Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/86

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Et laisse ses jupons se tordre au vent. La bise
Fait saillir ses seins durs sous la cretonne bise
Et palpiter aussi, blanches dans un rayon,
Les ailes du bonnet qui semble un papillon.
Une main sur les yeux, l’autre sur l’encolure,
Elle est vraiment superbe ainsi ; sa chevelure
A le reflet luisant des ailes du corbeau,
Et ses yeux, en dépit du hâle de la peau
Et des lourds cheveux noirs tordus comme des câbles,
Ses yeux sont bleus ainsi que le chardon des sables.

Belle enfant que je vis sur la plage, un matin,
Je suis las de Paris et du quartier d’Antin,
Des sentiments d’album, des beautés de keepsake.
A mes amours passés qui, lorsque les dissèque
Mon souvenir, s’en vont en cendres sous mes doigts,
Je préfère le rêve heureux que je te dois.
Car il m’a transporté, pendant une minute,
En pleine mer, là-bas, sur la barque qui lutte,
Et j’ai cru que j’étais le rude matelot
Qui, pour te revenir, va profiter du flot.
Oui, de ma voile au loin tu vois la silhouette ;
Tu crains que ce ne soit d’abord une mouette,
Mais notre mât bientôt au soleil a relui,
Et tu sens ton cœur battre, et tu dis : C’est bien lui !
Bas les voiles ! Le flux nous prend comme une épave.
J’aborde ; le galet a craqué sous l’étrave,
Et je saute dans l’eau, tout joyeux, et d’abord,
Avant que de courir au cabestan du port,