Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/292

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Cachent trop aisément une eau dormante et rare
Où se blottit la raine immobile et sans voix.

La vie est ralentie et comme suspendue
Sous ce ciel d’azur clair, implacablement beau,
Qui verse aux champs, privés de l’ondée attendue,
Un calme où l’on pressent le calme du tombeau.

Ce silence m’effraie !… à ton vol, alouette !
Cigale, éveille-toi !… Mais d’un pli du terrain
Émerge tout à coup l’étrange silhouette
D’un être dont la voix écorche un gai refrain.

C’est un vieux mendiant, nu comme Diogène,
Qui s’abreuve à la source et qui loge au grand air,
Qui s’en va seul, toujours chantant, et que ne gêne
Ni l’ardeur de l’été ni le gel de l’hiver !