Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/264

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Des îles, à l’arrière, ainsi que des chaloupes,
Lourdes, traînaient, ou bien, plus légères, par groupes,
Flottilles que l’on nomme à présent archipels,
S’éloignaient sous l’azur ou la brume des ciels.

Plus d’une, obéissant à son propre mystère,
Tenta seule, ô destins ! l’infini solitaire.

Donc, au septentrion de la sphère, un îlot
S’échoua dans la paix hivernale du flot.
Pendant amas de blocs que la banquise épaule,
Ni l’âpre vent qui sort de la bouche du pôle,
Ni les souffles du sud épouvantés des mers
Ou le givre fleurit sur les glaçons amers,
N’ont pu, depuis les jours, faire bouger de place
Cette oasis de roc dans le désert de glace.

Là, l’espace est blafard sous les deuils persistants
D’un long minuit ! L’hiver a-t-il gelé le temps
Dans le piége éternel d’une seule heure sombre ?
Blême à peine, vers l’ouest, s’ébauche une pénombre,
Sépulcre de brouillard où gît le soleil mort ;
Et la neige aux grands plis, linceul royal du Nord,
De la cime des monts aux profondeurs s’épanche.
L’île déroule au loin sa solitude blanche
Que prolonge la morne et terne inclinaison
Des glaces de la mer vers le gris horizon,
Et, miroir des pâleurs sans fin continuées,
Le lourd ciel, en banquise agrégeant ses nuées,