Page:Le Temps, 20 juin 1908.pdf/5

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thèque d’Oxford et montrent que l’Angleterre de ce temps était aussi familière avec l’art musical qu’aucune nation du continent. Elle continua de tenir son rang pendant le quatorzième et le quinzième siècle. Au seizième, elle eut des musiciens illustres, comme William Byrd, qui fut un digne rival des grands maîtres flamands, français et italiens de la polyphonie vocale. On a conservé un grand nombre des chants religieux que ces musiciens composaient pour les églises, comme des madrigaux à plusieurs voix qu’ils destinaient aux fêtes et aux cérémonies de cour ; et aussi le livre de clavecin de la reine Elisabeth, nommé le Virginal Book, recueil assez considérable de morceaux écrits par divers maîtres où l’on trouve des indications précieuses sur le style instrumental anglais de la Renaissance. Pendant la première moitié du dix-septième siècle, la révolution d’Angleterre et la guerre furent pernicieuses à la musique. Mais elle acquit un vif éclat sous la restauration des Stuarts, grâce aux talents de Henry Purcell, qui tout ensemble fit de beaux hymnes et de beaux opéras. Puis une décadence profonde commença.

Dès le commencement du dix-huitième siècle, soit à cause de l’engouement dont on se prit pour la composition étrangère, italienne ou allemande, soit pour toute autre raison, l’art national anglais disparut. L’année 1711, où Hændel vint pour la première fois à Londres, est l’année de la mort de la musique anglaise. Depuis ce temps jusqu’au temps présent, si l’on a encore fait de la musique en Angleterre, l’Angleterre n’a plus eu de musiciens. Cette stérilité persistante, qui dure depuis près de deux siècles, l’invasion de l’art étranger l’explique bien en partie, mais non pas entièrement. D’autres pays, qui n’étaient pas à leurs origines plus riches de substances musicale que l’Angleterre, ont subi maintes fois des invasions pareilles ; mais toujours, après un temps plus ou moins long, ils se sont ressaisis, ont reconquis leur indépendance, sont redevenus eux-mêmes. Il faut songer à d’autres causes. Serait-ce que le puritanisme qui s’est emparé de l’esprit britannique il y a deux siècles et demi, par sa défiance de la sensualité, par son aversion des passions humaines et des émotions profanes, a peu à peu réduit la musique à une fonction purement spiri-