Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/61

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Au pied de l’arbre assis, le garde prend haleine.
Sur son front sillonné ruisselle la sueur ;
Ses cheveux sont crépus comme une blanche laine
Et son œil jette encore une chaude lueur.
Il a compté pourtant un redoutable nombre
D’hivers accumulés dans la nuit des grands bois…
Dans un ciel tour à tour étincelant ou sombre,
Il salua Noël plus de septante fois.

Au flot pur de l’amour il a trempé sa lèvre
Lorsqu’en son jeune cœur fleurissait le printemps ;
Des transports belliqueux il a connu la fièvre
Dans une guerre ancienne et dans un autre temps.
Sous l’ombre et le soleil, durant sa longue voie,
Ont alterné souvent le calme et les écueils ;
Il sait ce qui désole et ce qui met en joie…
Il tailla des berceaux et cloua des cercueils !…

Son museau froid posé sur le genou du garde,
Le chien rêveur frissonne au contact de sa main ;
Son œil profond et doux interroge et regarde
L’œil de son maître avec un regard presque humain.
Il prête aux moindres sons une oreille exercée ;
Du délinquant furtif il devine le pas
Et, dans le fourré sombre ou la claire percée,
Il poursuit le coupable et ne le manque pas !

Il a vu quinze fois revenir en septembre
La meute et les piqueurs avec leurs longs couteaux ;