Page:Le Parnassiculet contemporain, 1872.djvu/48

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Inspire aux amoureux un désir âpre et sombre…
Tout sommeille… L’un vers l’autre, les beaux enfants
Se sont tournés. « Je t’aime ! » ont dit deux voix dans l’ombre.
Mais le grand sabre : « Holà ! moi je vous le défends ! »

Comme un puissant baron qui chasse dans les plaines,
La Luxure en leur cœur sonne ses oliphants.
Ils se cherchent ; déjà se mêlent leurs haleines…
Mais le grand sabre : « Holà ! moi je vous le défends ! »

Ce fut toute la nuit des angoisses mortelles,
Un loup toute la nuit près des portes hurla,
Et la lune en passant ouït des choses telles
Qu’elle en pâlit… Mais quand finit cette nuit-là,

À l’heure où le soleil dans la neige se cabre,
Où le renard bleu rentre au fond des antres sourds,
Dans le grand lit sculpté, sur les larges peaux d’ours,
Ils étaient froids tous trois : Lui, la Femme et le Sabre.