Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/362

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Sur la pesante nuit de votre solitude
C’est qu’un regard de femme a versé ses rayons,
Que Vingt-ans ont frôlé votre décrépitude,
C’est qu’une robe blanche a touché vos haillons ;

C’est que chez les plus forts, parfois, le cœur rebelle
S’insurge, et fait craquer sa cuirasse de fer ;
Plus le silex est dur, mieux jaillit l’étincelle ;
Plus le nuage est noir et mieux brille l’éclair.

C’est qu’alors vous avez, joie étrange et profonde,
Retourné les feuillets du livre de vos ans,
Et vous avez revu pendant une seconde,
Voler un doux fantôme au ciel de vos printemps ;

Comme en ces coffrets où l’essence orientale
S’imprègne dans le cèdre et persiste toujours,
Vous avez retrouvé vos rêves de Tantale,
Et l’âpre souvenir d’inutiles amours ;

C’est qu’elle était ainsi, mais plus fière et plus belle,
Celle dont vous avez baisé le pied divin,
C’est qu’elle avait aussi sa robe blanche, celle
Que tant de jours votre âme a poursuivie en vain.

Vers, qui n’avez pas pu monter à vos étoiles,
Vous en gardez du moins les chastes visions,
Si vos mains de la nuit n’ont pu lever les voiles
L’aurore n’a pas fait fuir vos illusions.