Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/372

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LOUIS SALLES

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LE MOUCHOIR ROUGE


Un soleil tropical tombe sur le marais.
Dans l’eau jusqu’aux genoux les bœufs rêvent au frais
Sous les saules ombreux. Les uns broutent les pousses
Et l’amère saveur des genêts et des mousses ;
D’autres, en mugissant, penchés, frottent leur peau
Contre le tronc rugueux et pourri d’un bouleau.
Sur leur dos qui frissonne un noir essaim de mouches
Vole et s’abat, leur sang est bu par mille bouches,
Du troupeau ruminant un bœuf s’est détaché,
Et sur un point là-bas son œil est attaché :
Au bord de la clairière il voit deux jeunes filles
Ramassant sous un chêne abattu des ramilles ;
Une d’elles au cou porte un rouge mouchoir
Qui rayonne sanglant sous les reflets du soir.
L’animal furieux alors a pris sa course.

L’œil en feu, tête basse, il traverse la source
Coulant au bas des prés, et gravit le taillis,