Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/272

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Son chef tombe, ressaute, et roule par secousses,
Lutte, accroche ses poils aux ronces, mord les mousses,
Lapidé d’un torrent de pierres qui le suit,
Et tandis qu’il emporte aux gouffres dans la nuit
La suprême clameur qu’un prompt silence abrége,
Le tronc décapité saigne en haut sur la neige !
Réjouis-toi, mon sein ! tu ne serviras plus
De couche humiliée au lourd dormeur perclus.
Il est mort, son baiser stérile, aux lèvres blanches !
Et mes flancs fécondés élargiront mes hanches,
Fiers de porter, vivace et frappant de grands coups,
Un mâle, où revivra le beau tueur de loups !
Chaud du meurtre de l’autre, il vient, le nouveau maître :
Il voit ses champs de neige où ses rennes vont paître ;
Il enjambe sa douve, il tire le barreau
De sa porte. Salut, mon Agnar. — C’est Snorro !

SNORRO.

Femme ! Ce jour fut bon pour le pêcheur des côtes.

SNORRA.

Qui donc jeta son râle aux solitudes hautes ?

SNORRO.

Mon panier s’est rompu, mais la proie est dedans !
Ah ! ah ! le chef barbu, le morse aux longues dents,
Croyait fuir le harpon qu’une corde ramène ;
J’ai hissé par son cou la bête à face humaine !
Maintenant, mon vieux chien m’a léché sur le seuil ;
Je m’assieds sous mon toit ; l’âtre me fait accueil ;