, âme loyale et pure,
Abhorrant le mensonge et fuyant l’imposture ;
Ce vieillard simple et bon pleurait, comme un enfant,
De voir le vice absous et le mal triomphant :
Au sommet, les seigneurs radieux dans le crime ;
Le peuple, en bas, courbé sous le cens et la dîme,
Pâle, meurtri, souffrant, en vain criant : merci !
Et l’Église, estimant que c’était bien ainsi,
Au lieu de réprimer la haine et les vengeances,
Pour la gloire de Dieu, vendant ses indulgences.
L’esprit enveloppé comme dans un linceul,
Brugière regardait ces hontes, triste et seul ;
Et dès qu’il vit au loin de clairs rayons éclore
Dans l’ombre, il y courut, comme vers une aurore.


II


Mais l’Inquisition veillait. Les Parlements
Contre les huguenots inventaient des tourments,